Alors que la guerre s’intensifie au Proche-Orient, certains croient encore à la solution des deux États. Un leurre? À Jérusalem-Est, notre envoyé spécial est parvenu à rencontrer Nivine Sandouka, militante palestinienne pour la paix.
«C’est vraiment stupide de penser qu’en écrasant Gaza, vous allez éradiquer le Hamas. Depuis 75 ans, Israël s’imagine qu’en cassant le dos des Palestiniens, il va les faire taire, mais ça ne marche pas, car le problème est beaucoup plus profond: qu’espérez-vous d’un peuple après 75 ans d’humiliation?», interroge Nivine Sandouka à Jérusalem-Est.
Netanyahou, une politique boomerang?
Co-responsable de l’Alliance pour la paix au Moyen-Orient, cette Palestinienne est née à Jérusalem. Ses parents tiennent une boutique dans la vieille ville.
Pour accéder à la partie est depuis la partie ouest de la ville sainte, il n’y a eu aucun checkpoint. «D’un point de vue israélien, vous êtes à Jérusalem comme capitale d’Israël. C’est pour ça qu’il n’y a pas eu de checkpoint», clarifie-t-elle d’emblée.

Nivine Sandouka à Jérusalem-Est. Photo: Alexis Brunet pour Libre Média.
Pour la jeune femme, le massacre barbare des 7 et 8 octobre a été motivé par la politique de Benyamin Netanyahou qui voulait maintenir le statu quo. Avec des militants israéliens et palestiniens, elle réclame de nouvelles négociations de paix. «Il s’agit de créer les conditions pour qu’un accord vienne de la volonté du peuple», propose-t-elle.
«Benyamin Netanyahou est en train de rendre un grand service au Hamas. Les bombardements sur Gaza ne font que renforcer cette organisation. Si vous regardez vers la Cisjordanie, la popularité du Hamas a dramatiquement augmenté depuis le 7 octobre».
«Nous avons besoin d’un bon divorce»
Parler de paix après ce qui s’est passé les 7 et 8 octobre, est-ce vraiment opportun? «Oui et plus que jamais justement! Actuellement, près de 70% des jeunes Palestiniens et des jeunes Israéliens sont contre l’idée de deux États vivant côte à côte. Mais nous n’avons pas le choix! Et pour pouvoir coopérer au niveau économique, nous avons besoin d’un bon divorce. Cela signifie que chacun doit faire de grands efforts de son côté», répond-elle.
Lire notre premier reportage sur le terrain: «Bring them home», le cri du cœur des familles d’otages israéliens
«Dans l’État palestinien, nous devons travailler à construire notre gouvernement, à combattre la corruption, le système patriarcal, faire des élections, créer une bonne économie. En Israël aussi, ils doivent faire beaucoup d’efforts. Les Israéliens doivent réduire l’influence des extrémistes dans leur gouvernement», développe-t-elle.
Certes, mais concrètement, que fait-on des Arabes israéliens qui sont nombreux dans des villes telles que Nazareth ou Jaffa, par exemple? «À partir du moment où ils veulent rester au même endroit géographique, ils resteraient citoyens israéliens comme ils le sont actuellement. Ils pourront toujours venir visiter l’État palestinien», espère Nivine Sandouka.
Apatride dans son propre pays
Depuis l’annexion de Jérusalem-Est par Israël en 1967, un certain nombre de Palestiniens vivant à Jérusalem-Est ont la citoyenneté israélienne. Ce n’est pas le cas de Nivine Sandouka, qui dispose d’une carte de résidente sur le territoire israélien, qui compred Jérusalem-Est. Ses parents tiennent un magasin dans la vieille ville.
Descendante de Palestiniens nés à Jérusalem, elle n’a pas la nationalité israélienne et est donc apatride. Toute sa vie se passe en Israël, mais puisque seulement dotée d’un statut de résidente, elle doit régulièrement prouver aux autorités que ses activités sont ici.
«Avec le gouvernement israélien actuel, si un Palestinien vivant à Jérusalem n’arrive pas à prouver qu’il y vit, il peut être expulsé en Cisjordanie, et il aura besoin d’un permis pour revenir à Jérusalem», assure-t-elle.
Lire notre second reportage: Lors du massacre, «les islamistes riaient sur le son de la musique»
Cette situation affecte aussi la vie électorale de l’autre côté du mur: les autorités palestiniennes souhaiteraient que les Palestiniens de Jérusalem puissent voter aux élections nationales. Ces derniers en seraient toutefois empêchés par les autorités israéliennes au motif qu’ils n’habitent pas la Palestine.
