Selon notre chroniqueur Philippe Sauro Cinq-Mars, l’inclusion d’une composante proportionnelle dans le mode de scrutin diminuerait le poids des régions, ce qui poserait un autre problème…
L’extrême distorsion électorale révélée par les résultats de la récente élection québécoise a ravivé les débats sur la réforme du mode de scrutin dans les derniers jours.
Malgré un refus clair du gouvernement Legault de s’engager dans cette voie, la volonté d’y inclure une composante proportionnelle semble unanime dans la population.
Un élément a toutefois été oublié dans ce débat: l’éclatante victoire – et en quelque sorte la résistance – du monde rural sur le monde urbain qu’a permis ce même mode de scrutin.
L’importance de la représentation régionale
Les distorsions sont claires: avec 14,61% des voix, le PQ n’obtient que 3 sièges alors qu’il en obtiendrait 14 dans un système proportionnel mixte.
À 15,43%, QS en obtiendrait 16 alors qu’il n’en a que 11 en ce moment. Pour le PCQ, à 12,91% de votes, il passerait de zéro siège à 14…
Les 90 sièges de la CAQ seraient réduits à 67 et les 21 du PLQ à 14, le ramenant à égalité avec les autres oppositions.
Il est donc assez évident qu’un système proportionnel serait plus représentatif des idées des citoyens sur une base individuelle; chaque vote compterait et se verrait représenté à l’Assemblée nationale.
Or, considérant que la répartition de la population sur le territoire est inégale, cela veut aussi dire que certaines régions, plus populeuses, auraient beaucoup plus d’influence que d’autres moins peuplées, au risque même d’en avoir trop.
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Il est normal que les villes aient plus de pouvoir et que leurs enjeux nécessitent plus d’attention et de ressources – c’est d’ailleurs déjà le cas – mais les régions rurales, qui couvrent la majorité du territoire, ont aussi besoin d’être représentées fortement au Parlement.
Notre système actuel maintient cette surreprésentation artificielle des régions pour s’assurer qu’elles ne soient jamais laissées pour compte.
Un Québec divisé
Maintenant, si les distorsions électorales n’ont jamais été aussi intenses, c’est probablement parce que le schisme entre le monde rural et le monde urbain n’a jamais été aussi profond.
C’est d’ailleurs l’avis de l’auteur David Leroux, qui expliquait dans une publication sur Facebook que «le clivage entre le Québec régional et le Québec métropolitain est démentiel. En cette époque de déracinement, de wokisme tordu, et surtout de perte de sens, le rejet rural de ces idéologies artificielles et funestes est indiscutable. Et l’adhésion de la grande ville à celles-ci l’est tout autant. C’est le grand schisme des nations aujourd’hui. Élite urbaine versus peuple régional.»
En effet, c’est ce qui détonne le plus lorsqu’on jette un œil sur la carte électorale: contrairement à la quasi-totalité du reste du Québec, l’île de Montréal est entièrement rouge et orange et les centres-villes de Québec et de Sherbrooke sont orange.
C’est donc dire que le mode de scrutin actuel atténue l’influence des élites urbaines woke sur la politique québécoise et permet d’élire des gouvernements extrêmement forts sans avoir besoin de s’abaisser au clientélisme communautaire caractéristique des villes.
Changer les règles quand ça arrange
La réforme du mode de scrutin fait partie de ces propositions paradoxales qu’on ne souhaite que lorsqu’on n’est pas capable de les accomplir. Car qui voudrait bien changer un système qui lui aurait permis d’accéder au pouvoir?
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D’autant plus que ça devient une très bonne excuse pour les partis défaits et les électeurs, qui peuvent simplement arguer l’imperfection du système au lieu de faire un bilan des erreurs stratégiques commises pendant la campagne.
On peut argumenter toute la nuit sur la moralité de voter selon ses valeurs, mais le fait demeure que pour changer un gouvernement fort comme la CAQ, ça aurait pris un front commun permettant une alternative aussi forte.
Nous connaissions les règles du jeu et savions que la division du vote pouvait apporter ce genre de conclusion. Changer les règles parce qu’on n’est pas satisfaits est une manière un peu hypocrite de se déresponsabiliser.
Qu’on le veuille ou non, le vote de la CAQ ne s’est pas divisé: le parti a donc pu rafler la mise. Le jour où un autre parti sera capable d’un tel exploit, il sera porté au pouvoir avec autant de force.











