Selon l’auteur et historien Marc Simard, reconnaître que le racisme systémique existe ne revient pas nécessairement à affirmer que l’ensemble des Québécois sont racistes.
Les membres des minorités raciales ou ethniques comme les Autochtones ne sont pas victimes que d’un racisme individuel ou communautaire.
Le racisme systémique
À côté de ces racismes personnels ou grégaires existe aussi le racisme systémique, que la Commission des droits de la personne du Québec définit comme la «production sociale d’une inégalité fondée sur la race dans les décisions dont les gens font l’objet et les traitements qui leur sont dispensés». Les mots-clés dans cette définition sont «décisions» et «traitements».
Ce type de racisme n’est généralement pas vécu ni véhiculé consciemment par les individus qui font partie du système. Il est le résultat de l’organisation de la vie politique, économique et culturelle d’une société et se manifeste par des mécanismes sociaux intrinsèques, parfois même indépendamment des actions des membres de la société.
Par exemple, la façon dont un Autochtone sera reçu ou traité à l’hôpital, ou encore la réponse qu’il recevra quand il cherchera un emploi ou un logement, le tout comparé aux membres de la majorité. Ces faits sont documentés: le concept de racisme systémique n’a pas été inventé par les journalistes de Radio-Canada ou les wokes de l’UQÀM.
Un concept incompris
Pourtant bien présent dans nos sociétés, c’est un concept incompris ou mal compris. Ainsi, le premier ministre François Legault semble croire qu’il désigne un comportement généralisé et systématique (presqu’une tare), encore qu’on puisse deviner pour quelles raisons, financières notamment, il n’accepte pas de reconnaître publiquement son existence.
L’affaire Joyce Echaquan a contribué à enfumer cette question. En effet, contrairement à ce qu’a affirmé la coroner Géhane Kamel, la mort de madame Echaquan ne constitue pas «une preuve de l'existence d'un racisme systémique anti-autochtone dans les institutions québécoises».
Ici, le mot «preuve» est excessif et infondé. Sa condamnation tonitruante a bien sûr été reprise par la majorité des Autochtones, certains journalistes et les wokes.
Il y a dans ce cas des circonstances malheureuses qui se sont conjuguées: le fait que ce décès soit survenu dans un contexte de pandémie de Covid; le fait que madame Echaquan était une grande malade qui demandait beaucoup de soins et était peu coopérative; et la lassitude de soignantes épuisées et sans doute parfois agacées par un rapport difficile et malaisant avec les Atikamekw, qui de surcroît parlent anglais.
Les propos dénigrants qu’elles ont alors tenus font partie de ce que j’ai appelé le racisme «naïf et sans malice».
Le fait que les Atikamekw de Manawan disent qu’ils ressentent un malaise quand ils se rendent à l’hôpital de Joliette ne prouve pas non plus que le racisme y était un comportement généralisé.
Leur trouble pourrait aussi relever d’un certain type de complexe face aux institutions et aux Blancs que vivent nombre d’Autochtones qui habitent dans des réserves sises à l’écart des villes. En tant que prof de cégep à Québec, j’ai ressenti cet inconfort chez les quelques Innus qui ont fréquenté mes classes.
Nuance
Reconnaître que le racisme systémique existe ne signifie pas affirmer que l’ensemble des Québécois (ou Canadiens) sont racistes. Pas plus que ça ne veut dire que les membres des minorités (ici les Autochtones) sont systématiquement traités en inférieurs, écartés ou maltraités.
Mais il faut néanmoins se méfier de l’abus conceptuel, de l’extension indue d’un concept à des situations qui ne s’y prêtent pas comme l’a fait la coroner Kamel.
Ainsi, qualifier de «génocide» la disparition d’un certain nombre de femmes autochtones (entre 1200 et 4000 entre 1980 et 2012 selon les estimations), comme l’a fait dans son rapport (2019) la commissaire en chef de la commission d’enquête, Marion Buller, relève d’une bêtise consommée.
Pire, relier le cas de «toutes» les femmes autochtones disparues, comme elle le fait, au racisme, est un indice de mauvaise foi: il n’y a aucun doute qu’une proportion importante de ces assassinats a été le fait d’Autochtones, que ce soit leur père, leur conjoint ou leur voisin.
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L’utilisation du concept de génocide doit demeurer au sein des balises tracées par les institutions internationales et ne doit s’appliquer qu’à l’extermination systématique et volontaire d’un peuple ou d’un groupe ethnique ou religieux (la Shoah, l’Arménie, le Rwanda et la Bosnie). Dans ces domaines, l’inflation conceptuelle ne peut être que contre-productive.
Malgré les horreurs qui ont été perpétrées, la colonisation des Amériques ne constitue pas non plus un génocide parce qu’il n’y a pas eu de volonté généralisée, chez les conquérants, d’exterminer les Autochtones.
La plupart des Autochtones qui ont péri entre le XVe et le XIXe siècle ont été victimes de virus et de bactéries qui n’existaient pas en Amérique, où l’élevage domestique des animaux n’existait pas.
Le racisme anti-raciste
Paradoxalement, il existe aussi un autre type de racisme, le racisme anti-raciste, qui est né au sein des groupes de militants qui se décrivent eux-mêmes, infatuation qui ne manque pas de ridicule, comme des «éveillés» (les wokes).
Fonder une interprétation des rapports sociaux (la «théorie critique de la race») sur la notion de «race» est une entreprise foncièrement raciste, comme le démontrent d’ailleurs la haine et le mépris des Blancs qui dominent et polluent le discours woke.
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Au contraire, une des premières démarches qui doit être faite pour combattre le racisme est de déconstruire le concept et la notion de « race », qui n’a aucun fondement dans la réalité.
Les wokes répliqueront qu’ils n’ont pas inventé le concept de race, qui aurait été créé par les suprémacistes blancs pour «raciser» les populations de couleur et ainsi mieux les dominer.
Ce racisme clivant ne contribue qu’à alimenter la haine et les préjugés entre les communautés, comme l’ont démontré les affaires dites d’«appropriation culturelle», dont le fameux cas de SLĀV, dont nous avons parlé.











