«Il faut transformer l’Afrique subsaharienne en nouvel eldorado»

La mineure tanzanienne Elizabeth Masanja prend une pause en rassemblant des fragments de pierres contenant des pépites d'or près des mines de Nyarugusu en Tanzanie, le 27 mai 2022. Photo: Luis TATO pour l’AFP.

Vendredi le 5 mai 2023, à 11:00

Alors que l’immigration cristallise les tensions en Europe, le «programme pour l’industrialisation de l’Afrique subsaharienne en moins de 20 ans» entend bien transformer le berceau de l’humanité. Entretien exclusif avec son dirigeant Francis Journot.

 

Industrialiser l’Afrique subsaharienne pour la sauver, telle serait en résumé la philosophie du «programme pour l’industrialisation de l’Afrique subsaharienne en moins de 20 ans» que dirige Francis Journot, consultant et entrepreneur. Quitte à faire du continent une gigantesque usine?

 

Le développement de l’Afrique subsaharienne ayant des conséquences sur l’Europe et le reste du monde, Libre Média ne pouvait pas ne pas se pencher sur ce projet…

 

Francis Journot dirige aussi le programme Africa Atlantic Axis et est chercheur dans le cadre d’International Convention for a Global Minimum Wage.

 

Alexis Brunet: Monsieur Journot, comment avez-vous eu l’idée du programme pour l’industrialisation de l'Afrique subsaharienne en moins de 20 ans?

 

Francis Journot: «Pour répondre à votre question, permettez-moi de revenir sur le cheminement du projet. J’ai entrepris à partir de 2010 des travaux économiques à propos de la désindustrialisation de la France.

 

La disparition de pans entiers de l’industrie française et de tissus industriels s’est accélérée au début du siècle. Par exemple, un rapport commandé par l’État français révélait que la filière textile ne comptait plus que 6000 couturières fin 2008 et perdait jusqu’à 1000 emplois par an. 

 

 

Il est probable que le nombre de candidats à l’immigration légale ou illégale diminuera quand l’industrialisation transformera l’Afrique subsaharienne en nouvel eldorado.

 

- Francis Journot, consultant et entrepreneur

 

 

Pour alerter sur la désindustrialisation et le risque de voir la balance commerciale française atteindre un jour des déficits record – comme c’est le cas maintenant –, j’ai écrit 150 tribunes, notamment dans Marianne, Le Figaro ou Entreprendre, fédéré des dizaines de milliers d’abonnés sur mes réseaux sociaux, mais aussi travaillé à l’élaboration d’un concept d’industrialisation détaillant un modèle d’intégration verticale applicable dans de nombreux secteurs industriels.

 

Pour industrialiser l’Afrique subsaharienne, il faut appréhender le phénomène des cycles. La France a passé son tour en termes d’industrie manufacturière des biens de consommation. On pourra toujours relocaliser quelques industries robotisées, mais cela créera peu d’emploi.

 

Cependant, la France dispose de l’atout de la francophonie et de liens uniques avec un continent africain aux portes de l’Europe qui pourrait compter 2 milliards d’habitants en 2050.

 

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Nous devrons donc aller convaincre des entreprises françaises, européennes ou américaines, de transférer en Afrique subsaharienne une part de leurs chaînes de valeurs mondiales (CVM) installées en Chine. Cette stratégie favoriserait le développement de cette région tout en procurant de nouvelles perspectives et de la croissance à nos entreprises industrielles et à l’économie française ou européenne.»

 

Les débats sur l’immigration africaine font florès en France et en Europe. Selon un récent sondage, 64% des Français pensent qu’il faut stopper l’immigration extra-européenne. Comment votre projet pourrait contribuer à une diminution de la démographie et de l’immigration?

 

Francis Journot: «Je voudrais vous citer ma première réflexion en la matière publiée dans Le Figaro en juin 2020: "Les prévisions démographiques annoncent un doublement de la population africaine d’ici trente ans mais on peut penser qu’une hausse du niveau de vie encouragerait l’éducation des enfants, l’émancipation des femmes et à terme, une réduction de la natalité".

 

 

Une forme de terrorisme intellectuel impose une pensée idéologique climatique surtout occidentale […]. Cela empêche l’émergence d’une industrie manufacturière africaine des biens de consommation.

 

- Francis Journot, consultant et entrepreneur

 

 

Il est de même probable que le nombre de candidats à l’immigration légale ou illégale diminuera quand l’industrialisation transformera l’Afrique subsaharienne en nouvel eldorado.»   

 

Justement, dans plusieurs tribunes, vous dénoncez l’échec de la politique mondiale d’Aide publique au développement (APD) et de l’Agence française de développement (AFD)…

 

Francis Journot: «Oui. En France, le budget global de l’AFD dont la moitié est généralement consacrée à l’Afrique, atteint 15 milliards d’euros en 2023. L’Afrique a bénéficié de 1500 milliards de dollars d’Aide publique au développement (APD) en un peu plus de 60 ans, mais le développement de l’Afrique subsaharienne ne s’est jamais concrétisé.

 

Aussi est-il temps de changer une politique post-coloniale mal perçue par les Africains, qui préfèreraient que l’on développe des partenariats commerciaux d’envergure internationale et une vraie industrie manufacturière de biens de consommation.»

 

Le Plan d’Action de Lagos (PAL) de 1980 et l’Agenda pour 2063, initié en 2015, ne semblent pas avoir produit de résultats probants. Pourquoi pensez-vous que votre projet pourrait réussir?

 

Francis Journot: «Le programme pour l'industrialisation de l'Afrique subsaharienne en moins de 20 ans est un projet-cadre, réaliste et concret, de nature à répondre aux inquiétudes africaines. Mon article publié le mois dernier dans La Tribune Afrique soulignait cette urgence.

 

Un tel plan de développement est attendu depuis plusieurs décennies. Il est non seulement attendu par des centaines de millions d’Africains dont les travaux journaliers dans l’économie informelle ne permettent pas de nourrir leurs familles, mais aussi par une jeunesse africaine cultivée et diplômée parfois proche de chefs d’État ou travaillant dans des institutions internationales et africaines, jeunesse consciente des réalités économiques régionales.

 

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Parmi cette dernière: cadres, ingénieurs et économistes m’ont souvent fait part de leur volonté de s’investir dans cet ambitieux dessein.»

 

Alors quel est le principal point d’achoppement?   

 

Francis Journot: «Le programme fera certainement une quasi-unanimité parmi les Africains, mais le principal obstacle à sa réalisation, demeure une forme de terrorisme intellectuel qui impose une pensée idéologique climatique surtout occidentale, et qui réserve les financements et subventions aux projets dits durables ou numériques peu créateurs d’emploi.

 

Cela empêche donc l’émergence d’une industrie manufacturière africaine des biens de consommation.

 

Selon la Banque Mondiale "pour 2030, les prévisions indiquent que 9 personnes vivant dans l'extrême pauvreté sur 10 vivront en Afrique subsaharienne". Sa population passera de 1 milliard d'habitants à 2 en 2050 puis 4 en 2100.

 

Le risque d'une catastrophe humanitaire jamais vue se rapproche et de plus en plus nombreux sont les chefs d’États et responsables d’institutions internationales et africaines qui examinent mon projet avec intérêt.»