Le 7 décembre, le président du Pérou, Pedro Castillo, a tenté un coup d’État qui s’est vite soldé par son arrestation. Depuis, le pays est plongé dans une crise tandis que la gauche et la droite s’accusent mutuellement d’intentions dictatoriales.
L’histoire du Pérou allait basculer à nouveau le 7 décembre dernier, lorsque le président Pedro Castillo a tenté de dissoudre le parlement pour instaurer un état d’exception.
Le parlement s’apprêtait à débattre d’une nouvelle procédure de destitution à son encontre, la troisième depuis son arrivée au pouvoir, en juillet 2021.
Son coup d’État manqué allait mettre un frein au retour en force de la gauche sur le continent latino-américain, quelque temps après l’élection historique d’un premier président colombien de gauche en juin 2022, Gustavo Petro.
Ce qui a surpris, c’est la maladresse et la naïveté du président dans sa démarche. Ni ses ministres ni des généraux de l’armée n’auraient été consultés avant son annonce télévisée durant laquelle il est apparu nerveux, les mains tremblantes.
Tous les acteurs clés du régime ont déclaré s’opposer au golpe dans les minutes qui ont suivi. Espérait-il le déclenchement immédiat d’une forte mobilisation populaire pour le soutenir? Mobilisation qui est venue trop tard?
Manifestants réprimés
Depuis que Castillo a été remplacé par la nouvelle présidente, Dina Boluarte – qui est issue du même parti de tendance marxiste –, d’importants heurts ont lieu entre les autorités et les manifestants qui appuient l’ex-président populiste et indigéniste près de la paysannerie.
Le 15 décembre, sept personnes ont été tuées dans la ville d’Ayacucho, dans le sud du pays, lors d’affrontements entre des militaires et des partisans du président déchu. C’était avant qu’au moins trente autres protestataires ne soient tués dans divers centres du pays.
Plusieurs routes ont été bloquées et la vive répression rappelle de mauvais souvenirs dans un pays qui a connu la dictature comme la grande majorité des pays latino-américains.
Un complot de la droite?
Selon plusieurs observateurs et dirigeants de gauche dans la région, Pedro Castillo a été victime d’une opposition systématique de la droite, une droite profondément ancrée dans les institutions et qui aurait manœuvré en coulisses pour l’empêcher de gouverner.
Castillo bénéficie toujours de l’appui du président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, dont l’administration est maintenant accusée par la nouvelle présidence péruvienne de s’ingérer dans les affaires internes du pays andin.
«Il est regrettable que pour les intérêts des élites économiques et politiques, depuis le début de la présidence légitime de Pedro Castillo, une atmosphère de confrontation et d'hostilité ait été entretenue contre lui jusqu'à ce qu'elle l'ait amené à prendre des décisions qui ont servi ses adversaires», a déclaré López Obrador quelques heures après le coup d’État manqué.
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L’ancien enseignant et syndicaliste peut aussi compter sur l’appui du président colombien, Gustavo Petro, sur celui du nouveau président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, de même que sur celui du président argentin de centre, Alberto Fernández. Des appuis de taille.
Pour tenter de rétablir l’ordre, la nouvelle présidente a instauré l’état d’urgence et annoncé des élections anticipées pour fin 2023, mais une partie de la population s’impatiente dans la colère et réclame le devancement du scrutin.
À son tour, le nouveau gouvernement est accusé de vouloir se maintenir au pouvoir grâce à des moyens peu démocratiques. Un collectif de 300 écrivains et intellectuels vient de se prononcer publiquement contre la répression.
Un président corrompu?
Mais naturellement, les avis divergent sur les causes de ce rebondissement. Professeur de science politique à l’Université catholique pontificale du Pérou, Eduardo Dagent estime plutôt que Castillo a surtout été victime de son «incapacité à faire des alliances, de ses mauvaises désignations (choix des ministres), de son radicalisme clientéliste et de sa corruption».
Interrogé par la revue Proceso, le politologue ajoute qu’un manque d’équilibre entre le pouvoir du Congrès et celui du président explique la situation politique tendue que vit le Pérou depuis plusieurs années.
Pedro Castillo était le sixième président en six ans. Il est maintenant détenu pour un maximum de 18 mois en attente d’être jugé pour rébellion et conspiration.












