La «féminisation» de la médecine, une chance pour le Québec?

Photo: Egora.

Vendredi le 20 septembre 2024, à 10:20

En écartant la compétence, la discrimination positive affaiblit nos sociétés alors que nos rivaux géopolitiques se font toujours plus compétitifs et impatients d’imposer leur règles. Le retour de la méritocratie est urgent. 

 

Il y a quelques jours, une série d'articles publiés dans les journaux de Québecor nous a rappelé un fait majeur: la féminisation fulgurante de la médecine au Québec.

 

Alors qu’elles étaient très marginales dans les années 1970, les femmes représentent désormais presque 70% des nouveaux médecins. Mais ce qui m’a le plus frappé ici, ce n’est pas tant ce phénomène que le ton employé par les auteurs Hugo Duchaine et Héloïse Archambault, qui est symptomatique de notre société et de son idéologie dominante.

 

Les articles célèbrent ce constat, présenté comme une bénédiction et une quasi-fatalité. Les journalistes y vantent les qualités naturelles d’écoute et d’empathie des femmes, deux vertus dont la médecine ne pourrait plus se passer.

 

Certains intervenants vont jusqu’à blâmer les hommes pour leur refus d’évoluer, insinuant qu’ils sont trop «poches» pour s’imposer dans ce domaine, et qu’ils devraient copier les femmes.

 

Toutefois, si l’on renversait la situation — en blâmant les femmes pour leur faible représentation dans d'autres secteurs comme l'ingénierie ou la programmation informatique, par exemple —, les critiques fuseraient de toutes parts. 

 

Le double standard de la discrimination positive

 

Julien Poitras, doyen de la Faculté de médecine de l’Université Laval, affirme par ailleurs qu’il n’instaurerait pas des mesures de discrimination positive pour aider les hommes à intégrer des domaines dans lesquels ils sont en minorité, comme la médecine.

 

Mais curieusement, sa propre université favorise ouvertement les femmes et les minorités ethniques au détriment des hommes blancs dans l’embauche du corps professoral, une pratique dénoncée par l’humoriste Guy Nantel, entre autres. Pourquoi ce double standard flagrant?

 

L’idée n’est pas ici d’encourager la discrimination positive en faveur des hommes, mais de dénoncer l’hypocrisie des élites universitaires, intoxiquées au féminisme radical et influencées par les directives du très woke gouvernement fédéral, qui détient les cordons de la bourse.

 

 

Le fait que la gent féminine représentera bientôt 70% des forces vives en médecine n’est ni une bénédiction ni une malédiction.

 

 

Privilégier des quotas arbitraires minera à long terme la qualité de nos institutions, alors que nos rivaux géopolitiques ne se soucient pas de telles lubies diversitaires. Il faut urgemment faire primer la compétence.

 

Comme le montrent les travaux du psychologue évolutionniste Simon Baron-Cohen ou encore les études comparatives entre la Norvège et l’Inde, les cerveaux masculins et féminins ne sont pas identiques, ce qui engendre des intérêts et des priorités différents, et, en moyenne, des choix de carrières «sexospécifiques». Ignorer ces différences naturelles dans la quête d'une parité forcée ne peut que créer des problèmes.

 

Cela étant, nous devrions rester fidèles à cette maxime de l’empereur Napoléon Bonaparte, rapportée par un de ses médecins à Sainte-Hélène: «Partout où j’ai trouvé le talent et le courage, je l’ai élevé et mis à sa place. Mon principe était de tenir la carrière ouverte aux talents».

 

Si un homme ou une femme a les compétences nécessaires, alors il ou elle doit pouvoir accéder aux opportunités sans entrave. Au final, la société dans son entier en sort gagnante.

 

Des avantages et des inconvénients...

 

La féminisation de la médecine n'est pas qu'une affaire de bons sentiments. Elle a aussi des conséquences réelles sur l’organisation du travail. Il est bien documenté que, en général, les femmes médecins travaillent moins d'heures que leurs homologues masculins, notamment en raison des congés parentaux et de la conciliation travail-famille. 

 

Les articles du Journal de Montréal semblent vouloir minimiser cet effet, affirmant que les femmes médecins ne manquent que deux années sur trente ou quarante de carrière à cause des congés de maternité. Les deux journalistes indiquent également que les hommes médecins travaillent moins aujourd’hui qu’il y a trente ans.

 

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Cette statistique s’explique probablement par le fait que les hommes sont surreprésentés chez les médecins plus âgés — qui doivent travailler moins d’heures en moyenne en prévision de leur retraite —, mais Duchaine et Archambault se gardent bien de contextualiser le tout.

 

De plus, cette façon de présenter la situation passe sous silence une autre réalité: les hommes médecins, en moyenne, continuent de travailler plus d'heures que les femmes, et cela reste un facteur déterminant dans la disponibilité des soins.

 

Et lorsqu’elles travaillent, les femmes médecins traitent moins de patients en moyenne. Cela peut être vu d’un bon œil: ces dernières accordent peut-être un service plus «personnalisé» à chaque patient, par rapport à leurs collègues masculins.

 

C’est ainsi que le Journal le présente. Mais dans le système de santé déjà sous pression du Québec, cette réalité peut malheureusement contribuer à allonger les listes d'attente.

 

Il ne s'agit pas de remettre en question les choix individuels des femmes qui veulent équilibrer vie familiale et professionnelle ou leur mode de travail. Il s’agit de reconnaître que cette féminisation massive a des conséquences et que refuser de les aborder au nom de l’idéologie féministe est malhonnête.

 

Le mérite, pas les quotas

 

Il est essentiel de se poser la question: que recherchons-nous vraiment en tant que société? Si c’est l’égalité devant la loi et le mérite, alors il faut cesser de masquer les réalités au nom d'une égalité forcée.

 

Si nous voulons réellement offrir des services efficaces et un marché du travail juste, il est temps de revoir nos priorités et d'accepter que les compétences doivent toujours passer avant des politiques de quotas arbitraires.

 

Le fait que la gent féminine représentera bientôt 70% des forces vives en médecine n’est ni une bénédiction ni une malédiction. C’est une réalité professionnelle qui découle de l’ordre des choses, comme la surreprésentation des hommes chez les ingénieurs. 

 

Les travailleurs devraient pouvoir s'épanouir dans les domaines qui les passionnent, sans avoir à se conformer à des quotas ou des attentes sociétales qui ne tiennent pas compte des réalités biologiques et sans avoir à affronter la discrimination, que leurs choix de carrière soient typiques ou atypiques. Ce serait là une véritable avancée vers une société plus juste et plus productive.