Le président Joe Biden estime qu’il faut prendre très au sérieux la variole du singe. Mais selon le microbiologiste et infectiologue Patrick Provost, pour l’instant, la maladie s’apparente plus à la varicelle qu’à une nouvelle Covid-19.
80 contaminations dans le monde juste en fin de semaine dernière et de nombreux cas à surveiller: la variole du singe s’est étendue en Europe et touche désormais plusieurs pays comme la France, l’Espagne ou encore la Belgique.
Aux États-Unis, l’administration Biden a commandé 12 millions de vaccins pour prévenir les risques de mortalité. La variole du singe, la nouvelle Covid-19?
Pour en savoir plus, nous avons contacté Patrick Provost, professeur au département de Microbiologie, Infectiologie et Immunologie de l’Université de Laval. Il dirige depuis vingt ans un laboratoire de recherche sur la biologie des ARN.
Comment se fait la contamination
En Afrique, les différentes épidémies de variole du singe ont pour origine le contact avec un animal sauvage ou son ingestion. En Occident, où le milieu de vie est différent, les premiers retours font état de contaminations via des rapports sexuels, tandis que le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec parle de contamination par les muqueuses.
Qu’est-ce que cela veut dire exactement?
Selon Patrick Provost, au-delà des rapports sexuels, la variole du singe se transmet par contact étroit avec une blessure, avec une plaie ou effectivement avec les muqueuses. À ce stade, il ignore toujours si la variole du singe peut se transmettre via un baiser.
Patrick Provost a mené des travaux de recherche sur l’ARN de plusieurs virus, parmi lesquels le VIH, l’hépatite C, Ebola et plus récemment le SARS-CoV-2, qui provoque la Covid-19.
Variole du singe: le masque complètement inutile
«Ce n’est clairement pas quelque chose de contagieux comme la grippe ou la Covid qui sont des virus respiratoires et qui peuvent donc se propager par gouttelettes ou aérosol», souligne-t-il en entrevue avec Libre Média.
Le climat social alimenté par le Covid-19 fait craindre l’apparition d’un nouveau virus. Cependant, les moyens de contamination restent limités dans l’espace public.
«La variole du singe implique des contacts assez rapprochés. Les gens qui se trouvent dans un autobus n’ont rien à craindre. Le port du masque n’aidera pas, car ce n’est pas un virus respiratoire», précise le chercheur au centre du CHUQ/CHUL sur les maladies infectieuses.
Du recul est encore nécessaire
Virus jusque-là inconnu du grand public, la variole du singe soulève de nombreuses questions quant à son évolution.
La contamination en Occident suit-elle le même schéma qu’en Afrique? «Il est un peu tôt pour tirer des conclusions», estime Patrick le chercheur, pour qui «il faut que l’on monitore la situation avec les personnes malades».
«Il faut voir après comment cela va affecter les Occidentaux par rapport aux Africains. Le système immunitaire pourra être différent à cause de la pollution en Occident qui nuit à notre santé», poursuit-il.
Une varicelle plus qu’une variole
Il est important de mentionner que la variole du singe n’a rien à voir avec la variole de l’être humain. Les taux de létalité ne sont pas comparables, puisqu’on guérit de la variole du singe en trois semaines, alors que la variole était mortelle pour 90% des cas des plus graves, et pour 30 à 60% des contaminés avant le XXe siècle.
Finalement, les symptômes s’apparentent davantage à ceux de la varicelle.
Patrick Provost est catégorique: «ce n’est pas une pandémie». «Cela reste des boutons, c’est une infection de la peau qui continue à se soigner comme la varicelle. S’il y a des morts, il faudra réévaluer la situation, mais il ne vaut pas virer fou», laisse-t-il tomber.
Patrick Provost recommande aux personnes contaminées d’aller immédiatement consulter. «C’est aussi aux gens de faire attention. S’ils sont contaminés et voient apparaître des pustules sur leur corps, il faut qu’ils consultent, mais on saura soigner si c’est des boutons comme pour la varicelle».
12 millions de vaccins aux États-Unis, la stratégie de l’anneau
L’administration Biden a d’ores et déjà passé commande de 12 millions de doses de vaccin contre la variole du singe. Cependant, il ne semble pas que cette démarche débouche sur une obligation vaccinale comme dans le cas de l’hépatite B.
Selon le professeur Provost, «les États-Unis vont vraisemblablement utiliser la stratégie de l’anneau, c’est-à-dire vacciner les personnes autour de celles qui ont été infectées».
Autrement, le chercheur ne voit «aucune base pour vacciner de manière massive. La personne qui va être infectée va développer une immunité naturelle et sera protégée d’une nouvelle infection», souligne-t-il.
Le spectre de Wuhan
Au début de la pandémie de Covid-19, on se souvient que les quelques articles portant sur une possible fabrication du coronavirus dans le laboratoire BSL4 de Wuhan –virus qui aurait fait l’objet d’une fuite–, avaient été qualifiés de fake news avant que l’hypothèse soit considérée comme sérieuse.
Plusieurs raisons avaient commencé à être évoquées, à commencer par le manque de coopération du gouvernement chinois dans le cadre de l’enquête sur l’origine de la pandémie. Surtout, plusieurs interrogations avaient surgi quant aux différences entre le SARS-CoV-1 et le SARS-CoV-2 (Covid 19).
Concernant la variole du singe, en février, neuf scientifiques chinois du laboratoire de Wuhan ont publié un article portant sur la manipulation de la variole du singe afin de créer des tests PCR.
L’étude indique que le virus a été rendu plus virulent afin de pouvoir mettre en évidence des portions d’ADN et créer ce test, mais l’article admet également que ce renforcement du virus pourrait en faciliter la transmission.
Il se peut donc que l’on assiste comme avec la Covid 19 à une nouvelle polémique.
Selon le docteur Provost, «on peut très bien faire un test PCR avec une souche d’origine. Il y a aussi des milliers de laboratoires BSL4 dans le monde qui peuvent travailler sur un tel virus». Cela impliquerait la possibilité qu’une souche manipulée puisse s’échapper.
Enfin, de nombreux laboratoires sont actuellement en train de séquencer et étudier l’ADN de la variole du singe apparu en Occident. C’est un travail qui prendra du temps, mais comme pour la Covid-19, faute de réponse rapide, il faudra faire attention aux différentes affirmations et accusations, y compris de fausses nouvelles.
Seul un séquençage ADN permettra de déterminer avec précision son origine.












