Lundi dernier, le FBI a mené une perquisition à la résidence floridienne de Donald Trump sans dévoiler ses motifs. Pour Rafael Jacob, expert de la politique américaine, l’opération «aide» Trump dans un contexte de grande polarisation.
«Dans une démocratie, la police ne peut pas être vue comme politique. La perception est fondamentale. C’est très grave si une proportion importante de la population américaine commence à percevoir la police et le système de justice fédérale comme étant politisés. C’est hyper toxique», avertit Rafael Jacob avec Libre Média.
Une opération qui «aide» Trump
Le 8 août dernier, des agents du FBI ont mené une perquisition au domaine de Mar-a-Largo de Trump. C’était la première fois que le FBI pénétrait la résidence d’un ex-président pour y mener des recherches.
Donald Trump n’a pas tardé à dénoncer une «persécution politique». «Jamais rien de comparable n'est arrivé à un ancien président des États-Unis», s’est-il insurgé dans la foulée.
Chercheur à la chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal, Rafael Jacob est catégorique: pour l’instant, l’intervention du FBI «aide Trump», ce dernier se servant de cette affaire pour refaire l’unité du parti républicain autour de sa candidature pour l’élection présidentielle de 2024.
Un sondage de la boîte Politico mené après la perquisition estime à 58% le nombre d’électeurs républicains en faveur du candidat Trump pour la prochaine élection présidentielle.
Selon les grands médias, la perquisition pourrait viser à faire la lumière sur les archives emmenées par Trump à son domicile sans leur accorder tout le sérieux devant normalement présider à leur consultation. Parmi elles figureraient des documents classés secrets. La principale cause de l'intervention policière?
Avant de les rendre en janvier dernier sous la pression, Trump avait volontairement retardé le rapatriement de 15 boîtes de documents que réclamaient les responsables des Archives nationales.
«Double standard»
Mais peu importe les motifs des autorités, notre expert observe que l’opération du FBI reflète un «double standard», «le cas d’Hillary Clinton, par exemple, ayant été traité de manière foncièrement différente» de celui de l’ex-président bouillant.
Lorsqu’elle était secrétaire d'État (2009-2013), Hillary Clinton aurait utilisé chez elle un service de messagerie privé pour contourner les lois sur l’accès à l’information.
Au pays de l’Oncle Sam, ils sont donc des milliers de partisans de Trump à dénoncer un traitement inégalitaire et partisan, surtout que dans le cadre de l’enquête Mueller, rien n’a prouvé que Donald Trump s’était entendu avec le Kremlin pour influencer le résultat de l’élection présidentielle de 2016.
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Jeudi après-midi, le procureur général des États-Unis, Merrick Garland, s’est engagé à rendre public le mandat de perquisition.
Mais fondamentalement, ce développement ne change rien au manque de transparence de la justice américaine dans ce dossier, tranche notre interlocuteur, qui y voit surtout une réaction à l’indignation des derniers jours dans les médias face à cette situation inédite.
«Il y a tellement eu d’enquêtes sur Donald Trump qu’il serait temps d’en arriver à un dénouement. Il faut porter des accusations ou clore les enquêtes. Cette dynamique peut avoir des répercussions extrêmement graves pour la perception du système de justice aux États-Unis», alerte Rafael Jacob.
«La Justice doit rendre des comptes»
Mardi dernier, l’ex-Vice-président Mike Pence a dénoncé la perquisition du FBI à la résidence de style andalou de Trump, une sortie symptomatique d’un réalignement du camp républicain.
«Après des années pendant lesquelles il a été constaté que des agents du FBI agissaient sur la base de motivations politiques pendant notre administration, il faut remédier à l'impression de partialité que donne le ministère de la Justice», a réagi l’ancien bras droit du 45ème président américain.
Rappelons que Mike Pense avait refusé de s'opposer à la certification de la victoire de Joe Biden, juste avant l’assaut du Capitole par des manifestants pro-Trump.
«Après le divorce politique assez brutal de Mike Pence et de Donald Trump, le fait que l’ancien vice-président sorte publiquement pour défendre Donald Trump et s’en prendre au FBI en dit long sur le caractère politique de l’affaire», souligne Rafael Jacob.
L’analyste n’en démord pas: «la Justice américaine doit rendre des comptes».
«La colère reste. […] Il y a tellement peu d’informations qui sont données que cette opération nourrit la méfiance et la frustration, ce qui n’est pas totalement illégitime chez plusieurs partisans de Donald Trump. […] Il faut des explications», insiste-t-il.












