Professeur de science politique, Jean-François Caron tire les conséquences du traitement qu’on lui a réservé la semaine dernière à Ottawa et s’interroge sur l’état de la démocratie canadienne.
Le 14 février dernier, je me voyais retiré deux heures seulement avant la séance une invitation formulée cinq jours auparavant par le Comité permanent des Affaires étrangères et du développement international (CPAEDI) de la Chambre des communes à venir témoigner dans le cadre de son étude de la politique étrangère canadienne.
Grâce à un travail d’investigation de plusieurs médias indépendants comme Libre Média, j’ai été en mesure de découvrir la raison de l’annulation de mon invitation: un autre professeur de science politique, Stephanie Carvin, devant témoigner au même moment aurait manifesté auprès du Comité son malaise de se trouver dans la même pièce que moi et aurait menacé de ne pas témoigner si mon invitation était maintenue.
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La raison de ce malaise serait mes analyses sur le conflit en Ukraine. Placé devant la décision de devoir perdre un témoin, le Président du Comité, le député libéral Ali Ehsassi, a fait le choix de se plier au chantage de la professeure Carvin.
Cette décision soulève évidemment plusieurs questions troublantes en plus d’être une illustration que fait peser le wokisme sur la liberté d’expression au Canada et sur l’avenir de sa démocratie.
Le safe space canadien
Cet événement montre à quel point le wokisme a gangréné les institutions canadiennes.
On savait déjà depuis belle lurette que cette idéologie marquée par l’intolérance et la censure avait contaminé les universités canadiennes à la lumière des nombreux cas largement documentés de professeurs sanctionnés pour avoir franchi des pseudos lignes rouges entièrement subjectives. On savait déjà, par le fait même, à quel point certaines de ces universités avaient fait le choix de donner une voix à ces critiques estudiantines.
Les députés avaient une occasion en or de freiner la propagation de cette gangrène, mais ils ont préféré élever en norme supérieure le malaise individuel comme balise de l’acceptable et du nuisible.
Dans ces espaces, le droit de ne pas être offusqué prime désormais sur toute autre considération détruisant ainsi la nature même de l’université qui doit au contraire être un lieu où les malaises liés à la remise en question de nos certitudes sont naturels.
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En éliminant cette conséquence qui découle du développement des connaissances scientifiques, les universités perdent ainsi leur raison d’être en soumettant tout savoir au malaise individuel de tout un chacun.
Le parlement atteint par le virus woke
Or, une autre limite a été franchie la semaine dernière. Le Parlement, espace public par excellence en démocratie qui devrait favoriser l’expression d’une multitude de points de vue, est maintenant devenu la victime de ce virus malsain.
Par sa décision, le président du CPAEDI est devenu l’équivalent des dirigeants des universités qui ont fait le choix de brimer l’expression d’opinions dérangeantes en décidant de plier l’échine devant le malaise d’une personne.
L'erreur du président est colossale, car il a ainsi transformé le Parlement en «safe space» et envoyé le signal à toute personne le moindrement critique à l’égard des politiques publiques que son témoignage peut désormais être annulé à la dernière minute.
Qui osera donc prendre le temps à l’avenir de se déplacer à Ottawa, parfois à grands frais, sans avoir la garantie de pouvoir être entendu?
L’épée de Damoclès du malaise d’une seule personne pèse désormais au-dessus de la tête des gens qui n’hésitent pas à défendre des thèses minoritaires. La conséquence de cela n’est guère difficile à saisir: l’apport du public aux débats parlementaires sera alors limité aux seuls individus qui feront les louanges des décisions gouvernementales, donnant ainsi la fausse impression d’un consensus qui n’aura été créé que par la peur de l’annulation. Cela n’est pas de la démocratie.
Radicalisation
L’esprit de censure qui domine aujourd’hui est le résultat d’un long processus qui fut pendant longtemps ignoré et qui a vu toute une génération de jeunes adultes être endoctrinés. L’ignorance quant au risque de ce qui semblait être une petite blessure insignifiante s’est depuis transformée en gangrène en raison d’un manque de courage des dirigeants universitaires.
Ayant été en mesure de faire de ce courant marginal la normalité dans les campus, ces zélotes totalitaires profitent du même manque de courage des élus pour transposer leur doctrine au symbole même de la démocratie.
Il est grand temps que les députés se réveillent et réalisent qu’ils sont les remparts contre ce grave risque de dérive. La semaine dernière, plutôt que de manifester un courage qui aurait bien nécessaire, ils ont fait le choix de la soumission.
Les députés avaient une occasion en or de freiner la propagation de cette gangrène, mais ils ont préféré élever en norme supérieure le malaise individuel comme balise de l’acceptable et du nuisible. Honte à eux et à leur silence coupable.
Une richesse à préserver
La démocratie n’est pas qu’une simple procédure se limitant à la capacité de voter régulièrement dans le cadre d’élections libres et compétitives. C’est d’abord et avant tout un esprit qui se vit quotidiennement par l’inconfort de la discussion, de la remise en question de ses idées et qui nécessite la tolérance et l’ouverture d’esprit: des valeurs que rejettent les wokes.
Or, je vous invite à vous poser la question suivante: alors que les campus sont désormais minés par le mal du wokisme qui vient désormais de s’infiltrer au Parlement, le Canada peut-il encore se targuer d’être un espace démocratique?











