De la mort annoncée du PLQ à l’écartèlement du vote souverainiste

Les solidaires célèbrent la victoire du candidat Guillaume Cliche-Rivard ans la circonscription de Saint-Henri-Sainte-Anne, le 13 mars 2023. Photo: page Facebook de Gabriel Nadeau-Dubois.

Jeudi le 23 mars 2023, à 14:05

Le vote souverainiste est maintenant prisonnier de deux partis qui n’ont pas l’intention de réaliser l’indépendance. L’analyse de notre chroniqueur Philippe Labrecque.

 

La victoire de Québec solidaire dans Saint-Henri-Sainte-Anne lors des élections partielles du 13 mars dernier, quelques mois après la victoire de l’ex-chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade, confirme certaines tendances lourdes de la politique québécoise.

 

Le vote souverainiste est maintenant prisonnier en large partie de deux partis, la Coalition Avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire (QS), qui n’ont vraisemblablement aucune intention de poursuivre l’indépendance du Québec dans une tentative de subtiliser l’électorat d’un PLQ en pleine descente aux enfers.

 

Le voile de QS tombe

 

L’oubli calculé du souverainisme supposément assumé de QS ou même l’omission du mot «Québec» du nom du parti pour ne se présenter que comme «solidaire» lors des élections partielles récentes, ne sont pas que des oublis anecdotiques.

 

On y comprend que QS n’était ni solidaire du Québec ni de son indépendance future quand venait le temps de courtiser l’électorat anglophone et immigrant de l’Ouest de Montréal.

 

 

La refonte de l’échiquier politique du Québec n’est pas terminée, mais les grandes lignes se dessinent déjà.

 

 

Malgré le taux de participation très faible lors de ces partielles, l’élection du candidat de QS, Guillaume Cliche-Rivard et les pirouettes discursives de QS lors des élections générales de l’automne dernier, tentant toujours de contourner les questions remettant en cause son indépendantisme, officialise ce qu’on savait tous depuis un certain temps, soit que QS n’était plus, dans les faits, un parti souverainiste.

 

L’électorat souverainiste écartelé

 

Avant même les élections partielles de Saint-Henri-Sainte-Anne, l’électorat souverainiste ce divisait entre 4 partis, n’excluant que le PLQ.

 

Un sondage récent de la firme Léger établit l’appui à la souveraineté autour de 38% au Québec alors qu'une frange importante de l’électorat du Parti québécois (85%), de Québec solidaire (43%), de la Coalition Avenir Québec (42%) et du Parti conservateur du Québec (22%) seraient «pour» la souveraineté lors d’un prochain référendum sur l’indépendance du Québec.

 

Avant l’élection partielle de Saint-Henri-Sainte-Anne, deux de ces quatre partis inscrivaient l'indépendance au cœur de leur programme politique, soit QS et le PQ. Aujourd’hui, il ne reste vraisemblablement que le PQ qui maintient la souveraineté comme axiomatique à son existence.

 

Un calcul basé sur le nombre de voix reçues lors des dernières élections générales et les intentions de vote pour le «Oui» au sein de ses partis révèle que près de 70% des électeurs souverainistes sont enfermés au sein de partis qui se doivent de garder cet électorat pour prendre ou maintenir le pouvoir tout en évitant de concrétiser toute démarche souverainiste.

 

Paradoxalement, dans sa débandade historique dont il ne se relèvera peut-être jamais, le PLQ aura peut-être assené un coup de masse à la cohérence électorale souverainiste alors que la CAQ et QS ont troqué la carte de l’indépendance et donné des gages anti-référendums pour ravir un électorat libéral qui rejette viscéralement l’idée d’un Québec souverain et parfois même de la défense du français.

 

L’ascension du PQ et de Paul St-Pierre-Plamondon dans les sondages lors de l’élection générale de 2022, et au courant des derniers mois, offre une occasion évidente de rapatrier le vote souverainiste au sein de ce parti.

