Dans le dossier de l’autonomie du Québec, les partis doivent mettre de côté leurs différends pour faire front commun face à l'ingérence d'Ottawa.
Récemment, une trinité politique inattendue nous a forcés à sortir de notre léthargie collective quant à la question nationale. Par leurs prises de position quasi théâtrales, Paul Saint-Pierre Plamondon, Denis Coderre et Éric Duhaime ont ravivé l’enjeu brûlant que nous avons sciemment mis sur la glace pendant près de 30 ans. Et pour cause.
1995 a laissé les Québécois dans une torpeur difficile à décrire: un désir de souveraineté anesthésié, une ferveur engourdie et un pragmatisme qui s’est rabattu sur la gouvernance provinciale.
Ce retranchement, jadis salutaire, est devenu délétère. L’époque où l’on s’amusait à comparer le Québec à un «village d’irréductibles» dont la culture et la langue survivaient dans une mer d’anglophones est révolue.
Des problèmes structurels à régler
Plusieurs écueils émanent désormais de l’intérieur: faible natalité, transmission culturelle brisée, américanisation pas si tranquille et bien sûr, une stratégie d’immigration fédérale qui dépasse largement nos capacités d’accueil et d’intégration.
Ce dernier constat fait d’ailleurs consensus à l’Assemblée nationale, au sein des milieux financiers et dans le reste du Canada.
Le PQ a fait de l’immigration son fer de lance. Il décoche quotidiennement des flèches à la CAQ qu’il accuse d’agir mollement dans ce dossier et de se contenter d’écrire des lettres.
Toutefois, rappelons-nous que si la CAQ a obtenu une majorité aussi forte en 2022, c’est en partie parce qu’elle a formulé le souhait de rapatrier tous les pouvoirs en immigration. Quant au «gouvernement en attente», il affirme que l’indépendance constitue la seule manière d’obtenir les pleins pouvoirs en immigration, ou en général.
Peu importe que nous soyons pour ou contre l’indépendance, trois observations découlent de cette affirmation.
D’abord, nombreux sont les Québécois qui, malgré la montée récente de l’option souverainiste, s’interrogent sur les réelles chances de succès de ce pays sur pause.
Après tout, le chemin vers le pays se révèle ardu et pavé d’échecs. Ensuite, plusieurs notent que le simple fait de devenir un État-nation ne règle pas tout en matière de politiques migratoires et linguistiques. Il n’y a qu’à regarder du côté des États-Unis ou de l’Europe pour s’en convaincre.
Dans ce contexte, le Québec doit immanquablement s’habituer à faire entendre (et respecter) ses préoccupations en dehors de ses frontières.
Enfin, les électeurs se rappellent que même s’ils sont sondés chaque semaine, ils ne seront conviés aux urnes qu’en 2026. Dans l’entremise, le statu quo est intenable. Donc, quel est le plan?
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Nous retournons irrémédiablement à la troisième voie: tenter par tous les moyens d’accroître les pouvoirs du Québec et de faire respecter ses champs de compétence.
D’aucuns affirment que l’autonomisme et les alliances interprovinciales pour décentraliser le fédéral s’avèrent des culs-de-sac, car ils ont échoué par le passé. Or, le contexte canadien s’est métamorphosé. Cette avenue vaut donc la peine d’être pleinement réempruntée.
Et les indépendantistes ne devraient pas oublier qu’ultimement, circonscrire les capacités d’Ottawa faciliterait une éventuelle négociation post-référendaire. Tout le monde y gagne.
L’autonomie avant la partisannerie
Ainsi, le Québec doit faire front commun pour soutenir la quête d’autonomie québécoise.
Tous devraient appuyer le ministre Dubé qui s’oppose vertement à l’intrusion du fédéral dans son champ de compétence en ce qui a trait à l’assurance-médicaments en devenir.
Tous devraient également soutenir la ministre Fréchette face à Ottawa plutôt que de ridiculiser ses démarches ou de l’accuser d’aller trop loin lorsqu’elle conteste plus sérieusement.
Les oppositions doivent à tout prix résister à la tentation d’instrumentaliser ce sujet sensible. À l’instar du fameux dilemme du tramway en psychologie, nos choix collectifs doivent être guidés par une éthique de responsabilité pour prévenir les conséquences imprévues de nos actions, ou de notre inaction.











