Pour Libre Média, le professeur Claude Simard a lu l’essai de Mario Polèse Le miracle québécois publié aux éditions du Boréal.
À ceux qui désespèrent du Québec à la suite du lamentable état de psychose hypocondriaque dans lequel il s’est enlisé au cours des deux dernières années de la crise du coronavirus, ce livre pourra redonner un certain optimisme.
L’essai de Polèse présente en effet le peuple québécois comme une nation exceptionnelle dans l’histoire se distinguant par sa résilience, son bien-être, son pacifisme et son habileté politique.
Immigré établi au Québec depuis plus de cinquante ans, ce «Québécois venu d’ailleurs» d’origine à la fois autrichienne et américaine est si amoureux du Québec qu’il n’hésite pas à parler de «miracle» pour qualifier la destinée de son pays d’adoption.
L’essai de Polèse présente en effet le peuple québécois comme une nation exceptionnelle dans l’histoire se distinguant par sa résilience, son bien-être, son pacifisme et son habileté politique.
Immigré établi au Québec depuis plus de cinquante ans, ce «Québécois venu d’ailleurs» d’origine à la fois autrichienne et américaine est si amoureux du Québec qu’il n’hésite pas à parler de «miracle» pour qualifier la destinée de son pays d’adoption.
Économiste de formation et professeur émérite de l’INRS, l’auteur brosse du Québec un portrait surtout économique avec cependant plusieurs considérations historiques et sociologiques complémentaires. Sa démarche est à la fois objective et subjective, constituée d’un mélange de statistiques économiques et démographiques ainsi que d’anecdotes personnelles.
La métamorphose du papillon
Pour illustrer l’histoire du Québec, l’auteur emploie régulièrement l’image de la métamorphose du papillon.
La phase de la chenille correspond en gros à l’époque de la formation d’une nation égalitaire et pragmatique durant le Régime français. Vient ensuite la longue période de coconnage (1840-1960) qui se caractérise par une forte volonté de survivance animée par l’Église catholique, par le refus d’être annexé au melting-pot assimilateur américain, par une croissance démographique exceptionnelle, mais aussi par un traditionalisme sclérosant et une infériorisation scolaire, politique et économique inéquitable.
Vient enfin la Révolution tranquille au cours de la seconde moitié du XXe siècle qui fait entrer la société québécoise dans la modernité et qui l’affranchit de sa minorisation. Polèse distingue deux grands «virages» pour cette période.
La Première Révolution voit la création d’un État fort qui assure la scolarisation de l’ensemble de la population et qui favorise l’entrepreneuriat des francophones dans tous les secteurs de l’activité économique. La Deuxième Révolution est un temps d’affirmation nationale avec l’élection d’un parti indépendandiste en 1976 et la promulgation de la loi 101 faisant du français la langue officielle du Québec et obligeant tous les immigrants à envoyer leurs enfants à l’école française, de manière à maintenir le poids démographique des francophones.
La Première Révolution voit la création d’un État fort qui assure la scolarisation de l’ensemble de la population et qui favorise l’entrepreneuriat des francophones dans tous les secteurs de l’activité économique. La Deuxième Révolution est un temps d’affirmation nationale avec l’élection d’un parti indépendandiste en 1976 et la promulgation de la loi 101 faisant du français la langue officielle du Québec et obligeant tous les immigrants à envoyer leurs enfants à l’école française, de manière à maintenir le poids démographique des francophones.
Sur le plan psychosocial, Polèse reconnaît quatre «gènes politiques» des Québécois qui leur ont permis de se maintenir et de prospérer: a) un pragmatisme allergique aux idéologies et aux actions radicales et violentes; b) une conscience aiguë de devoir protéger leur langue et leur culture en tant que minorité au Canada et en Amérique du Nord; c) une situation géopolitique favorable qui assure à la plus nombreuse minorité francophone du Canada de constituer une majorité sur son territoire; d) un esprit égalitaire peu soucieux des hiérarchies sociales et enclin à soutenir un État fort pour assurer un meilleur partage de la richesse collective.
Un Québec idéalisé
Les analyses de l’auteur sont éclairantes à plus d’un titre. Toutefois, l’auteur n’échappe pas à une forme d’idéalisation de la société québécoise.
Ainsi son expression de «cohabitation pacifique» à propos des deux communautés française et anglaise oblitère l’anglicisation de plus en plus grande de la région montréalaise malgré la loi 101 ainsi que l’hostilité et les préjugés tenaces qui s’expriment sans retenue dans les médias anglophones vis-à-vis des francophones du Québec.
Ainsi son expression de «cohabitation pacifique» à propos des deux communautés française et anglaise oblitère l’anglicisation de plus en plus grande de la région montréalaise malgré la loi 101 ainsi que l’hostilité et les préjugés tenaces qui s’expriment sans retenue dans les médias anglophones vis-à-vis des francophones du Québec.
Polèse ne semble pas non plus avoir observé le suivisme, l’âgisme, le radicalisme et le sectarisme dont a fait preuve au Québec la majorité au cours de la récente crise sanitaire.
Pour une image plus réaliste des travers psychosociaux des Québécois et pour que le lecteur ait la possibilité de prendre en compte une pluralité de vues, je me permets de le renvoyer à l’ouvrage collectif qui vient d’être publié et que j’ai dirigé avec Jérôme Blanchet-Gravel: Crise sanitaire et régime sanitariste publié aux éditions Liber.
Pour une image plus réaliste des travers psychosociaux des Québécois et pour que le lecteur ait la possibilité de prendre en compte une pluralité de vues, je me permets de le renvoyer à l’ouvrage collectif qui vient d’être publié et que j’ai dirigé avec Jérôme Blanchet-Gravel: Crise sanitaire et régime sanitariste publié aux éditions Liber.
Mario Polèse, Le miracle québécois. Récit d’un voyageur d’ici et d’ailleurs, Boréal, 2021, 332 pages.













