Canada, la liberté d’expression à deux vitesses

Un homme portant des drapeaux canadiens défile lors des célébrations de la fête du Canada, le 1er juillet 2022, à Ottawa. Photo: Dave CHAN pour l’AFP.

Jeudi le 14 août 2025, à 08:30

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Canada, la liberté d’expression à deux vitesses
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Au Canada, la liberté d’expression vaut pour certains, pas pour d’autres. Le cas du musicien chrétien Sean Feucht en est la preuve.

 

John Carpay, B.A., LL.B., est président du Centre juridique pour les libertés constitutionnelles (cjlc.ca), qui fournit une défense juridique à Sean Feucht au nom de la liberté d’expression.

 

La liberté d’expression se porte bien au Canada… du moins pour ceux dont les opinions sur Donald Trump, Israël, l’idéologie transgenre, les politiques autochtones, l’immigration de masse, le mondialisme, les politiques de vaccination obligatoire, les changements climatiques et l’avortement s’alignent généralement sur celles du Parti libéral du Canada — et de son diffuseur public subventionné, CBC/Radio-Canada.

 

En revanche, les Canadiens aux convictions conservatrices, libertariennes, chrétiennes, ou simplement contraires à la vision CBC-libérale, jouissent d’une liberté d’expression bien plus limitée dans l’espace public.

 

La liberté d’expression sélective

 

Libéraux, néo-démocrates, verts et bloquistes prétendent défendre la liberté d’expression. Dans les faits, tout ce qu’ils désapprouvent devient, dans leur bouche, un «discours haineux» (c’est-à-dire un discours qu’ils haïssent) ou de la «désinformation», qui doit être combattue par un État prétendument omniscient et bienveillant.

 

Comme les fascistes européens des années 1920 et 1930, ces gens sont convaincus de détenir la vérité et s’estiment donc en droit de faire taire quiconque ose les contredire.

 

En vingt ans de défense de la liberté d’expression au Canada, je n’ai jamais vu être un seul militant féministe, pro-choix, LGBT, animaliste, climato-alarmiste, Black Lives Matter ou défenseur des droits autochtones être censuré sur un campus.

 

Les personnes défendant ces opinions ne sont jamais exclues des espaces publics ni empêchées de louer des installations gérées par l’État.

 

Au cours de ces vingt années, les seuls Canadiens ayant eu besoin d’une aide juridique pour défendre leur liberté d’expression garantie par la Charte sont ceux dont les opinions s’écartent du récit CBC-libéral et de la vision partagée par les Verts, le NPD et le Bloc.

 

Le cas Sean Feucht

 

Un exemple récent de censure politique sélective est l’hystérie fabriquée par CBC/Radio-Canada autour du musicien chrétien Sean Feucht, soumis ces dernières semaines à une campagne d’interdictions agressives.

 

Aux yeux de CBC/Radio-Canada et de la majorité des partis politiques canadiens, les «fautes» de Sean Feucht sont nombreuses et graves.

 

En 2019, il aurait, avec d’autres leaders religieux, rencontré Donald Trump à la Maison-Blanche et prié pour lui.

 

En 2020, il s’est présenté à l’investiture républicaine en Californie avec une campagne «socialement conservatrice» axée sur l’itinérance et le logement abordable, opposée à l’avortement et aux impôts élevés, favorable aux droits parentaux en matière de vaccination obligatoire et d’éducation sexuelle. 

 

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Il a rejeté le discours officiel sur la Covid-19 et les confinements, organisant à travers les États-Unis des concerts de louanges et prières rassemblant des milliers de personnes pour protester contre les restrictions, un mouvement immortalisé dans le film Superspreader.

 

Il a dirigé à Washington une cérémonie commémorative pour les victimes des attentats du 11 septembre 2001, et une marche de prières autour de la Maison-Blanche, de la Cour suprême et d’autres lieux symboliques.

 

Une source affirme qu’il a décrit les drag queens comme démoniaques, malades, perverties et «corrompant l’esprit des enfants».

 

Une autre rapporte qu’il a dénoncé la «confusion des genres» et la «perversion sexuelle» chez les jeunes, participant notamment à une protestation contre la promotion par Disney de l’idéologie LGBTQ.

 

Lors des élections au Congrès américain en 2022, puis en 2024, Feucht s’est produit lors de rassemblements électoraux pour des candidats républicains. Il est probablement l’un des 77 millions d’Américains ayant voté pour Trump en 2024.

 

Des convictions diabolisées par les médias

 

Ses opinions sont pourtant partagées par des dizaines de millions d’Américains et des millions de Canadiens. Mais pour CBC, elles constituent des hérésies monstrueuses à bannir de l’espace public.

 

Le parti pris idéologique de la CBC saute aux yeux. Elle qualifie à répétition les propos de Sean Feucht de «controversés», alors que des millions de Canadiens et d’Américains y adhèrent. 

 

Dans leur chambre d’écho, les propagandistes payés de CBC/Radio-Canada croisent rarement quelqu’un qui conteste, même partiellement, leurs orientations politiques.

 

Qualifier de «controversées» les opinions conservatrices et chrétiennes en dit bien plus sur la CBC que sur Sean Feucht.

 

Comme tout le monde, Sean Feucht a ses opinions politiques. Mais il est avant tout un chrétien évangéliste qui conduit les gens dans la prière et la louange; ses commentaires politiques sont secondaires.

 

Pourtant, CBC/Radio-Canada le présente sans cesse comme un «musicien MAGA» ou «musicien chrétien affilié MAGA», comme si sa tournée canadienne avait pour but principal de promouvoir Donald Trump. 

 

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Qu’un musicien chrétien américain soutienne publiquement les démocrates, et la CBC le qualifierait simplement de «musicien chrétien», jamais de «musicien démocrate».

 

CBC/Radio-Canada l’accuse d’avoir «pris position contre la communauté 2ELGBTQ+» et de publier sur son site et ses réseaux sociaux des «prises de position» contre «la communauté queer». Le diffuseur public laisse entendre qu’il détesterait les homosexuels, sans fournir la moindre preuve à l’appui de cette insinuation malveillante.

 

Présenter fidèlement la vision chrétienne «aimer le pécheur, haïr le péché» ne cadre pas avec le récit CBC-libéral. Cette approche, vieille de deux millénaires, est d’ailleurs trop nuancée pour des «journalistes» paresseux: il est plus simple de diaboliser son adversaire en le qualifiant de «haineux» que d’expliquer honnêtement ses convictions.

 

La campagne de salissage contre Sean Feucht semble pourtant se retourner contre ses auteurs, puisque ses concerts de louanges et prières ont attiré de grandes foules partout au Canada. 

 

Préserver la liberté par la culture

 

Peut-être la liberté d’expression est-elle en train de l’emporter sur la censure dans ce cas précis. Mais lorsque le diffuseur public et la majorité des partis politiques pratiquent la «liberté d’expression pour moi, mais pas pour toi», la tâche des citoyens attachés à leurs libertés est immense.

 

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En fin de compte, le garant de la liberté d’expression — et des autres libertés protégées par la Constitution — n’est pas la Constitution elle-même, ni même les juges qui l’interprètent correctement, mais la culture et le tissu social du pays. 

 

Notre société libre survivra si les Canadiens portent la liberté dans leur cœur et connaissent leurs droits constitutionnels.