 

Le PQ devra cependant équilibrer son appel aux souverainistes plus à droite au sein de la CAQ et ceux très à gauche chez QS, risquant d’échapper les deux dans l’ambivalence.

 

Le pari gagnant de François Legault

 

Lors de la dernière campagne électorale, le premier ministre et chef de la CAQ, François Legault, s’était targué que le «PLQ n’avait plus de raison d’exister» car l’approche autonomiste, mais non souverainiste de son parti annulait de fait la «menace» d’un 3e référendum et rendait donc caduque l’opposition fédéraliste des libéraux au sein de l’échiquier politique québécois.

 

Au-delà de l’affairisme au cœur de la création de la CAQ, François Legault aura réussi son pari, soit subtiliser l’électorat centre-droit souverainiste du PQ et les autonomistes francophones du PLQ pour forme une coalition pouvant prétendre à remplacer le PLQ comme force politique principale sur la scène provinciale.

 

Cette alliance entre souverainistes, autonomistes et affairistes crée un bloc d’appui électoral environnant les 40% des électeurs permettant à Legault d’espérer maintenir une majorité à l’Assemblée nationale tant et aussi longtemps que celui-ci peut maintenir l’équilibre au sein de son parti entre ces factions qui le forment dans des proportions presque égales.

 

Le PLQ est-il mort?

 

Si le PLQ semble agoniser après deux défaites cuisantes, celles des dernières élections générales et la dernière lors des partielles dans un de ses châteaux forts, il peut toujours renaître de ses cendres.

 

L’ironie du contexte actuel est que la remontée récente du PQ dans les sondages, lui-même condamné avant les dernières élections et ressuscité depuis, pourrait bien aider le PLQ à se relever si la perspective d’un référendum devait se concrétiser, aussi improbable ceci peut-il sembler aujourd’hui. Une telle conjoncture forcerait un rassemblant les forces fédéralistes d’antan, délaissant la CAQ et même QS pour barrer l’accès au PQ.

 

Le PLQ risque cependant bel et bien la marginalisation à long terme s’il devait perdre sa fonction primaire dans le système politique québécois, soit bloquer l’accès à la souveraineté.

 

Ce rôle de rempart à un référendum ne convient pas parfaitement à la CAQ et QS qui doivent leur existence plus largement à l’accentuation de l’axe idéologique gauche-droite sur la scène provinciale, ce qui laisse une lueur d’espoir au PLQ de reprendre sa place historique.

 

Montréal: château fort de QS?

 

Si la CAQ n’a plus rien à extirper du PLQ alors que l’appui des francophones envers les libéraux se trouve dans la marge d’erreur (4%), QS pourrait bien s’attaquer aux restes de l’électorat du parti qui avait tenu le pouvoir de façon presque ininterrompue de 2003 à 2018, soit l’électorat immigrant et anglophone.

 

On pourrait critiquer ce clientélisme de QS, mais le dévoilement de ce parti lors des dernières élections partielles a le mérite d’être lucide électoralement et même honnête idéologiquement alors que ce parti pourrait finalement mettre de côté le flou, pour ne pas dire le malaise que cause l’écart entre l’adhésion de QS à la souveraineté au sein de son programme d’un côté et sa matrice idéologique d’extrême gauche incompatible avec celle-ci.

 

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En officialisant son fédéralisme, QS pourrait espérer de façon réaliste étendre son influence électorale sur l’île de Montréal, à la lumière de leur victoire récente dans Saint-Henri-Sainte-Anne.

 

Montréal se dirige vers un champ de bataille largement réservé au PLQ et à QS alors que la CAQ et le PQ y sont évidemment en difficulté, principalement à cause des changements démographiques rapides de la métropole, la faisant basculer rapidement vers l’anglais, peu importe les slogans que la Ville de Montréal adoptera.

 

La refonte de l’échiquier politique du Québec n’est pas terminée, mais les grandes lignes se dessinent déjà.