Après avoir présenté le séisme qu’a représenté l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés pour les Autochtones, Marc Simard revient aujourd’hui sur le parcours complexe de la nation wendat.
La Charte des Droits de 1982 me force donc à une introspection sur mon identité.
Or, les Hurons-Wendats, mes ancêtres du côté maternel, sont un peuple de vaincus qui a perdu une grande partie de la sienne. Vaincus par les virus importés d’Europe, dont ceux, terribles, de la variole et de la grippe, qui les ont décimés.
Vaincus par leurs frères ennemis iroquois, qui ont profité de l’aide des Néerlandais puis des Britanniques, plus puissants et mieux implantés en Amérique du Nord que les Français, ainsi que d’un armement composé de fusils et de couteaux en acier, pour tenter de les exterminer.
Vaincus par la perte de leur territoire ancestral, la Huronie, délimitée par la rivière Niagara à l’est, la rivière Sainte-Claire à l’ouest et le lac Érié au sud, dans ce qu’on appelle aujourd’hui la péninsule de Penetanguishene, ce qui a entraîné leur dispersion et l’extinction de leur moteur économique, le commerce des pelleteries.
Et vaincus parce que leur territoire acquis ensuite au Québec a été amputé de certaines portions (Rocmont, les Quarante-Arpents…) sans véritable contrepartie.
Le Grand Déplacement
Ce sont quelque 300 de ces Hurons-Wendats qui en 1650 ont migré vers Québec et ont d’abord été installés à l’île d’Orléans, puis à Sillery, sur les terres des Jésuites, où les ont rejoints quelques autres fugitifs, avant d’être déplacés à Notre-Dame-de-Foy à cause de la persistance de la menace iroquoise.
Puis, en 1673, un missionnaire jésuite, un mystique du nom de Chaumonot, les attire à la mission de Notre-Dame-de-Lorette, qu’il vient de créer.
Bien que christianisés (et très fervents, aux dires des Jésuites), ils continuent à cette époque à parler leur langue et à cultiver le maïs avec lequel ils fabriquent leur plat «national», la sagamité.
Ils ne participent plus à la traite des fourrures, mais se sont lancés dans la chasse (dans les forêts des Laurentides), à l’orignal en particulier, pour compléter leur alimentation. Et ils agissent parfois comme troupes auxiliaires aux côtés des Français.
En 1697, suite à une décision de l’évêque de Québec qui les en expulse au profit des colons français, ils quittent L’Ancienne-Lorette et se déplacent sur les berges de la rivière Saint-Charles (chute Kabir-Kouba), plus au nord.
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Ils y créent la Nouvelle-Lorette, qui deviendra le Village-Huron puis, en 1985, Wendake.
C’est là que les trouve à la fin du XIXe siècle le sociologue Léon Gérin, qui les étudie à la façon des anthropologues et publie sur eux deux textes («Le Huron de Lorette», 1901-1902), qui comportent plusieurs observations pertinentes malgré le caractère quelque peu paternaliste de l’auteur.
Gérin fait d’abord remarquer que les Hurons ont été déplacés, à cause de la concurrence des Blancs quant à la zone agricole de la vallée laurentienne, sur une terrasse sablonneuse peu fertile, au pied des Laurentides.
Cela a été la raison principale pour laquelle ils ont globalement délaissé l’agriculture et se sont rabattus sur d’autres sources de subsistance: charroi de bois, travail journalier, artisanat, chasse.
La chasse (à l’orignal en particulier) est devenue pour les Hurons une passion (qui perdure aujourd’hui) et un moyen de subsistance: ils en tirent des protéines ainsi que des revenus en vendant des peaux de loutre et de castor aux grandes maisons de fourrure de Québec (Laliberté, Holt Renfrew, Pâquet) et en offrant leurs services comme guides aux chasseurs et pêcheurs de l’extérieur.
Mais la création en 1895 du Parc des Laurentides, dont la réglementation s’applique aussi bien aux Autochtones qu’aux Blancs, y restreint, à leur déconvenue, leur accès et leurs droits de cueillette.
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Cependant, l’activité principale, au Village, c’est l’artisanat: les Hurons, y compris les femmes et les enfants, confectionnent, dans des ateliers familiaux ou ouvriers, des raquettes (de babiche), des mocassins, des mitaines et autres objets (même des canots de toile) pour lesquels on leur verse un salaire à la pièce.
Quelques-uns dirigent leur propre entreprise, de fabrication ou commerciale, en général de petite ampleur.
Outre le village, d’une superficie d’un km2, et divisé en lots minuscules, les Hurons possèdent collectivement une commune de neuf arpents, qui en 1900 ne sert plus à l’agriculture, une réserve de 1,600 arpents (les Quarante arpents), largement en «bois debout» qu’on utilise comme combustible, et la réserve de Rocmont (9,600 âcres), dans Batiscan (rivière Sainte-Anne), obtenue de la Couronne en 1845, qu’ils louent à des entrepreneurs forestiers et où ils chasseront jusqu’en 1903.
Du matriarcat au patriarcat
Mais ce qui frappe le plus Leon Gérin, c’est d’abord le remplacement du matriarcat wendat traditionnel (les enfants étant, en Huronie, rattachés à leur mère et la succession d’un guerrier allant à ses frères et sœurs) par le patriarcat à l’occidentale; ensuite, celui de la désignation des individus en vertu de leur appartenance clanique (de l’Ours, de la Tortue, …) par des noms de famille français transmissibles (dont les Picard, mes ancêtres); enfin, la marginalisation des croyances traditionnelles au profit du christianisme romain et la disparition de la langue wendat, remplacée par le français.
En somme, la transformation du Huron-Wendat en Canadien français.













