Notre rédacteur en chef Jérôme Blanchet-Gravel publie dans la presse argentine une analyse du phénomène Milei vu de l’Occident. La rédaction publie sa traduction en français.
Texte publié en espagnol le 4 février 2024 sur Infobae.
L’arrivée de Javier Milei au pouvoir à Buenos Aires suscite l’intérêt de nombreux observateurs dans le monde, particulièrement des partisans d’une certaine droite dans les pays occidentaux. L’intérêt que lui a manifesté le célèbre commentateur américain Tucker Carlson, avant même son élection, le montre bien.
Sans toujours saisir toutes les subtilités de la vie politique argentine et latino-américaine en générale, ils ont été nombreux à fêter sa victoire, le 19 novembre dernier.
Crise de la représentation
Non seulement le style et la fougue du personnage étonnent grandement, mais certains voient déjà en lui une nouvelle figure de résistance face au nouvel ordre technocratique, alors que l’Occident traverse une grave crise de la représentation.
C’est-à-dire qu’une partie grandissante des populations occidentales se sent toujours moins représentée par ses élus et politiciens, dans un contexte de hausse du coût de la vie qui mine la confiance envers le système et les grands médias qui le représentent.
Si les idées libérales ou «néo-libérales» de Milei peuvent paraître radicales dans l’écosystème latinoaméricain marqué par une forte tendance interventionniste et centraliste, elles trouvent une plus forte résonance en Occident, surtout dans les pays anglo-saxons comme le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada, où le libéralisme est une tradition naturelle, mais menacée par le nouvel ordre technocratique.
Son récent discours au Sommet de Davos a été traduit et diffusé dans plusieurs langues sur les médias sociaux, d’abord en anglais. Des milliers d’internautes occidentaux – et de nombreux jeunes – ont partagé des extraits de son intervention. Fustigeant le virage «socialiste» de l’establishment occidental, Javier Milei se positionnait comme l’un des nouveaux leaders et défenseurs du libéralisme dans le monde.
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En Occident et ailleurs dans le monde, la réaction des États à la pandémie de Covid-19 a démontré que l’expérience totalitaire était encore possible au sein même dudit monde libre. Pour de nombreux citoyens occidentaux – de gauche comme de droite –, cette période marquée par des confinements et autres mesures arbitraires représente une importante rupture dans leur perception du pouvoir et un avertissement pour les années à venir. Les politiciens et les représentants de l’État doivent maintenant composer avec une méfiance grandissante envers eux.
Gouvernement monstre
Perçu pendant des décennies comme un noble outil de redistribution des richesses au service des classes moyennes et pauvres, l’État-providence se bute aujourd’hui à une perception beaucoup plus négative. L’extension du rôle de l’État dans un nombre croissant de domaines a fait naître un appareil bureaucratique énorme, souvent inefficace et inadapté à diverses situations complexes.
Cette machine aseptisée est progressivement devenue aveugle aux difficultés de citoyens marginalisés au profit de catégories de la population plus politiquement correctes comme les femmes, les Autochtones et les représentants de la diversité sexuelle.
Révolte populaire
La révolte des agriculteurs européens traduit ce refus d’une réglementation étouffante pour les citoyens et néfaste pour l’économie, de même que le rejet d’une élite déconnectée des réalités populaires, et dont le confortable mode de vie tranche avec celui du peuple en général.
C’est contre cette «caste» dont parle Javier Milei que se soulèvent un peu partout en Occident des peuples déçus de leurs élites, comme les camionneurs au Canada à l’hiver 2022, qui réclamaient la fin des mesures sanitaires et le retour à une certaine normalité pour le bien-être de leurs proches.
Il reste bien sûr à déterminer si Milei pourra réaliser l’ensemble de son programme dans une Argentine en partie réfractaire au changement, et dans un contexte géopolitique marqué par l’influence grandissante de la Chine dans la région et le déclin des États-Unis dans le monde. Le nouveau président arrive aussi dans un contexte où la gauche est de retour en force sur le continent (Brésil, Chili, Colombie, Pérou, Mexique, etc.).
Chose certaine, les yeux de nombreux Occidentaux sont maintenant rivés vers l’Argentine, devenu malgré elle le laboratoire d’un duel épique caractéristique de notre époque.











