L’auteur et historien Marc Simard aborde aujourd’hui le sujet du racisme envers les Autochtones au Québec.
Rares sont les personnes qui, au Québec, oseraient affirmer qu’il n’y a pas ici de racisme anti-autochtone. Les occurrences régulières de comportements racistes sont trop flagrantes pour que ce déni soit recevable.
Qui n’a pas été témoin de remarques ou de comportements à connotation raciste à l’endroit d’un Autochtone ou même d’une communauté entière? Ce qui ne veut pas dire que tous les Québécois soient racistes, bien au contraire.
Mais chacun reconnaîtra que le racisme anti-Indiens est encore bien vivant au Québec, et ce même en ne tenant pas compte du racisme systémique, dont nous parlerons dans le texte suivant.
Je n’oserais jamais me présenter comme un spécialiste de la question autochtone au Québec ou au Canada ni comme un analyste patenté de la question raciale, au contraire de plusieurs imposteurs qui sévissent dans les médias et qui se bâtissent des CV sur du vent.
Avec l’émergence des réseaux sociaux, l’imposture a cessé d’être une tare!
Pourtant, à titre d’individu qui a vécu une vie métissée, éduqué comme un Blanc mais porteur de racines autochtones transmises par ma famille (et approfondies par mon éducation), j’ai connu nombre de situations qui m’ont permis de me faire une idée sur la question.
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Pendant toute mon existence, j’ai vu des comportements et entendu des commentaires racistes qui visaient les Autochtones, depuis les bêtises de cour d’école jusqu’aux dénigrements tous azimuts.
Ma condition de témoin a été confortée par le fait que je suis de complexion caucasienne et que je porte un patronyme d’origine européenne non associé à ceux répandus dans les nations autochtones.
Ignorant que j’avais des racines autochtones, un grand nombre de Blancs m’ont dévoilé leurs penchants racistes en pensant sans doute que je les partageais ou du moins que je ne les condamnais pas.
Le racisme dont nous parlons ici correspond à la définition du Petit Larousse, soit «une attitude d’hostilité répétée voire systématique à l’égard d’une catégorie déterminée de personnes». Il s’inscrit en général dans un rapport de reproduction des liens de domination.
Le racisme bête et méchant
Parmi les types de racisme vécus par les Autochtones, le plus banal est le racisme bête et méchant du type «cour d’école», qui se manifeste par des injures («sauvage!»), par des brimades (souvent physiques) et par des comportements méprisants.
Comme je n’ai pas vécu mon enfance ni ma jeunesse dans des endroits où vivaient des Autochtones, je n’en ai pas été témoin très souvent, mais ma parentèle et des Wendat m’ont raconté.
Ce racisme primaire ne touche pas que les Autochtones, mais toutes les minorités, et les personnes «racisées» (Noirs, Asiatiques…) n’en sont pas les seules victimes.
Les Québécois francophones connaissent le refrain et les «Newfies» ont goûté son amertume, pour ne mentionner que ces deux communautés non «racisées».
Bien qu’en voie de disparition, après avoir été longtemps toléré, il existe hélas encore et pas seulement autour des écoles.
Le racisme de proximité
Le deuxième type de racisme est le racisme de proximité, que celle-ci soit géographique, socio-économique ou professionnelle, entre autres.
Dans les milieux bien-pensants, il existe une vision romantique du racisme: celui-ci proviendrait de la méconnaissance de l’autre et il suffirait que ceux qui sont tentés par ce démon soient informés des caractéristiques humaines et culturelles de la communauté méprisée pour qu’il disparaisse comme par enchantement.
Le simple exemple de l’antisémitisme dans l’Allemagne de l’Entre-Deux-Guerres, où les Juifs faisaient partie intégrante du tissu social, anéantit ce mirage.
Et vivre à proximité d’une réserve ne rend pas moins raciste. C’est aussi ce type de racisme qui se développe suite à une immigration mal gérée ou incontrôlée (voir les élections récentes en Italie et en Suède).
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Il existe sans conteste au Québec (comme ailleurs) un racisme de proximité, nourri par la haine et le mépris provoqués par la différence culturelle (même linguistique) et par l’observation de comportements «choquants» (les vêtements, religieux ou non, les règles incompréhensibles, la faible adhésion aux valeurs de la majorité, etc.).
Il est d’autant plus virulent que ses victimes font partie du voisinage.
Les Autochtones, qu’ils vivent dans une réserve ou aient émigré en ville, vivent quotidiennement ce dénigrement et le ressentent profondément.
Le racisme envieux
Il existe aussi un racisme généré et nourri par l’envie due aux « privilèges » dont bénéficient certaines minorités, au Canada les Autochtones en particulier. Il peut aussi viser des minorités dont certains membres de la majorité estiment qu’elles bénéficient de passe-droits.
Ce racisme malaisant, souvent fondé sur une méconnaissance de la réalité, se manifeste encore fréquemment, sans que ses porteurs ne perçoivent nécessairement le venin que diffusent leurs propos, si répandus et banalisés qu’ils constituent une sorte de bruit de fond.
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Ainsi, ce voisin qui se demandait à haute voix, avec un rire méprisant, pourquoi ce n’étaient pas les Autochtones qui payaient les dépenses de la visite du pape François au Canada.
Ou ce commerçant paternaliste qui m’affirmait sans ciller que j’étais «chanceux d’être autochtone», un jugement grossier à sa face même quand on pense aux conditions de vie de la majorité des Autochtones et aux avanies (spoliations, pensionnats…) dont ils ont souffert.
Le racisme naïf et sans malice
Enfin, nous avons tous été témoins de remarques ou de comportement racistes qui n’ont rien d’intentionnel ni de méchant, et qui proviennent d’un certain manque d’éducation ou de préjugés inconscients. Comme l’a montré l’affaire Joyce Echaquan, il peut néanmoins blesser.











