Le Canada sur la voie du parti unique

Une partisane libérale se réjouit des résultats électoraux le 28 avril 2025 à Ottawa, au Canada. Photo: Dave Chan pour l’AFP.

Lundi le 28 avril 2025, à 23:40

Parachuté sans résistance, Mark Carney hérite d’un pays amorphe et vidé de toute substance. Le Canada avance, lentement mais sûrement, vers le parti unique. L’éditorial de Jérôme Blanchet-Gravel.

 

Les Libéraux de Mark Carney formeront le gouvernement de la 45e législature du Canada.

 

Une majorité de Canadiens n’aura pas su résister aux sirènes libérales amplifiées par les sorties de Donald Trump, président tempétueux qui semble avoir choisi de pistonner Carney pour des raisons encore obscures.

 

Redoutant que leur mode de vie pantouflard ne soit bousculé par des secousses géopolitiques qu’ils comprennent à peine depuis leur monde périphérique, les Canadiens ont préféré l’illusion de la douce continuité à l’urgence de freiner l’hémorragie qui vide leur pays de ses dernières forces.

 

Un coup de maître libéral

 

Après dix ans de règne libéral catastrophique – et c’est un euphémisme –, la réélection des Libéraux est un véritable coup de maître: leurs stratèges ont réussi à transformer le scrutin du 28 avril en élection référendaire.

 

Ainsi, ce ne fut pas un vote sur l’avenir du Canada, mais un vote enfantin et éphémère pour ou contre Donald Trump, et pour ou contre le petit confort d’une classe privilégiée à très court terme.

 

Le Canada n’est jamais sorti du paradigme covidien. Gérontocratie tiède, société ultra aseptisée gavée de récits catastrophistes, le pays a troqué ce qu’il restait de son idéal de liberté contre un faux sentiment de sécurité.

 

Le vote des aînés a été déterminant: selon les données présentées par TVA, quelque 50% des 55 ans et plus ont choisi Carney et ses politiques économiques irresponsables, au détriment de l’avenir financier (et avenir tout court…) de leurs enfants et petits-enfants. De l’égoïsme pur emballé dans la défense de la souveraineté du Canada face aux États-Unis de Trump.

 

Déficit démocratique

 

Dans un pays soucieux de sa santé démocratique, l’opération de parachutage qui a permis à cet oligarque et imposteur de réaliser ce tour de force soulèverait de vives interrogations. Mais ici, rien.

 

Les Canadiens se rêvent encore en démocratie immaculée, comme si les rapports de force n’existaient pas dans ce territoire anhistorique, comme si un régime bien établi ne protégeait pas les intérêts d’une caste tout en réservant un sort tranquille à ses membres et adeptes dociles.

 

 

Le Canada aime croire à sa pureté morale, mais reproduit sensiblement les mêmes mécanismes de contrôle de la pensée qu’il condamne ailleurs.

 

 

Depuis des années, le Parti libéral bénéficie d’une infrastructure institutionnelle qui lui assure un avantage décisif face aux conservateurs, un parti divisé et maintenant condamné à ne former que des parenthèses vite refermées, sans traces.

 

Imposée sans l’accord du Québec, la Constitution de 1982 a renforcé un cadre juridique favorable à l’expansion d’une idéologie érigée en dogme: celle du Parti libéral du Canada.

 

Dans ce contexte, les grands médias subventionnés, en premier lieu Radio-Canada, ont progressivement cessé de jouer leur rôle de contre-pouvoir pour se transformer en relais décomplexés du discours gouvernemental.

 

Gagnée aux mêmes courants, la fonction publique fédérale applique elle aussi avec zèle les orientations libérales qui définissent le Canada d’aujourd’hui, ce pays plus que jamais miné par l’immigration massive, l’expansion de l’État et l’explosion de la dette.

 

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De scrutin en scrutin, ce cadenassage rapproche le Canada d’un système de parti unique. Le Canada aime croire à sa pureté morale, mais reproduit sensiblement les mêmes mécanismes d’exclusion et de contrôle de la pensée qu’il condamne ailleurs.

 

Le PLC ressemble de plus en plus au PRI du Mexique (Parti révolutionnaire institutionnel), ce parti qui a gouverné sans interruption pendant plus de 70 ans en contrôlant les médias, les institutions et la fonction publique, tout en maintenant maladroitement l’illusion d’une démocratie ouverte.

 

Un pays tiède et prévisible 

 

D’ailleurs, le seul fait que pratiquement personne n’a semblé croire à une victoire conservatrice après 10 ans de règne libéral illustre le degré de programmation des Canadiens, captifs d’un écosystème verrouillé médiatiquement, idéologiquement et institutionnellement.

 

Le Canada est tellement rendu ennuyeux et prévisible que la possibilité même du rebondissement est exclue de son imaginaire.