Malheureusement, la défense du français est surtout devenue le fait de personnalités aveugles aux autres grandes causes de notre déclin, estime Jérôme Blanchet-Gravel.
Vous en souvenez-vous? Quand le premier couvre-feu a été décrété en janvier 2021, certains nationalistes québécois n'ont pas dénoncé la mesure liberticide en tant que telle, mais le fait qu'elle était aussi annoncée en anglais.
Ce qui les heurtait, ce n’était pas ce grave précédent pour la démocratie, mais l’avertissement en «bilingue» qui l’accompagnait. «Je veux être opprimé en français!», donnaient-ils à penser en faisant preuve d’un aveuglement phénoménal qui m’est resté en mémoire.
Détourner l’attention
La logique est restée. Hélas, la défense du français semble être devenue pour plusieurs un fétiche idéologique, un mantra, un discours à moitié vide permettant d’occulter d’autres enjeux majeurs pour notre avenir.
Par exemple: notre rapport aux enfants et la baisse alarmante de la natalité. L’avènement de la gérontocratie et d’une société de plus en plus intolérante au moindre bruit comme à la moindre agitation dans l’espace public, où des auteurs encensés dans la presse expriment publiquement leurs regrets d’être parents.
On s’insurge contre l’avancée de l’anglais comme langue hégémonique, mais sans s’interroger sur l’état véritable de la culture et des institutions censées la soutenir.
On s’insurge contre les cégeps anglais dont le financement par rapport aux autres est questionnable, mais sans s’interroger sur un système d’éducation maintenant dysfonctionnel et impuissant à former des gens capables d’écrire correctement leur langue.
Depuis quelques jours, ils sont nombreux parmi les gens de sensibilité nationaliste à déplorer la présence de personnel unilingue anglophone dans les hôpitaux, mais encore une fois, en perdant de vue le portrait d’ensemble.
Le Québec n’en serait pas là s’il avait su mettre en place un système plus souple, moins centralisé, qui pourrait former plus de médecins québécois et où des intérêts professionnels ne passeraient pas avant ceux des citoyens.
Regardez-les bien réclamer des soins de santé en français au lieu de réclamer des soins de santé de qualité tout court, alors que le système s'effondre sous le poids du corporatisme et de la technocratie qu'ils sont les premiers à chérir.
Écoutez-les bien dénoncer la prépondérance de l’anglais à la commission fédérale sur le mouvement des camionneurs, mais sans réfléchir à la signification de ces récents événements.
Quand le sage désigne la lune…
Le nationaliste typique est devenu le fidèle convaincu que la survie de la nation dépend moins de la natalité et de son envie de continuer à vivre ou non que de nouvelles règles linguistiques destinées à encadrer le bingo à Laval.
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D’ailleurs, outre son «nationalisme» à proprement dit, ces dernières décennies, le mouvement nationaliste a adhéré à toutes les idéologies ayant accéléré le déclin du Québec, ce qui est pour le moins paradoxal, pour ne pas dire suicidaire.
Égalitarisme envieux menant à la médiocrité, féminisme radical et écologisme anti-natalité, réglementarisme étouffant, sanitarisme tuant la vie sociale et culturelle: tous ces courants ont contribué à aseptiser le Québec jusqu’à en faire l’une des sociétés les plus stériles au monde.
…l’idiot regarde le doigt
S’il n’est pas capable d’articuler la défense du français avec celle de la nation dans toutes ses dimensions et avec celle de la famille, le noyau des noyaux, le mouvement nationaliste est condamné à sombrer dans un folklore ringard à l’audience toujours plus restreinte.
Pour survivre, le français doit être soutenu par une culture vivante: la langue ne peut être un marqueur identitaire fort que si elle est portée par une communauté forte.
Bien sûr, la survie de la nation passe aussi par une meilleure connaissance de son histoire, une épopée aventureuse contrastant plus que jamais avec le présent hypnotisé par des banalités. Le brillant travail réalisé par Marco Wingender à Libre Média en témoigne.
Malheureusement, l'abandon du nationalisme par la jeunesse et ce qu'il reste de forces vives en fait une idéologie de militants en pyjama qui n'ont plus rien d'autre à revendiquer que de pouvoir écouter la télé en français, rénover leur salle de bain en français et recevoir leur dose de rappel en français. C’est-à-dire mourir en français.













