Un couple d’entrepreneurs conçoit et vend des vêtements pour «promouvoir la culture mexicaine» dans une perspective équitable. Libre Média l’a rencontré dans le centre historique de Mexico.
Mathieu Guay me donne rendez-vous dans une pulquería, un endroit déjanté plein à craquer en plein après-midi, où des dizaines de gens s’adonnent à leur sport favori: échanger autour d’un verre. C’est tout près de la nouvelle boutique qu’il vient d’ouvrir avec sa femme, à Mexico.
Il me confie à travers le boucan de cette brasserie que sa femme et lui s’investissent corps et âme dans ce projet. Depuis 2012, il alterne entre Lévis et la capitale mexicaine.
Comme plusieurs autres entrepreneurs, la Covid-19 leur a porté un coup dur, mais le départ de plusieurs commerçants du centre-ville leur a permis de s’y établir à moindres coûts, «le seul avantage de la pandémie».
Deux ans plus tard, le centro histórico est toujours moins achalandé qu’avant la pandémie, observe-t-il, ce qui est dur à croire à la vue de ces centaines de personnes qui se bousculent encore sur les trottoirs.
Un projet-hommage
Le projet n’a pas seulement une valeur commerciale, puisqu’il a aussi été monté en l’honneur de sa belle-sœur, Diana Ruiz Trejo, victime d’un brutal assassinat en 2020 – ce qu’on appelle un féminicide dans ce pays hanté par une violence invraisemblable.
«Nous travaillons beaucoup à partir de la tête de mort, qui est l’un des symboles forts de la culture mexicaine et qui est emblématique du Jour des morts. C’est une manière de rendre hommage à ma belle-sœur disparue», précise l’entrepreneur de 37 ans.
La boutique Rosenoire
Rosenoire, c’est le nom de leur boutique qui a déjà failli avoir pignon sur Saint-Joseph, à Québec, mais la pandémie les a contraints à remettre à plus tard leur projet. Ils caressent toujours le rêve de revenir installer physiquement leur commerce dans la Belle Province pour écouler leur marque Chokani.
«La toute première boutique Rosenoire a vu le jour en 2018 au marché Jean-Talon, à Québec. Plusieurs années plus tard, on se retrouve à Mexico! Au Québec, en ce moment, c’est surtout de la vente en ligne», précise notre interlocuteur.
Une aventure au quotidien
Mathieu Guay parcourt régulièrement les marchés publics du centre historique de Mexico, autour du Palais national, pour dénicher les tissus à la base de leurs collections.
Ce coin de la ville est réputé abriter de nombreux voleurs et bandits, c’est pourquoi comme étranger au visage pâle, il doit faire profil bas, devant traîner sur lui des quantités assez importantes d’argent liquide. Car Mexico, ce n’est pas la plage.
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«C’est moins pire qu’avant, parce qu’avant d’être président, en tant que maire de Mexico, Andrés Manuel López Obrador a pacifié ce quartier en faisant signer des accords tacites entre les autorités et la mafia. Je ne porte pas de bijoux et je me fonds plutôt bien dans le décor».
Il aimerait acheter seulement des tissus mexicains, mais admet qu’il s’en remet parfois aux étoffes chinoises, lesquelles sont beaucoup plus compétitives.
«On fonctionne avec des petites productions de 40 à 50 morceaux. C’est à échelle humaine. Avec les autres artisans, on se bat contre le "fast fashion" et les grandes marques comme Zara. […] Le but est d’offrir un vêtement qui peut durer plusieurs années».
Une démarche équitable
Pour Mathieu Guay et sa femme que nous avons rejointe à leur boutique juste en face du palais des Beaux-Arts, il est important d’employer une main-d’œuvre locale pour conserver le caractère authentique de leurs produits, mais aussi par esprit de solidarité.
«L’idée, c’est aussi de donner du travail à des gens vulnérables. Nous employons un grand nombre de femmes […] Des fois, j’aimerais ça être un peu plus capitaliste, mais ce n’est pas notre philosophie!», laisse tomber Mathieu Guay.
Ces dernières années, il a rencontré des Québécois qui voyaient leur projet d’un mauvais œil, l’accusant «d’exploiter des petits Mexicains». L’entrepreneur se désole de cette vision des choses, tellement son entreprise est loin de ce genre de cliché.
«Toute forme de mondialisation n’est pas nécessairement mauvaise. On exporte au Québec des vêtements faits au Mexique, mais ça ne veut pas dire que des gens sont exploités», dit-il.
À la mi-septembre prochaine, la boutique Rosenoire sera représentée au festival de musique Envol et Macadam à Québec, une manière de mettre à l’honneur son côté «punk».