Selon notre militante, ce serait la principale raison pour laquelle des élections nationales n’ont pas eu lieu en Cisjordanie depuis les dernières élections législatives de 2006.
Le poids du quotidien palestinien
Avec son permis de résidence, Nivine Sandouka a le droit de voter aux élections municipales israéliennes, mais pas aux élections nationales. Avec d’autres Palestiniens, elle a décidé de boycotter ces dernières afin de «ne pas légitimer l’occupation par Israël de Jérusalem-Est». Elle explique alors que depuis 1967, il n’y aurait pas de plan d’urbanisme.
Concrètement, des maisons s’effondrent et des familles sont sans logement. «Même temporairement, ils ne peuvent pas aller en Cisjordanie, car ils perdraient leur permis de résidence ici. C’est un aspect de la politique israélienne de contrôle des Palestiniens», regrette-t-elle.
Israël a construit un mur au sein même de Jérusalem-Est. Environ 150 000 Palestiniens avec un permis de résidence israélien vivraient dans la partie ouest du mur à Jérusalem-Est. Ils paient des impôts mais ils n’auraient pas le droit d’y construire.
«C’est une façon de les envoyer en Cisjordanie. Certains le font, et bien qu’ils soient nés à Jérusalem-Est, ils doivent passer le checkpoint tous les jours pour venir travailler ici», explique Nivine Sandouka.
Le traumatisme de la Nakba
En temps normal, environ 100 000 Palestiniens se rendent chaque jour travailler en Israël. Ils feraient parfois la queue 4 ou 5 heures aux checkpoints. Libre Média a pu constater de grands embouteillages aux abords des checkpoints. Un autre témoignage recueilli sur le terrain fait état d’ennuis quasi quotidiens pour ces Palestiniens.
Depuis le 7 octobre, un grand nombre d’entre eux seraient en train de perdre leur emploi en raison de plus grandes restrictions aux check-points, selon notre interlocutrice. «S’ils entrent quand même, la police les attrape et les met en prison», assure-t-elle avant de dénoncer une «punition collective».
De son côté, la presse israélienne a rapporté que 8000 travailleurs palestiniens venaient d’être reçus en Israël, pour travailler notamment dans les hôtels accueillant des réfugiés du nord et du sud du pays.
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Si elle comprend le traumatisme de l’Holocauste, Nivine Sandouka tient à rappeler que les Palestiniens ont, eux, vécu le traumatisme de la Nakba (la «catastrophe»), qui poussa des milliers de Palestiniens à s’exiler en 1948. «Nous sommes deux peuples à avoir des traumatismes», souligne-t-elle.
Habituellement, le taux de pauvreté à Jérusalem-Est serait de 70% selon les autorités israéliennes. Depuis la guerre, la pauvreté augmenterait à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, tout comme la violence. Et des colons se sentant pousser des ailes menaceraient des Palestiniens «d’une seconde Nakba».
Des manifs anti-Hamas ignorées par les médias?
«Tous les jours à Jérusalem-Est, des policiers israéliens arrêtent de jeunes Palestiniens, fouillent leur téléphone portable, regardent avec qui ils parlent sur WhatsApp et si ça ne leur plaît pas, ils les mettent en prison. Si vous dites sur les réseaux sociaux ce qui peut être perçu comme un soutien au Hamas, vous perdez votre travail. Si ça continue ainsi, je crains le pire en Cisjordanie», prévient la jeune femme.
Elle explique ensuite avoir l’impression que certains responsables israéliens semblent vouloir exploiter le pogrom des 7 et 8 octobre pour aller vers une annexion de toute la Cisjordanie.
D’ailleurs, le dimanche 29 octobre, des étudiants palestiniens ont été attaqués par des extrémistes juifs au campus de Netanya», souligne-t-elle.
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«Juste avant les 7 et 8 octobre, il y a eu d’importantes manifestations à Gaza réclamant le départ du Hamas. Personne n’a écouté les gens présents», regrette celle qui s’est rendue plusieurs fois sur place.
«Contrairement à une idée bien ancrée, il y a des gens très intelligents à Gaza. Ils reconstruisent toujours leur ville. En 2015, la dernière fois que j’y étais, j’ai eu envie de me coucher sous la table quand il y a eu un tir de roquette du Hamas et une autre roquette, probablement tirée d’Israël. Des enfants m’ont dit de ne pas m’inquiéter, que c’était normal ici. Ils ont une capacité de résilience impressionnante!», s’enthousiasme la jeune femme.
Selon le Hamas, plus de 10 000 Palestiniens ont été tués dans les bombardements israéliens jusqu’à présent. Mardi, les rebelles Houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, ont officiellement déclaré la guerre à Israël.











