Repenser d’urgence les CHSLD –entretien avec Jean Bottari

Une infirmière aide une résidente à retirer son masque dans un EHPAD à Paris, le 4 mars 2021, l’équivalent français d’un CHSLD. Photo: Martin Bureau pour l’AFP.

Vendredi le 10 juin 2022, à 12:00

Comment le Québec peut-il s’améliorer dans le domaine des soins aux aînés? Libre Média en a discuté avec Jean Bottari, ancien préposé aux bénéficiaires et spécialiste de cet enjeu que la pandémie a tristement remis à l’avant-plan.


Ex-préposé aux bénéficiaires, président du syndicat local de l’Hôpital Marie-Clarac à Montréal et figure bien connue des médias, Jean Bottari a accepté l’invitation de Libre Média à discuter de l’avenir des soins aux aînés.

Simon Leduc: Pourquoi vous intéressez-vous particulièrement au domaine des soins aux aînés?

Jean Bottari: «Auparavant, les gens me contactaient et ils me racontaient des choses concernant les soins que les aînés recevaient dans les CHSLD. Je trouvais que les conditions de vies de ces gens-là étaient inhumaines. Alors, je me suis dit que je devais faire quelque chose.

Alors, au fil des ans, je me suis impliqué dans ce domaine et cela fait une bonne vingtaine d’années que j’en parle dans les médias.» 

Simon Leduc: Comment expliquer l’hécatombe dans les CHSLD durant la première vague de Covid-19 au printemps 2020?

Jean Bottari: «À mon avis, la principale cause est le fait qu’on a transféré trop de personnes âgées des hôpitaux vers les CHSLD. On a fait cela pour libérer les lits d’hôpitaux. Le gouvernement a même admis que cela a été une grosse erreur.  

Ensuite, il y a eu des lacunes dans la mobilité du personnel dans les établissements de soins de longue durée. Les travailleurs se promenaient d’un CHSLD à l’autre et d’un hôpital à l’autre.  

Le Québec aurait pu faire comme l’Alberta qui,  dès le début de la pandémie, a arrêté cette pratique.  En conséquence, le bilan de la gestion dans les CHSLD aurait été plus positif si l’État québécois n’avait pas mise en place une telle politique.  

Subséquemment, le manque de matériels de protection personnelle (masque, gants, blouses, etc.) fut un problème sur le terrain.  Au début, les employés des établissements de santé n’ont pas pu se protéger adéquatement contre le virus.  

Cela a pris un certain temps avant que ceux-ci soient bien équipés contre la Covid-19.

Il ne faut pas oublier que le docteur Horacio Arruda, l’ancien directeur de la santé publique du Québec, a dit en mars 2020 que le port du masque n’était pas une bonne façon de se protéger contre la transmission de coronavirus. Sa déclaration n’a pas aidé le gouvernement dans sa gestion de la pandémie.»

Simon Leduc: Selon vous, l’ancien ministre de la Santé Gaétan Barrette n’a pas un bon bilan en matière de soins aux personnes âgées, pourquoi?

Jean Bottari: «Durant son mandat, le ministre Barrette n’a rien fait de positif pour les CHSLD. Il n’a pas proposé de politiques concrètes pour régler les problèmes du manque de personnel et des causes du vieillissement de la population sur les soins pour les aînés. »

Simon Leduc: Quelles politiques doit-on mettre en place pour améliorer la situation?

Jean Bottari: «Tout d’abord, il faut que Québec améliore les soins à domicile. Actuellement, il y a des personnes qui sont en attente depuis des mois pour avoir des soins à domicile. 

Sur le 70% des gens qui attente de soins, il y en a seulement 5% qui reçoivent des soins requis.  Cela va passer par un meilleur investissement au niveau financier et en ressources humaines.   

De plus, le gouvernement doit mettre en place une bonne stratégie de rénovations des CHSLD. Il y a en plusieurs qui sont désuets en ce moment.  

Concernant les résidences privées pour aînés, où le gouvernement achète des lits, il va falloir hausser l’investissement financier pour pouvoir mieux s’occuper des personnes qui habitent dans ces établissements.    

Il y a aussi un facteur qui est incontournable : le recrutement de la main-d’œuvre.  Il faut tout mettre en œuvre pour attirer de nouveaux travailleurs dans les CHSLD afin d’améliorer les conditions de vie des résidents.

Il y a un gros problème de pénuries de travailleurs dans ce domaine. Actuellement, c’est courant de voir dans un établissement un préposé pour 20 patients et une infirmière pour 100 patients.  C’est nettement insuffisant et il faudra tout mettre nos efforts pour régler ce problème.» 

Simon Leduc: Que pensez-vous des maisons des aînés que le gouvernement Legault est en train de construire?

Jean Bottari: «Je crois que c’est un projet qui est intéressant, mais très coûteux. C’est bien comme concept. Cependant, il y a très peu de gens qui vont en profiter, c’est cela le problème. À mon avis, il faudrait plutôt investir dans les soins à domicile et dans la réfection des CHSLD désuets.»