L’inflation embrase l’Amérique latine: des révoltes contagieuses?

Des gens manifestent contre l’inflation et la hausse du prix de l’essence dans la ville de Panama, le 12 juillet 2022. Photo: Rogelio Figueroa pour l’AFP.

Vendredi le 15 juillet 2022, à 19:00

Après l’Équateur, le Panama, Haïti et l’Argentine connaissent d’importantes vagues de protestation dues à l’inflation et à la montée du prix de l’essence. Partout sur le continent, les mêmes facteurs sont à l’origine de la colère. 

 
«Ces derniers jours, l’intensité des manifestations a un peu baissé, mais on peut s’attendre à ce que les manifestations se poursuivent. […] Contrairement aux derniers épisodes de tensions passagers, l’ensemble de la population appuie le mouvement», souligne Harry Brown, directeur du Centre international d’études politiques et sociales dans la ville de Panama.
 

La liste des pays touchés s’allonge 

 
Depuis une dizaine de jours, le Panama, Haïti et l’Argentine se sont ajoutés à l’Équateur comme pays touchés par de nouvelles vagues de protestation sur un continent dont l’économie n’a toujours pas la force de sa culture. 
 
Le 12 juillet dernier, le président du Panama, Laurentino Cortizo, a annoncé un gel temporaire du prix du galon de carburant, une mesure jugée insuffisante par les protestataires. À la même occasion, le dirigeant de centre a annoncé la baisse du prix d’une douzaine de produits de base.
 
«Je comprends l’insatisfaction de divers secteurs face à la situation que nous vivons, causée par les effets de la pandémie et les conséquences du conflit en Ukraine», a déclaré le chef d’État.
 
Mais comme l’explique notre interlocuteur, la population finira tout de même par payer la note. «L’État panaméen subventionne le prix du carburant. Les gens vont rembourser la différence à travers leurs impôts et ils le savent», explique Harry Brown avec Libre Média.
 

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Célèbre pour son canal, le Panama est pourtant considéré comme l’un des quelques pays économiquement stables d’Amérique latine, l’utilisation du dollar américain comme monnaie légale l’ayant aidé à maintenir sa croissance. 
 
Le Panama est aussi considéré comme un paradis fiscal – les Panama papers ne l’ayant pas beaucoup aidé à se défaire de cette réputation. 
 

Les mêmes facteurs structurels 

 
Dans tous les pays d’Amérique latine, mais aussi dans tous ceux du monde touchés par des soulèvements, on retrouve les mêmes facteurs structurels, à quelques différences près. 
 
Ressac de la pandémie et de sa gestion parfois autoritaire, l’inflation est toujours le principal ingrédient de la colère aux côtés de la hausse du prix de l’essence qui l’amplifie avec la hausse des coûts de transport. 
 
Au Panama, non seulement le prix des aliments augmente, mais le blocage de plusieurs points de l’autoroute panaméricaine par des manifestants – voie traversant ce pays de 4,2 millions d’habitants – a accentué la rareté de plusieurs produits alimentaires.
 
En Amérique latine, le prix de l’essence est le «grand détonateur» d’un cocktail explosif dont la base est une grande et vieille insatisfaction envers la classe politique, rappelle le directeur du Centre international d’études politiques et sociales. 
 
Pauvreté, chômage, faiblesse des systèmes d’éducation et de santé, pénurie de médicaments, corruption, présence du crime organisé: les manifestations apparaissent aussi, voire peut-être surtout comme une expression de trop-plein et d’impuissance.  
 

Dialogue difficile 

 
Pour lâcher du lest, le président Cortizo a fait part de sa volonté de dialoguer dans la capitale, mais les syndicats et organisations de la société civile impliqués dans les manifestations n’entendent toujours pas y participer. Ce refus n’annonce pas un dénouement facile. 


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Comme en Équateur récemment, l’Église catholique s’est proposée comme médiatrice, l’une des dernières institutions en lesquelles la population a encore confiance, constate Harry Brown. 
 
Toutefois, la confiance envers l’Église romaine déclinerait dans les classes populaires de plus en plus gagnées au christianisme évangélique. Partout en Amérique latine, les catholiques perdent chaque jour des adeptes au profit de ces églises protestantes indépendantes. 
 
«L’Église est un intermédiaire qui peut donner des résultats, mais chez les gens plus pauvres, c’est un intermédiaire fragile», avertit le politologue. 
 

Temps dur pour l’Amérique latine

 
Au Panama, l’inflation n’a encore atteint que 4,2%, mais en Argentine, où des manifestions semblables commencent à s’étendre, ce taux s’élève à 64%, ce qui en fait l’un des États les plus touchés dans le monde par le phénomène avec le Liban, le Soudan et le Venezuela. 
 
Jeudi dernier, plusieurs milliers de citoyens ont marché dans les rues de Buenos Aires pour témoigner de leur inquiétude. 

En Haïti, un pays plongé dans le chaos depuis le meurtre du président Jovenel Moïse l'été dernier, l’inflation et la hausse du coût de l’essence ne font qu’empirer une situation déjà intenable marquée par la violence des gangs.