Et si Carney ressemblait plus à Trump que Poilievre?

Photo: compte X de Fox News.

Jeudi le 24 avril 2025, à 16:00

Poilievre taxé de «mini-Trump»? À bien y regarder, Mark Carney a plus en commun avec Donald Trump que le chef conservateur: utilisation de la peur, nationalisme exacerbé, appartenance à l’élite financière. 

 

En tant que chroniqueuse politique et animatrice radio, je suis quotidiennement exposée aux discours médiatiques dominants. Et depuis plusieurs mois, une comparaison revient avec une insistance presque mécanique: Pierre Poilievre serait le «mini-Trump».

 

Je l’entends et le lis du public qui l’énonce, mais aussi de mes collègues chroniqueurs, analystes et commentateurs. Comme s’il suffisait d’être en désaccord avec les tendances dominantes ou d’employer un ton tranché pour mériter une telle étiquette.

 

On associe Poilievre à Trump pour son franc-parler, sa posture combative et sa volonté affichée de remettre en question le statu quo sur plusieurs sujets. Mais si l’on pousse réellement l’analyse, si l’on applique les mêmes critères avec rigueur, c’est peut-être du côté de Mark Carney que certaines ressemblances deviennent plus frappantes.

 

Ce n’est pas que Carney est Trump. C’est que les grilles de lecture utilisées contre Poilievre révèlent leur fragilité dès qu’on les applique avec cohérence. Et c’est précisément cela que je souhaite démontrer ici.

 

Des origines qui en disent long

 

Pierre Poilievre a grandi dans une famille d’enseignants, adopté dès son jeune âge par un couple de la classe moyenne. Il a gravi les échelons du pouvoir en travaillant au sein du système, sans privilège hérité.

 

À l’inverse, Mark Carney incarne l’élite mondialisée à: formé à Harvard et à Oxford, ancien cadre chez Goldman Sachs, gouverneur de deux banques centrales, orateur vedette de Davos. Il est profondément enraciné dans les réseaux transnationaux du pouvoir économique.

 

Il y a, entre Carney et Trump, une filiation sociale qui saute aux yeux: un parcours doré, des connexions avec les grandes fortunes, une capacité à évoluer dans les salons fermés où s’écrivent les règles économiques mondiales.

 

Tous deux projettent une autorité issue d’un entre-soi élitiste, là où Poilievre tire plutôt sa légitimité d’un parcours qui le relie à la réalité quotidienne des Canadiens.

 

Un nationalisme de façade

 

C’est aussi dans leur stratégie politique que le parallèle devient troublant. Mark Carney, tout comme Donald Trump, mobilise la peur comme levier électoral. Trump agite la crainte d’une perte de contrôle aux frontières, d’une invasion migratoire ou d’un effondrement de l’ordre national.

 

Carney, lui, évoque l’annexion économique du Canada par les États-Unis, les représailles tarifaires, l’étranglement de notre souveraineté. Tous deux jouent sur les cordes sensibles de l’insécurité collective, qu’ils nourrissent par la peur de menaces externes.

 

Mais plus encore, tous deux brandissent un nationalisme exacerbé comme étendard. Trump promettait de «rendre l’Amérique grande à nouveau». Carney promet aujourd’hui de «protéger le Canada de Trump».

 

Pourtant, sous ces déclarations martiales, une même réalité demeure: une dépendance accrue envers l’économie américaine. Ce nationalisme n’est pas un projet économique cohérent, mais une couverture rhétorique pour justifier des choix qui, en réalité, consolident notre vulnérabilité.

 

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Prenons l’exemple de la défense: Mark Carney promet des milliards pour renforcer notre appareil militaire. Mais où vont ces milliards? Vers des industries majoritairement américaines. On crée de l’emploi, certes, mais les profits, eux, traversent la frontière.

 

Résultat: on finance notre supposée souveraineté avec des outils produits par la puissance dont on prétend vouloir se détacher. C’est l’illusion d’un nationalisme fort, quand on applique des recettes qui nous rendent plus dépendants que jamais.

 

Des premiers pas qui en disent long

 

Mais c’est peut-être le tout premier réflexe de Mark Carney à son arrivée au pouvoir qui illustre le mieux l’orientation profonde de sa posture politique. À peine nommé premier ministre, il ne s’est pas précipité vers les citoyens, ni vers les premiers ministres provinciaux, ni vers les petites entreprises ou les régions éloignées.

 

Non. Il a choisi de saluer en priorité le roi Charles III, Emmanuel Macron, et Keir Starmer.

 

Trois figures de l’ordre établi: la monarchie, la technocratie européenne, la gauche britannique modérée. Ce n’est pas un détail logistique, c’est un geste politique lourd de sens. Ce sont les sphères d’influence qu’il valorise, les repères qui guident son action, les regards qu’il cherche à croiser en premier.

 

Ce réflexe en dit long sur ses valeurs, sur les élites auxquelles il se sent redevable, et sur la distance qu’il entretient, consciemment ou non, avec le peuple canadien.

 

Ce que cette comparaison révèle vraiment

 

Comparer Pierre Poilievre à Donald Trump, c’est souvent une manière de le disqualifier sans débattre. Mais c’est une analogie mal posée. Elle ne résiste ni à l’analyse des trajectoires personnelles, ni à l’examen des stratégies de communication, ni à la lecture des priorités économiques.

 

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En revanche, regarder de près la posture, le réseau et la méthode de Mark Carney, c’est se heurter à des similarités plus profondes avec Donald Trump qu’on ne le croit. Le vernis change, le ton varie, mais le fond, lui, appelle à une vigilance plus lucide que les caricatures faciles. 

 

Trump a appris à parler au peuple sans jamais en faire partie. Poilievre n’a pas eu à apprendre: il en vient. Et Carney? Même avec un téléprompteur, il ne sait toujours pas à qui il s’adresse.