L’éducation, l’autre grande absente de la campagne électorale

Le premier ministre Legault visite une école, accompagné entre autres du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, le 5 septembre 2022. Photo: page Facebook officielle de François Legault.

Dimanche le 2 octobre 2022, à 17:35

Notre chroniqueuse Sarah-Ursula Therrien a gardé espoir jusqu’à la toute fin de voir apparaître l’éducation comme un enjeu central de la campagne électorale qui se termine.


Jusqu’à la toute fin de la campagne électorale, j’ai eu espoir de voir apparaître l’éducation au cœur des discussions de nos cinq chefs, dont les horizons politiques sont variés. 

À quelques heures du scrutin, je dois toutefois me rendre à l’évidence: on semble davantage chercher à éviter le sujet qu’à l’approfondir. 

Les enjeux observés dans le réseau de l’éducation ont fait la une de nombreux médias dans les deux dernières années. Toutefois, lorsqu’on questionne la population à ce sujet, ce n’est qu’entre 10% et 15% d’elle qui affirme que c’est sa priorité électorale. 

Tandis que les solutions potentielles sont complexes et ne font pas consensus, les différents partis pourraient souhaiter qu’on oublie le sujet, ne serait-ce que le temps de l’élection. 


Un système scolaire à trois vitesses


Il faut pourtant l’avouer: le système d’éducation dans son fonctionnement actuel, soit un système à trois vitesses, provoque des conséquences néfastes pour un nombre significatif de jeunes, d’enseignants et de professionnels. 

Dans un premier temps, les écoles privées s’accaparent les élèves qui ont davantage d’aisance sur le plan académique et comportemental, ou alors dont les parents ont les moyens financiers d’aller chercher l’aide professionnelle dont ils pourraient avoir besoin en cas de difficulté. 

Dans un second temps, les programmes particuliers, qu’il s’agisse de sport, d’art ou de sciences, vont eux aussi aller sélectionner des élèves qui sont motivés à s’investir dans ceux-ci, grâce à leurs champs d’intérêt. 

Pour leur part, les programmes d’études internationales sélectionnent des élèves du primaire et du secondaire qui sont doués et mobilisés dans leur parcours scolaire.

Finalement, cela nous amène aux classes régulières, qui représentent encore à ce jour l’option d’une majorité de famille, que ce soit par choix ou par dépit. 

En temps normal, avec une répartition équitable des élèves plus forts et des élèves en difficulté, on assisterait à un effet d’équilibre, dans lequel les élèves les plus forts seraient le moteur de la classe. 


D’importantes disparités 


Dans un tel contexte, nous pourrions ainsi constater un effet d’entrainement positif, dans lequel support, motivation et accompagnement mutuel entre les élèves seraient bénéfiques pour l’ensemble d’entre eux. 

En effet, il a été démontré dans de nombreuses études que plus une classe est diversifiée, plus la réussite de ses élèves est favorisée.

Or, la réalité actuelle est toute autre, puisque l’on assiste plutôt à une surreprésentation des élèves en difficulté dans les classes régulières. Tandis que les élèves EHDAA (élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage) représentent 20% de tous les élèves, cette proportion peut s’élever à un peu plus de 50% dans certaines classes régulières du Québec. 

Cette situation s’explique entre autres par le système scolaire à trois vitesses, mais on ne peut lui attribuer l’entièreté du phénomène. 

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L’intégration excessive des EHDAA dans les classes régulières, elle aussi, a largement contribué à cette problématique. 

C’est une mesure qui aurait pu être bénéfique, dans le contexte où de nombreuses ressources auraient été déployées dans les classes, pour soutenir les enseignants, telles que la présence accrue d’éducateurs spécialisés, de psychoéducateurs et d’orthopédagogues. 

Malheureusement, les conséquences sont aujourd’hui tangibles, car en l’absence d’aide, les enseignants dont le groupe est composé de plus de 25% d’élèves EHDAA, sont plus à risque de quitter le navire à la fin de l’année scolaire. 

Ces derniers verbalisent être à bout de souffle et ne plus être en mesure d’offrir un enseignement de qualité pour les élèves qui auraient les capacités de réussir. 

Dans certains cas, jusqu’à la moitié du temps d’enseignement en classe est perdu, pour des interventions liées au comportement d’élèves perturbateurs, ou pour tenter de ramener les élèves en difficultés académiques à suivre le rythme du groupe.    

Le Québec, champion des inégalités scolaires


En somme, le Québec est actuellement la province dont le système scolaire est le plus inégalitaire au pays et dont le réseau fait peu de gagnants, pour beaucoup de perdants. À titre d’exemple, la proportion d’élèves du secondaire qui se rend à l’université pour des études supérieures est de 60% dans les écoles privées, de 51% dans les programmes particuliers et de 15% dans les classes régulières. 

L’écart est dont beaucoup moins grand entre les élèves qui fréquentent les écoles privées et les programmes particuliers, qu’entre ces derniers et les élèves du public régulier. 

Bien que l’origine socio-économique d’une famille et le niveau de scolarité des parents aient un impact sur les chances d’accéder aux études supérieures d’un élève, son propre cheminement scolaire aura, lui aussi, une influence significative. 

Plusieurs solutions sont mises de l’avant, mais personne ne s’entend sur la meilleure. 

Comme Québec solidaire, des partis de gauche s’allient à l’idée que l’on devrait abolir le financement des écoles privées, dans le but de refinancer un vaste réseau scolaire public commun, qui rendrait accessible des programmes particuliers à l’ensemble des élèves. C’est un modèle qui est déjà utilisé ailleurs dans le monde, tel qu’en Finlande et obtient essentiellement de bons résultats. 

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À l’opposé, au Parti conservateur du Québec, on propose de réduire le nombre de fonctionnaires de l’État, dans le but d’économiser en ressources humaines et financières, lesquelles pourront ensuite être redistribuées dans le réseau de l’éducation, selon les besoins des différents milieux. 

L’ajout de possibilités au modèle actuel impliquerait également un diplôme d’études professionnelles dès la troisième secondaire, mais aussi des classes spécialisées pour les élèves à haut niveau de performance scolaire. 

Dans tous les cas, un profond changement s’avère nécessaire pour le modèle scolaire québécois. 

L’entêtement à persévérer dans les mauvaises décisions des dernières années nous a démontré que la seule issue possible est l’échec considérable que nous vivons présentement.