60% des faillites au Canada ont lieu au Québec, mais la Belle Province représente seulement 23% de la population canadienne. Comment expliquer cette disparité? Les réponses de Ian Sénéchal, chroniqueur et analyste économique.
Ian Sénéchal est conseiller en sécurité financière chez VotreConseiller.net dont il est le président.
Simon Leduc: Depuis un an, les deux tiers des faillites d’entreprises au Canada surviennent au Québec, alors qu’il représente seulement 23% de la population canadienne. Comment peut-on expliquer cela?
Ian Sénéchal: «J’ai été surpris par les chiffres. Les médias nous ont présenté la situation comme un nouveau phénomène, mais ce n’est pas le cas. C’est une tendance assez lourde depuis 2012, le fait que la majorité des faillites d’entreprises au pays proviennent du Québec.
Je ne suis pas convaincu que la situation soit le résultat d’une sous-performance économique du Québec. J’ai plutôt l’impression que des lois différentes permettent de faire plus facilement faillite ici qu’ailleurs au Canada. Dans ce domaine, il y a vraiment quelque chose qui se passe au niveau de notre législation et sur le plan culturel par rapport aux autres provinces.
La concurrence déloyale de l’État est un facteur à considérer dans ce dossier.
Dans son ensemble, le phénomène reste difficile à expliquer, mais le vieillissement est probablement l’une de ses causes. Le vieillissement est plus important au Québec que dans le reste du pays. 98% des entreprises au Québec sont des PME (des entreprises de 100 employés et moins).
Prenons par exemple une personne de 55 ans qui a un restaurant et qui veut le vendre depuis des années. Si cette personne ne trouve pas d’acheteur, elle décidera peut-être de déclarer faillite. Il manque de repreneurs par rapport au nombre d’entrepreneurs qui vont à la retraite.
Le vieillissement de la population peut donc avoir un impact sur le nombre de faillites d’entreprises au Québec. Dans les provinces plus jeunes comme l’Alberta, les faillites sont moins nombreuses.
Un autre facteur peut lui aussi expliquer notre haut taux de faillites. Beaucoup de faillites surviennent en raison de la fiscalité agressive au Québec. On sait que le fisc québécois est bien plus agressif que son équivalent fédéral.»
Depuis qu’elle est au pouvoir, la CAQ a engagé des dizaines de milliers de fonctionnaires supplémentaires. Selon vous, est-ce que l’État québécois fait de la concurrence déloyale aux entreprises et que cela peut avoir un impact sur le nombre de faillites au Québec?
Ian Sénéchal: «Actuellement, le gouvernement occupe la place dans des endroits où des entrepreneurs pourraient partir une entreprise, par exemple les garderies. Normalement, la première entreprise familiale qu’une famille peut mettre en place est une garderie. Or, c’est un service qui est fourni par l’État…
Également, la vente libre de cannabis aurait pu être réservée à l’entreprise privée. Mais, l’État a décidé de garder le monopole de ce secteur. Donc, la concurrence déloyale de l’État est un facteur à considérer dans ce dossier.
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Il faut savoir que depuis que la CAQ est au pouvoir, le gouvernement du Québec est un employeur hyperactif. Il engage énormément de gens. La plupart des emplois qui ont été créés dans les dernières années au Québec proviennent du secteur public.
On est dans une situation où l’État vole du personnel au secteur privé. Une personne n’a pas envie de démarrer une nouvelle entreprise quand elle est capable d’aller se chercher un emploi payant au gouvernement avec des avantages sociaux et une pension.
Il ne faut pas oublier que durant la pandémie, des restaurateurs avaient de la difficulté à garder leurs employés, car l’État recrutait massivement. Donc, cela nuit à l’entrepreneuriat et a pu causer des faillites.»












