Des images JPEG qui se vendent des millions? Les certificats numériques NFT sont perçus comme une nouvelle mine d’or, malgré quelques premiers défauts. Bien des usages se dessinent, et encore plus avec l’arrivée du métavers.
Pour Non-Fungible Token (jeton non fongible), les NFT sont des certificats numériques assurant l’authenticité d’un fichier comme une image JPEG, un tweet ou une vidéo. Ils consistent en un numéro de série impossible à falsifier et inscrit dans la blockchain.
La blockchain formée à partir de millions d’ordinateurs en réseau est bien pratique. Les transactions en cryptomonnaies y sont consignées, ce qui permet de connaître le parcours de chaque bitcoin.
La blockchain permet aussi d’y inscrire des contrats entre deux tiers, garantissant publiquement les termes et la signature. Pourtant, si les cryptomonnaies intriguent et sont plutôt décriées pour de bonnes et de mauvaises raisons, il en va autrement des NFT que s’arrachent les petits et grands acteurs économiques qui y voient un nouvel eldorado.
Une nouvelle valeur refuge
Les domaines de l’Internet, de l’art et des jeux vidéo ont tout de suite compris l’intérêt des NFT.
Les artistes peuvent mettre aux enchères une œuvre unique pour un montant à plusieurs zéros, à l’image du réalisateur David Cronenberg ayant vendu 25 000$ un court métrage en 2021. Cette année, c’est une photo de ses calculs rénaux qu’il espère vendre pour 30 000$.
L’engouement du milieu artistique a tôt fait de convaincre les sociétés de vente aux enchères qui jouent sur une image de prestige de s’engager dans l’aventure.
Ainsi, un collage de Beeple intitulé «Everydays : the First 5000 days» a été vendu par Christie’s pour 69 millions de dollars en mars 2021.
Le secteur des jeux vidéo qui rapporte plus que le cinéma a lui aussi saisi rapidement l’intérêt des NFT. Chaque studio possède une armée de designers et de graphistes capable de créer des centaines d’illustrations en vue d’un jeu, pourquoi alors ne pas les revendre sous forme de NFT? La nouvelle tendance étant de créer différentes thématiques consacrées à un jeu, à l’image de ce qui existe en philatélie.
Un marché propulsé par la spéculation
Du côté des acteurs d’Internet, des fichiers comme le premier tweet de Jack Dorsay ont là aussi atteint des premiers prix de vente record.
Cependant, ces premiers investissements sont le fait de spéculateurs et autres fortunes des cryptomonnaies qui voient là une nouvelle manière d’investir leurs millions accumulés en Bitcoin et Ethereum. Ils sont prêts à prendre le risque et ont tout intérêt à ce que ce marché s’envole, d’où les 2,5 millions de dollars dépensés pour le premier tweet de Jack Dorsay.
Premières déconvenues
L’envolée des prix n’est pas due au hasard. Rapidement adoptés par nombre d’acteurs importants de notre écosystème économique et financier, les NFT ont été véritablement adoubés auprès des investisseurs traditionnels.
Ces investisseurs et ceux ayant fait fortune dans les cryptomonnaies ont surtout parié sur la montée en valeur de NFT et de leur succès auprès du public.
La déconvenue est cependant sévère. La personne ayant acheté le premier tweet de Jack Dorsay 2.5 millions pensait le revendre au moins 49 millions de dollars. Aux enchères, la plus haute offre a atteint à peine 10 000$.
Cette offre de 10 000$ signifie que ce marché existe bel et bien, mais elle démontre aussi que les premiers investisseurs ont surestimé de beaucoup trop la valeur que le marché accorde aux NFT.
De fait, il faut souligner que peu de gens comprennent le fonctionnement des NFT pour bien les exploiter sur le plan économique. Cependant, les studios de jeux vidéo qui se cherchent également sur ce marché ont peut-être trouvé la solution avec des NFT vendus à bas prix.
Facebook et Jeux vidéo, laboratoire des NFT
C’est ce que pourrait avoir compris Facebook, enfin Meta, sa maison mère qui planche actuellement sur le métavers. Imaginez un monde virtuel dans lequel on peut se rendre au travail et interagir avec ses collègues ou encore, profiter d’attractions et de sensations inédites permises par les casques de réalité virtuelle.
Mais ici, une bonne partie sera vendue sous forme de NFT. Pour meubler votre bureau virtuel, il vous faudra des objets qui seront vendus sous forme de NFT, tout passera par des NFT qui s’échangeront sur la plateforme mise en place par Meta.
Étant donné que nombre d’entreprises s’intéressent au métavers et aux avantages que celui-ci pourrait leur offrir, les enjeux financiers sont colossaux. Par exemple, vous achetez un meuble, et pour 1$ de plus vous pouvez le transposer sous forme de NFT dans votre bureau ou appartement du métavers, et ceci serait répétable avec nombre de produits.
Même son de cloche du côté des studios de jeux vidéo.
Tous sont actuellement à la recherche d’une nouvelle source de revenus. Le passage au tout numérique leur a permis de se débarrasser des intermédiaires sur les ventes de jeu physique, tandis que les joueurs sont habitués à payer plus pour du contenu supplémentaire. Les NFT représentent pour les studios une nouvelle manne.
Cependant, ces studios savent qu’ils doivent composer avec une majorité de joueurs qui ne sont pas milliardaires. Pour chaque société, l’idée est donc de créer sa propre salle des ventes et de proposer des collections et images à l’unité pour quelques dollars.
Le studio empoche des bénéfices sur la première vente, et si une image prend de la valeur, le studio fera de l’argent en prélevant une partie des transactions entre collectionneurs puisqu’ils devront passer par la plateforme mise en place.
La révolution pourrait également venir du sponsoring de joueurs d’esport (sport électronique). Des studios travaillent actuellement sur ce concept où des joueurs fortunés pourraient subventionner des équipes ou d’autres joueurs à coup de NFT pour leur acheter des armes et véhicules uniques pour plusieurs milliers de dollars.
En contrepartie, ils toucheraient les revenus générés par les victoires de leurs équipes lors des évènements d’esport et grâce au marchandisage.
Les dangers des NFT
Si les NFT ont été popularisés pour les revenus qu’ils sont susceptibles de dégager, leur aspect technique représente cependant certains dangers pour les consommateurs.
Prenons l’exemple de la musique. Actuellement, rien ne distingue un MP3 magasiné sur un site comme Apple Music d’une copie acquise illégalement. Les majors ont tant bien que mal essayé d’imposer les DRM, mais leur gestion bien trop compliquée et l’impossibilité de lire du contenu acquis légalement a tôt fait de les rendre impopulaires.
Par contre, en apposant un certificat NFT dans la signature numérique et dont l’authenticité est vérifiable grâce à la blockchain, il sera par exemple possible pour un douanier de contrôler la musique contenue dans le téléphone d’une personne lors de son passage à une frontière afin de savoir si le tout a été acquis légalement.
Cette mesure avait d’ailleurs été réclamée par l’industrie musicale en 2008.
Quoi qu’on en pense, les NFT sont là pour rester. Elles représentent une valeur refuge pour les millionnaires et une nouvelle source de revenus pour plusieurs secteurs.











