Dans un roman incisif et bien ficelé, Pierre-Marc Boyer imagine un Québec frappé par une étrange pandémie de meurtres, dont les conséquences sociales et politiques rappellent celles de la Covid-19. Entretien avec l’auteur.
Pierre-Marc Boyer est avocat. Inversion est son deuxième roman. Il a également été candidat pour le Parti conservateur du Québec aux élections de 2022.
Jérôme Blanchet-Gravel: Dans Inversion, vous mettez en scène un couple d’avocats, Marianne et Noé, dans un Québec frappé par une pandémie de meurtres où la peur joue un rôle semblable à celui observé durant la période covidienne. Peut-on dire que c’est un roman à thèse?
Pierre-Marc Boyer: C’est en effet un peu un pamphlet. Pour mon premier roman, Inconduite, j’avais imaginé une sorte de cirque médiatique fou et un peu burlesque qui découlait d’une dénonciation pour inconduite sexuelle contre le personnage principal; le canevas était inspiré du Bûcher des vanités.
Ici, Inversion est plutôt une sorte d’hybride entre un thriller et un roman dystopique: j’appelle ça un thriller dystopique.
Mais ne nous le cachons pas, il s’agit bien, en partie, d’une dénonciation, à travers une œuvre de fiction, des mesures de restrictions de liberté que nous avons connues au Québec de 2020 à 2022, via un récit qui ressemble sous certains rapports à la période Covid.
C’était avant tout une façon d’exprimer quelque chose: pour moi, la société de contrôle et de surveillance est devenue bien réelle, et pourrait s’empirer, mais nous avons le pouvoir, collectivement, d’infléchir le cours des choses (pensons au mouvement des camionneurs et l’impact d’un tel levier).
Cela dit, ce roman peut aussi s’adresser à des lecteurs qui n’adhèrent pas à cette vision des choses, car il s’agit avant tout d’une histoire avec des protagonistes, avec une intrigue, etc., et ceux qui vont vouloir n’y lire qu’une œuvre de science-fiction sont libres de le faire.
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Au final, mon souhait est de faire réfléchir le lecteur, peu importe ses valeurs, sur la facilité déconcertante avec laquelle le gouvernement et les médias peuvent manipuler la population par la peur.
Je souhaite aussi planter une graine de doute dans l’esprit de ceux qui croient tout ce que l’«autorité» dit, que celle-ci prenne la forme d’un «expert» qu’on convoque dans les médias de masse ou d’un premier ministre qui instaure des mesures dites scientifiques, mais qui en réalité sont un remède censé calmer la peur qu’il a lui-même induite dans la population.
Vous évoquez le «conformisme oppressant» auquel tentera d’échapper Noé à travers l’intrigue. Diriez-vous que c’est l’une des caractéristiques du Québec actuel?
Pierre-Marc Boyer: Absolument. Il y a tant à dire sur le sujet, mais je vais tenter de résumer. Je le dis (surtout depuis mars 2020), il règne au Québec un parfum de mort.
Pourquoi le Québec a-t-il adhéré de façon aussi massive à des mesures de restrictions de liberté asphyxiantes basées sur aucune analyse scientifique rigoureuse, pourquoi autant d’individus ont adhéré à une ségrégation basée sur l’injection d’un produit pharmaceutique (véritable point de non-retour pour moi)?
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Comment peut-on applaudir l’imposition d’un couvre-feu pour ce virus et dénoncer ses voisins qui y contreviennent? On pourrait spéculer sur les facteurs culturels qui ont occasionné cette adhésion massive, mais pour moi, cela se résume à peu près à ceci: le Québec, pendant la Révolution tranquille, a remplacé la religion par une autre, celle du gouvernement.
Ceux qui écoutaient le premier ministre tous les jours en point de presse pendant la crise Covid écoutaient la messe d’un cardinal et de ses évêques. Il n’y a aucune image qui décrit mieux la réalité.
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J’ai inclus dans mon roman une scène de rituel satanique macabre et ce n’est pas pour rien. Le satanisme procède à l’inversion de la réalité: faire passer le bien pour mal, le mal pour bien. Or, on réalise que de plus en plus, on tente de nous présenter ce qui est objectivement une catastrophe pour une grande avancée de l’humanité.
En plus de la société de surveillance induite par la période Covid, on nous enfonce dans la gorge un discours woke toxique, partout, partout, sans compter que le Québec est un des champions mondiaux du suicide et de l’euthanasie (aide médicale à mourir). Il y a ici une véritable inversion des valeurs.

L'auteur et avocat Pierre-Marc Boyer. Courtoisie.
En somme, il y a tout un pan de la population, dont je fais partie, qui prend conscience que tout ce qui est naturel chez l’être humain (et qui était la norme il y a 30 ans) est maintenant dénoncé et même vilipendé par le gouvernement et dans le discours médiatique, alors que ce qui apparaît a priori comme marginal et parfois même étrange est carrément célébré (discours sur les «genres», lutte à l’«étalement urbain», fonctionnarisation de la société et obstacles à la création de PME, etc.).
Comment autant de gens, collectivement, peuvent accepter un tel régime oppressant, et du même souffle, traiter de «conspirationniste» quiconque s’y oppose? Cela me fascine et me révolte à la fois. Mais en même temps, je suis parfaitement conscient que ce régime vient avec un appareil de propagande financé à coups de milliards, appareil qui infiltre les institutions, les médias, les grandes entreprises et qui sert avant tout le dessein de nous diviser.
Parfois, un individu isolé peut se sentir seul, et renoncer à s’exprimer. C’est bien là le jeu du régime: faire croire à tous les individus pris séparément qu’ils sont seuls, alors que nous sommes beaucoup plus nombreux qu’ils veulent le laisser croire.
Ce conformisme auquel vous faites référence dans votre question, les deux personnages principaux de mon roman y adhèrent en quelque sorte. J’ai conçu cette partie de leur personnalité à dessein. Ce sont deux avocats dans la norme, menant une vie normale et ne se posant pas trop de questions.
C’est seulement lorsqu’ils seront confrontés à une réalité plus terrible que ce qu’ils n’auraient jamais pu imaginer, qu’ils n’auront d’autre choix que de se rendre à l’évidence qu’ils ont toujours vécu dans un monde de mensonges. Ils ne le savaient pas. Cette prise de conscience est une métamorphose véritablement au cœur du narratif de mon roman.
Songez-vous déjà à un troisième roman?
Pierre-Marc Boyer: Oui, mais mon rythme de travail soutenu rend la chose un peu difficile. Je me suis lancé en pratique privée dans le domaine du droit de la construction à l’été 2023, c’est une nouvelle réalité extrêmement stimulante et gratifiante, sauf qu’il devient parfois difficile de conjuguer le tout à la créativité et la sérénité nécessaires pour écrire. Mais je ne crains aucunement de perdre cette faculté: d’autres ouvrages viendront.
Inversion est disponible sur commande en version papier et numérique sur le site de l’éditeur, Amazon et dans toutes les bonnes librairies, sur commande en ligne.












