Croissance à plat, investissements en fuite: l’économiste Denis Julien tire la sonnette d'alarme sur le déclin économique du Canada et appelle à un sursaut conservateur pour relancer le pays.
Depuis dix ans, la croissance économique par habitant au Canada est l’une des plus faibles du monde occidental.
Selon l’économiste Denis Julien, cette stagnation résulte de choix politiques lourds de conséquences: climat d’affaires défavorable, bureaucratie excessive, fiscalité punitive et gestion désordonnée de l’immigration. Entretien.
Simon Leduc: Depuis dix ans, la croissance économique par habitant au Canada est anémique. Que s’est-il passé?
Denis Julien: «Le Canada a envoyé le message aux entreprises étrangères qu’il n’était plus un pays ouvert aux affaires. Pourtant, comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande, notre économie repose en bonne partie sur les ressources naturelles et minières. C’était historiquement notre force.
De 2015 à 2025, le régime Trudeau a négligé cet aspect central de notre économie. Résultat: la croissance a dramatiquement chuté.
Une victoire libérale prolongerait le déclin actuel.
Prenons l’exemple de la Norvège: ce pays a su tirer profit de ses ressources pour s’enrichir, tout en développant d’autres secteurs grâce à cette manne. Le Canada aurait pu suivre ce modèle. Mais nous avons préféré renoncer à nos avantages comparatifs pour des motifs idéologiques.»
Vous évoquez un climat d’affaires devenu hostile. Pouvez-vous préciser?
Denis Julien: «Le Canada s’est surtout bâti grâce au financement extérieur. Les chemins de fer ont été construits avec de l’argent britannique.
Pendant longtemps, notre pays a accueilli les capitaux étrangers à bras ouverts. On laissait les entreprises exploiter les ressources, ce qui générait de la richesse au bénéfice de toute la société. Le gouvernement respectait ses engagements vis-à-vis du secteur privé — ce que François Legault, par exemple, a récemment manqué à faire au Québec.
À lire aussi: Inflation alimentaire: le Canada a l’un des taux les plus élevés du G7
Mais sous Justin Trudeau, ce rapport s’est inversé. Le pays est devenu hostile aux investissements extérieurs. Cela a mené à un appauvrissement généralisé.
L’augmentation de l’impôt sur le gain en capital a été la cerise sur le sundae: un signal désastreux lancé aux investisseurs. Le gouvernement a manqué des occasions d’affirmer que le Canada restait une terre d’accueil pour les capitaux étrangers — autrefois britanniques, aujourd’hui surtout américains.»
Concrètement, quelles ont été les conséquences de cette rupture avec notre tradition d’ouverture?
Denis Julien: «Historiquement, nous avions une balance du capital favorable: nous recevions plus de capitaux que nous n’en exportions. Ce n’est plus le cas. Sous Trudeau, cette dynamique s’est inversée. L’investissement étranger a reculé, ce qui a nui à l’innovation, au financement, à la recherche.
Les effets sont visibles: le Canada est maintenant en queue de peloton pour la croissance économique par habitant. Ce n’est pas une fatalité, c’est le fruit de mauvaises décisions politiques. Il est encore temps de renverser la vapeur.»
Est-ce que l’immigration, dans ce contexte, peut être une solution ou un facteur aggravant?
Denis Julien: «En principe, l’immigration peut contribuer à la croissance en élargissant le bassin de travailleurs. Encore faut-il que l’économie soit capable d’absorber ces nouveaux arrivants.
Or, le régime Trudeau a fragilisé l’économie tout en augmentant de manière démesurée les seuils d’immigration. Résultat: les immigrants peinent à trouver un emploi stable. Cela a entraîné une crise du logement, mis une pression énorme sur les services sociaux, et saturé les capacités d’accueil des provinces.»
Certains observateurs y voient l’origine de la montée d’un discours anti-immigration. Qu’en pensez-vous?
Denis Julien: «Ce discours se développe, en effet, parce que le système est dysfonctionnel. Mais ce n’est pas l’immigration en soi qui est en cause: c’est la mauvaise gestion politique.
Si le gouvernement fédéral avait créé un environnement favorable aux affaires, aux investissements et à l’entrepreneuriat, l’intégration des immigrants aurait été facilitée par la création d’emplois.
Rappelons que des pays comme l’Argentine du XIXe siècle ou les États-Unis ont connu leur essor grâce à l’immigration. Mais cela exige des conditions favorables : stabilité, infrastructures, investissements. Le Canada de 2025 ne remplit plus ces critères.»
Quelles mesures concrètes permettaient de relancer la machine économique?
Denis Julien: «Il faut revenir aux fondamentaux: un pays stable, prévisible, avec une fiscalité compétitive, une réglementation allégée et une gestion rigoureuse des finances publiques. Le Canada doit redevenir un pays "open for business". Cela suppose un changement de gouvernement.
À lire aussi: Jonathan Hamel: «sous Trudeau, le Canada a perdu sa virginité morale»
Pierre Poilievre, à mon sens, est le seul chef politique à offrir un programme économique cohérent: réduction de la bureaucratie, baisse des impôts, remboursement de la dette publique, exploitation de nos ressources naturelles et construction de nouveaux pipelines. Ce sont des leviers concrets pour attirer les investisseurs et relancer la croissance.»
Avez-vous un exemple frappant d’une occasion ratée?
Denis Julien: «Oui: le dossier énergétique. Par exemple, le Canada aurait pu approvisionner l’Allemagne en pétrole.
Mais par dogmatisme environnemental, Trudeau a mis des bâtons dans les roues de l’or noir albertain. L’Allemagne s’est donc tournée vers le pétrole russe. On voit bien où mène cette naïveté stratégique.»
Craignez-vous une continuité avec Mark Carney à la tête du Parti libéral?
Denis Julien: «Oui. Mark Carney, malgré ses compétences techniques, défend la même vision économique que Trudeau: centralisation, réglementation excessive, fiscalité punitive, et peu de respect pour les secteurs productifs de l’économie. Une victoire libérale prolongerait le déclin actuel.
Il faut un gouvernement conservateur fort et stable pour restaurer la confiance des investisseurs et relancer la croissance économique par habitant. Sinon, le Canada continuera de s’éloigner du peloton de tête.»
Un mot de la fin à l’approche des élections?
Denis Julien: «Le 28 avril, les Canadiens devront trancher. Soit ils reconduisent un modèle économique inefficace qui les appauvrit depuis dix ans, soit ils prennent le virage nécessaire avec un gouvernement qui remettra le pays au travail.
Est-ce qu’ils choisiront la rigueur économique ou céderont à la peur collective et au discours anti-Trump? On le saura bientôt.»













