La plus ancienne église d’Amérique centrale s’effrite, et l’État du Honduras est quasi absent de ses propres fouilles archéologiques. Pendant ce temps en France, 5550 monuments sont en danger. Le point commun? La désertion des autorités publiques.
En s’approchant de la Ermita Conquistadora Inmaculada, dans la campagne délaissée du Guatemala, difficile de ne pas être saisi par une forte émotion: située dans le village de Salcajá, à 20 km de Quetzaltenango, cette église a été construite par les Espagnols en 1524.
«Quand il pleut, de l’eau tombe même dans le chœur»
Église la plus ancienne d’Amérique centrale – et l’une des plus anciennes du continent américain –, la Ermita Conquistadora Inmaculada fêtera ses 500 ans d’existence l’année prochaine. Voilà qui mériterait une célébration haute en couleur, un carnaval de liturgie dont le Guatemala a le secret, mais l’église s’effrite.
«Quand il pleut, de l’eau tombe même dans le chœur. L’institut d’anthropologie et histoire du Guatemala n’est pas passé depuis deux ans et n’a pas manifesté sa volonté de la restaurer», a confié à Libre Média l’homme qui détient les clés de ce petit joyau.
Au fond de la nef, la première Vierge Marie ramenée du vieux continent en Amérique. Quant au toit, il a la forme inversée des caravelles de Christophe Colomb.
Que l’on soit natif d’Amérique, d’Europe ou d’ailleurs, croyant ou athée inébranlable, cette église fait partie de notre histoire commune. Les Guatémaltèques et certains étrangers le savent, puisqu’ils s’y rendent, alors qu’attend l’UNESCO pour l’inscrire au Patrimoine mondial de l’humanité?
En France, 5500 monuments patrimoniaux en danger
À 900 km de là, en France, l’église Sainte Madeleine d’Angers à été vandalisée. Rima Abdul Malak, la ministre de la Culture, s’est donc fendu d’un tweet pour «condamner fermement ce vandalisme».
Fort bien mais hormis des tweets, qu’entend-elle faire concrètement pour l’empêcher? Elle est en poste depuis un an déjà.
Selon la Fondation du Patrimoine présidée par l’écrivain Stéphane Bern, ce ne sont pas moins de 5500 sites patrimoniaux qui sont actuellement en danger en France, ce qui est énorme.
La protection du patrimoine monumental français étant désignée par l’État français comme «une servitude d’utilité publique», c’est bien à celui-ci ou à l’Union Européenne de s’en charger. En tout cas, ce n’est ni au quidam ni à des entreprises privées.
Au Québec, le patrimoine souffre du même désamour. Tous les mois, des monuments d’importance parmi lesquels plusieurs églises y sont détruits selon l’incontestable loi de la rentabilité.
Au Honduras, l’État quasi absent des fouilles
Laissons la France et le Québec et retournons en Amérique, plus précisément au centre, à Copán au Honduras, tout près de la frontière avec le Guatemala.
Copán, c’était un peu le Paris des Mayas justement, tandis que Tikal était leur New York, dit-on par là-bas. Copán, avec ses stèles gravées de hiéroglyphes et de portraits d’une grande finesse, incarnait la minutie et le souci des détails propre à l’Europe, tandis que Tikal, avec ses pyramides immenses, incarnait la démesure et le gigantisme de l’Amérique.

Hiéroglyphes mayas, musée d'archéologie de Copán, Honduras.
Photo: Alexis Brunet pour Libre Média.
Sur le chemin menant aux ruines, des dizaines de monticules regorgent de ruines non encore découvertes de cette attachante principauté maya, tombée en décadence au Xe siècle. Qu’attendent-ils pour les déterrer, vous dites-vous?
«L’État du Honduras n’investit rien ou peu dans les fouilles. Ce sont le Brésil, le Chili, l’Allemagne et les États-Unis qui investissent dans les fouilles archéologiques», me confie sobrement Martin Don Lopez, qui travaille avec des archéologues depuis 25 ans.
Une mission humaniste
Avec un tel tableau, l’ingérence étrangère dans le pays a de beaux jours devant elle. Quant aux stèles mayas, elles vont devoir attendre avant de nous livrer leurs secrets.
Quel gâchis, quand on sait qu’au IXe siècle, au moment de leur disparition en tant que civilisation, les Mayas étaient plus avancés que l’Europe en mathématiques, astronomie, agriculture et même en espérance de vie (donc en santé). Rappelons au passage que la civilisation maya avait découvert le zéro au cours du premier siècle avant Jésus-Christ, donc bien avant les Indiens.
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Ces exemples de patrimoine délaissé en cachent bien d’autres. Parmi les monuments en danger dans le monde, citons seulement la Sagrada Familia de Gaudi à Barcelone, le Machu Picchu au Pérou ou les pyramides de Nuri au Soudan, car la liste serait bien longue.
Contrairement à ce que veut faire croire une minorité d’excités déconstructeurs (et déconstruits), nous sommes avant tout la somme de ce que nous ont légué nos ancêtres. C’était d’ailleurs la philosophie même du courant humaniste au XVIe siècle – et si les déconstructeurs se croient plus avancés que nos ancêtres, qu’ils aillent donc faire un tour aux ruines mayas…
Quelles que soient nos sensibilités culturelles, nous devons donc veiller à ce que les autorités préservent notre patrimoine. En aucun cas, ce combat ne doit être abandonné aux mains des seuls déclinistes.












