Les Montréalais font face à des problèmes de sécurité grandissants dans certains quartiers. Une situation anxiogène qui suscite bien des questionnements. Libre Média est allé à la rencontre de gens impliqués sur le terrain.
«Pourquoi ces choses ne se produisent pas dans les quartiers huppés de Montréal? Ce n’est pas normal!», s’exclame Stéphanie, mère d’un garçon adolescent de 14 ans qui habite l’est de Montréal.
«Je ne me sens pas en sécurité. Quand mon fils veut aller jouer dehors, je suis très inquiète, non seulement à cause des rencontres malhonnêtes qu’il pourrait faire, mais aussi de balles perdues», confie la mère de famille avec appréhension.
Épisodes de violence gratuite
Dans la soirée du 10 août, Jayson Colin, 26 ans, a été froidement abattu à Montréal-Nord. Il devient ainsi la 12e jeune victime assassinée au Québec âgée entre 16 et 30 ans, et le 6e décès du genre en deux semaines.
Ce serait le 19e homicide rapporté depuis janvier 2022 sur le territoire de Montréal, a précisé au journal Métro Manuel Couture, agent relationniste du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), en date du 11 août.
«C’est un meurtre gratuit et sans précédent. Jayson était un jeune impliqué dans la communauté et qui avait un emploi», déplore Frantz Benjamin, le député provincial de Viau, qui connaissait très bien le jeune garçon.
C’est une victime malheureuse de cette folie meurtrière», s’indigne-t-il lors d’une entrevue accordée à Libre Média.
Précisons que la famille de Jayson a décliné notre demande d’entrevue.
Le même soir, une autre victime de la violence en hausse, une jeune femme de 20 ans, s’en est miraculeusement sortie après avoir été la cible de plusieurs projectiles dans le quartier de Rivière-des-Prairies.
Familles pauvres, quartiers délaissés
Selon le dernier rapport du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) publié en juin dernier, Montréal-Nord et Rivière-des-Prairies sont les secteurs où l’on compte le plus d’incidents impliquant des armes à feu.
Rappelons que dans ces endroits, les familles gagnent annuellement en moyenne un salaire individuel d’environ 25 000 $, selon les données de Statistique Canada.
«C’est difficile de dire qu’il n’y a pas de lien entre le niveau de vie et la violence. Ce sont toujours les mêmes quartiers qui reviennent», se désole Stéphanie.
Considérées comme étant défavorisées, ces populations sont majoritairement composées de familles immigrantes d’origines diverses. Plusieurs enfants vivent avec des parents monoparentaux qui gagnent souvent un maigre salaire.
Ayant longtemps travaillé avec les communautés dans Saint-Michel, le député Frantz Benjamin rejette toutefois un lien trop direct entre la pauvreté, la violence et la criminalité.
Le problème des armes illégales
Il croit néanmoins que les élus des différents paliers doivent se mobiliser pour attaquer de front le problème des armes illégales qui représentent 97% des cas d’infraction.
«Plus on travaille avec des cellules de familles concentrées dans les secteurs dits défavorisés, plus on a des chances de s’en sortir. Il est impératif que l’on investisse dans la mise en place d’outils de prévention», insiste le député libéral.
Selon les données du SPVM, 71 événements avec arme à feu ont été recensés en 2020. En 2021, le nombre est passé à 144 cas, soit près du double.
Rappelons que le meurtre de Jayson Colin n’est pas le premier à susciter l’indignation. La fin tragique de Meriem Boundaoui, 15 ans, Jannai Dopwell-Bailey, 16 ans, Thomas Trudel, 16 ans, et de bien d’autres ayant perdu la vie à Montréal dans des circonstances violentes témoigne d’une situation alarmante.
Une ville toujours considérée sécuritaire…
Face à la multiplication des fusillades et au sentiment d’insécurité qui diminue graduellement la qualité de vie des citoyens, les Montréalais continuent malgré tout de se faire marteler par des élus que «Montréal demeure une ville sécuritaire». C’était du moins les mots de Valérie Plante, mairesse de la ville de Montréal, prononcés au micro de Tout un matin le 4 août dernier. «Il y a de la violence, il faut s'y attaquer», ajoutait-elle.
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Le député de Viau profite des circonstances pour encourager la mobilisation au nom de toutes les victimes pour combattre ce fléau qui ravage notre société.
En dépit des témoignages de partout qui affluent sur les réseaux sociaux après les drames, notamment d’élus politiques, les citoyens restent très préoccupés.
Un problème de société
Stéphanie fait partie des citadiens inquiets et elle croit qu’à ce stade-ci, les autorités devraient plutôt attaquer le problème d’une autre façon.
«C’est devenu un style de vie, un problème de société. Il faut chercher les vraies causes pour trouver les vraies solutions», fait-elle valoir.
Finalement, d’après le professeur de psychologie Frankie Bernèche, le problème de la violence à Montréal est peut-être beaucoup plus profond.
«Tant et aussi longtemps que nous n’aborderons pas la violence d’un point de vue psychologique associé au trouble de la conduite, nous ferons fausse route et le problème ne fera que grandir», écrivait-il le 15 juin dernier au Journal de Montréal.











