Pénurie de lait pour bébé aux États-Unis, la goutte de trop

Le président américain Joe Biden tient une réunion virtuelle avec des responsables de son administration et les présidents des principaux fabricants de formules pour bébé à Washington, le 1er juin 2022. Photo: Saul Loeb pour l’AFP.

Mercredi le 8 juin 2022, à 13:30

Depuis début mai, les États-Unis font face à une grave pénurie de lait artificiel pour nourrissons. Face aux tablettes vides et au désarroi des parents, démocrates et républicains se renvoient la balle. 


À la mi-mai, le vote de 192 républicains contre le plan d'aide d'urgence à la Food and Drug Administration semait l’émoi au pays de l’Oncle Sam, plan approuvé par 231 voix à la Chambre des représentants.
 
L’objectif de ce plan: réduire les restrictions imposées aux fabricants pour vendre des préparations de lait infantile, de manière à mettre fin à la pénurie de lait pour bébé, plus précisément de lait de vache écrémé enrichi d’émulsifiants et de stabilisateurs.

Chacun cherche son coupable

 
Le 1er juin, des parlementaires démocrates ont fustigé les républicains pour avoir voté non au fameux plan d'aide. LaTonya Johnson, représentante du Milwaukee a déclaré, lors d'une conférence de presse, avoir été «horrifiée» d'apprendre que tous les parlementaires républicains du Wisconsin s'étaient opposés à ce projet. 
 
Elle a confié aux journalistes qu'il y a 25 ans, elle était incapable d'allaiter correctement sa fille née prématurément. Elle a assuré se souvenir encore «de la panique, de la peur, de la frustration, de la colère de ne pas pouvoir nourrir sa fille affamée alors qu'elle pleurait».
 
«Vous aviez des parents, des tuteurs et des membres de la famille qui cherchaient désespérément le lait maternisé dont leurs enfants avaient désespérément besoin. Leur refuser cette formule et s'opposer activement aux solutions est immoral de la part des républicains», a-t-elle ajouté.

 

Encore la faute à Donald Trump?

 
Sans surprise, la gauche étasunienne jette la responsabilité de la pénurie sur un certain Donald Trump. 
 
Sur Twitter, l'homme au tempérament bouillant est accusé d'avoir imposé de lourdes restrictions sur le lait infantile... canadien. Ses détracteurs l'accusent d'avoir épaissi la crème administrative dans le cadre de l'importation de préparations pour nourrissons produites au pays du sirop d'érable. 
 
Privé de son compte Twitter, Donald Trump n'a pas répondu. Mais quelques jours auparavant, son épouse Melania s'en était mêlée. «C'est navrant de voir qu'ils [le gouvernement de Joe Biden  luttent et que la nourriture n'est pas disponible pour les enfants au XXIe siècle, aux États-Unis d'Amérique», s'est émue l'ancienne première dame lors d'un entretien pour Fox & Friends Weekend
 
Séchez vos larmes! Afin de voler au secours des parents paniqués, le Département de santé américain (Health and Human Services) propose désormais, sur son site internet, des alternatives au lait artificiel pour bébé. Il s’agit de préparations à base de soja ou à base... de lait de vache. 
 
Décidément, la nature fait bien les choses, disait Rousseau. Néanmoins, le Département de santé américain a tenu à préciser que «si le bébé vomit, a des gaz ou pleure […], il se peut qu'il ne tolère pas la nouvelle formule». 

 

Un pont aérien pour acheminer le lait 

 

Le 18 mai, Joe Biden a annoncé l’instauration d’un pont aérien nécessitant le recours à une loi datant de la guerre froide pour tenter de régler ce problème devenu pour le moins gênant pour son administration. 
 
Lors d'une réunion virtuelle sur l'accélération de la production de formules grâce à cette opération baptisée «Fly Formula», le président Joe Biden a rappelé qu'en tant que père et grand-père, il se sentait particulièrement affecté par la pénurie en cours. 
 
Et le président de 79 ans de se féliciter d'avoir fait acheminer des avions gorgés chacun de 1,5 million de bouteilles de lait Nestlé, destinées aux enfants souffrant d'allergies. Avant d'annoncer d'autres mesures d'importation de lait infantile par voie aérienne. 
 
Deux jours plus tard, comble de l’humiliation, c’est le président de la Biélorussie, Alexander Lukashenko, qui a proposé à Washington de lui envoyer du lait infantile. Proche allié de la Russie face à l’Ukraine, la Biélorussie fait face à une série de sanctions de la part de Washington.

Quand il s'agit de bébés, une guerre chasse l'autre.