Prisonnier de sa petite zone de confort, le Québec évite les grands débats qui devraient alimenter sa vie politique. Qui plus est, l’opposition est généralement inexistante, comme l’a bien montré la crise sanitaire.
Pas de doute, il y a eu de l’action en France ces derniers jours, sur fond de tensions politiques et sociales. L’essentiel de ce tumulte provient de la réforme des retraites, un projet de loi qui contient plusieurs technicalités, dont le fait de repousser l’âge de la retraite de 62 à 64 ans.
Dans un pays où le syndicalisme est particulièrement prégnant, une telle mesure se heurte inévitablement à l’opposition.
Mais ce n’est pas tout. Dans l’arène parlementaire, le gouvernement a bien senti que le projet de loi avait des chances significatives d’être renversé par vote. C’est pourquoi il a invoqué l’article 49.3 de la constitution, un dispositif qui lui permet de contourner l’assentiment du parlement et d’implanter unilatéralement la réforme des retraites.
Si les Québécois souhaitent enfin voir émerger de vrais débats de société, alors ils doivent rompre avec l’unanimisme tiède.
Une telle manœuvre a rapidement été décriée comme antidémocratique, ce qui a mené à deux motions de censure de l’opposition. Il ne manquait que neuf voix afin de renverser l’article 49.3, signe d’une lutte serrée.
D’une certaine façon, l’article 49.3 fait quelque peu penser à la loi sur l’urgence sanitaire en donnant un pouvoir supplémentaire à l’exécutif afin d’implanter des mesures jugées nécessaires au bien-être de la population.
Une question de légitimité
Mais au-delà de cette réforme, c’est la légitimité même du président Emmanuel Macron et de son gouvernement qui est remise en cause, ce dernier ayant endetté de façon astronomique la France durant la crise sanitaire. Qui plus est, les libertés fondamentales ont subi un redoutable assaut.
Cette situation explosive montre des contre-pouvoirs bien vivants et mobilisés en France, que ce soit à même le parlement ou bien dans les rues. Bien que Macron affirme que la foule n’a pas de «légitimité» politique, il est manifeste qu’elle exerce une pression considérable sur le pouvoir, les images de son mécontentement faisant encore une fois le tour du monde.
Contraste frappant avec le Québec
Cette situation contraste avec celle du Québec, un État foncièrement tiède sur le plan politique et social. L’opposition est très peu expressive, même durant les plus sombres épisodes de notre vie collective. Durant la crise sanitaire, certains manifestants avaient tenté en vain de briser le couvre-feu de 20h dans le Vieux-Montréal en scandant de plein cœur «liberté»; vers 21h, la révolte n’était plus.
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Les quelques élans d’opposition avaient rapidement été éteints grâce à la doctrine mortifère du sanitarisme. La soumission du peuple québécois fut tristement exemplaire.
L’opposition est essentielle
Il ne s’agit pas de faire l’éloge de la violence politique, mais plutôt du rôle de l’opposition, laquelle doit être centrale dans la vie politique.
Où sont les grands débats de société au Québec? La CAQ écrase tout sur son passage, digne représentante d’un modèle désuet en plein naufrage, mais qui ne cherche pas à ébranler le confort de la population, bercée par le sentiment d’un «ça pourrait être pire».
Le courage politique, la soif de liberté et l’expression d’une vitalité décomplexée peinent à éclore dans un tel environnement aussi peu fertile.
Les Français ne sont pas parfaits, ils ont leurs propres défauts et défis, mais ils ont le mérite de canaliser les tensions politiques qui traversent leur pays. De son côté, le Québec se complaît dans le marasme. La seule idée d’une réforme digne de ce nom portée par un leader l’effraie profondément. Les querelles linguistiques sur fond d’expansionnisme bureaucratique sont toujours un détournement efficace des problématiques.
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La France – comme les États-Unis d’ailleurs – possède une vie politique bien vivante et articulée, quoi qu’avec son lot de débordements que cela occasionne en retour. Il n’en demeure pas moins qu’une opposition substantielle est signe de vitalité politique et sociale, ce dont souffre malheureusement le Québec, embourbé dans un état léthargique difficilement réversible.
Si les Québécois souhaitent enfin voir émerger de vrais débats de société, alors ils doivent rompre avec l’unanimisme tiède.











