Jeremy Filosa n’aurait jamais dû s’excuser

Le chroniqueur sportif Jeremy Filosa. Compte X de La Presse.

Lundi le 23 décembre 2024, à 19:50

Jeremy Filosa n’aurait jamais dû s’excuser pour s’être trompé sur l’exploration de la Lune. Il a seulement émis une opinion maladroite dans une société où penser autrement équivaut à signer sa propre condamnation.

 

Jeremy Filosa s’est trompé sur la conquête lunaire. Voilà, c’est dit. Une erreur. Pas une attaque nucléaire ni une hérésie cosmique; juste un chroniqueur sportif qui a osé émettre un doute sur un fait historique. Une faute? Peut-être. Mais méritait-elle vraiment l’humiliation publique? Au Québec, apparemment, oui.

 

Le pauvre Filosa s’est retrouvé dans la ligne de mire d’une machine médiatique bien rodée où l’on ne corrige pas les erreurs, mais exécute ceux et celles qui les commettent. 

 

Il n’a pas conspiré sur les Illuminati. Il n’a pas clamé que la Lune était un hologramme. Il a juste émis une opinion maladroite dans une société où penser autrement équivaut à signer sa propre condamnation.

 

Sa lettre d’excuses, publiée sur X ce 20 décembre, est comme un acte de contrition devant l’Inquisition. «L’exactitude des faits est fondamentale », écrit-il, le couteau de la bien-pensance sur la gorge. 

 

Si les règles imposées à Filosa étaient appliquées uniformément, combien de chroniqueurs verbeux, d’analystes biaisés et de faiseurs d’opinions creuses perdraient leur précieuse tribune?

 

Des médias au garde-à-vous

 

Les médias traditionnels québécois, ces grands défenseurs autoproclamés de la vérité, ont troqué leur mission première pour faire la chasse aux sorcières aux nouveaux hérétiques. L’erreur n’est plus une occasion d’apprendre; elle devient une opportunité d’écraser.

 

Filosa est tombé parce qu’il a osé dévier de la trajectoire imposée. Dans le petit monde médiatique, on ne débat plus; on récite. La messe est dite autour d’un verre de Chardonay, et gare à celui qui n’entonne pas cette belle chorale, même si elle sonne faux.

 

 

Douter, c’est humain.

 

 

Cette rectitude trouve ses racines dans la concentration croissante des médias entre quelques esprits qui imposent leurs propres biais idéologiques. Ce phénomène a engendré une uniformisation des idées, étouffant peu à peu l’espace vital nécessaire à toute pensée indépendante.

 

Les bras armés du dogme

 

L’affaire Filosa n’est qu’un exemple parmi tant d’autres d’un climat de censure qui s’étend. Les ordres professionnels et les tribunaux brandissent eux aussi leur autorité pour réprimer les pensées dissidentes. 

 

Prenez Jordan Peterson, psychologue de renom: ciblé pour avoir osé exprimer des idées contraires au consensus. Comme Filosa, mais disposant d’une audience beaucoup plus large, il en a payé le prix fort. L’Ordre des psychologues de l’Ontario lui a imposé un stage de «mentorat» pour lui apprendre à s’exprimer plus «correctement» sur les réseaux sociaux.

 

Peterson, fidèle à son franc-parler, a qualifié cette injonction de «rééducation idéologique», et il a bien raison. Il ne s’agit pas ici d’un simple différend professionnel, mais bien d’un procès moral déguisé. 

 

Ces dérives sont devenues courantes. 

 

Au Québec, le docteur Lacroix s’est vu imposer une radiation temporaire de deux semaines pour avoir osé émettre des doutes publiquement sur certaines mesures sanitaires. Officiellement? Il se serait rendu coupable de «manquements déontologiques» et serait «allé trop loin en critiquant l’OMS et la Santé publique du Québec, nuisant ainsi à la réputation de la profession de médecin.»

 

En Colombie-Britannique, une infirmière accusée de diffuser des opinions jugées inacceptables sur les réseaux sociaux a été suspendue et sommées de participer à des séances de sensibilisation à la diversité et aux pratiques dites inclusives. Son crime? Avoir dit que l’activisme trans était «une atteinte aux droits des femmes et des enfants» et qu’«elle s'inquiète particulièrement du fait que les femmes transgenres aient accès à des espaces réservés aux femmes, notamment les prisons et les vestiaires.» 

 

En novembre 2024, le maire Harold McQuaker, du canton d'Emo en Ontario, a été condamné par le Tribunal des droits de la personne pour avoir refusé de hisser le drapeau LGBTQ+ sur l'hôtel de ville, suivant le vote du conseil municipal sur la question. Il s’est vu imposer une amende personnelle de 5000$ et une formation sur les droits de la personne, qu'il a publiquement refusé de suivre, dénonçant une forme «d’extorsion».

 

Ces exemples ne sont que la pointe de l’iceberg…

 

Si des figures publiques ou professionnelles ne peuvent échapper à cette nouvelle orthodoxie, qu’en est-il du citoyen ordinaire, pris au piège entre conformisme et autocensure?

 

Où est passée la liberté?

 

On aime croire que nous vivons dans une démocratie solide, mais le climat actuel raconte une autre histoire. Ce n’est pas la vérité. Ce qui est en jeu, ici, c’est la peur. La peur de parler, de déplaire. La peur de devenir la prochaine cible.

 

Ce sentiment n’est pas arrivé par accident. Il est le produit d’une société qui valorise le conformisme au détriment du libre-arbitre. Nous vivons dans une époque où afficher sa vertu – ou du moins, celle que dicte le consensus – est devenu un impératif social. On ne cherche plus à avoir raison, mais à être perçu comme «du bon côté de l’histoire».

 

Une société à bout de souffle

 

Une société de contrôle s’installe insidieusement. Une tyrannie sans fouet ni chaînes, mais tout aussi efficace et à laquelle on adhère par léthargie sociale. Chaque fois que nous acceptons ces mécanismes de censure, nous construisons un peu plus notre propre prison intellectuelle.

 

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Que reste-t-il de la liberté d’expression si le droit au doute est condamné? Une société qui ne tolère pas l’erreur est une société qui ne progresse plus. Douter, c’est humain. Se tromper, on le fait tous. 

 

S’imposer est plus que jamais nécessaire. Si nous continuons à céder, à plier devant la peur et le conformisme, il ne restera bientôt plus que des têtes bien alignées dans un paysage de désolation.

 

Car la liberté ne disparaît pas d’un coup. Elle s’efface à petits pas, sous les applaudissements d’une foule qui croit bien faire.