Consommation responsable et libre: vers de nouveaux modèles d’affaires?

Photo: Shota James pour Unsplash.

Lundi le 25 juillet 2022, à 13:20

Et si la pandémie avait fait naître de nouveaux modèles d’affaires fondés sur la liberté et la souveraineté de l’individu?


Pour faire face aux multiples crises qui menacent les fondations mêmes de nos sociétés capitalistes, l’infantilisation et le contrôle semblent être les méthodes de prédilection utilisées pour conserver le statu quo. 
 
La polarisation des esprits fait craindre la radicalisation des oppositions et l’absence de projets collectifs fédérateurs entraîne une désaffection inédite des peuples pour la vie de la Cité et même pour les activités économiques, comme l’illustre le phénomène de la grande démission. 
 
L’individualisme se transforme peu à peu en nombrilisme à la faveur d’une existence virtualisée dans les univers cybernétiques. 
 
Tout comme les institutions publiques, les acteurs économiques sont confrontés à une crise existentielle rendant en partie caduques les recettes du passé, tant les risques systémiques sont grands.  

 

Le tournant de la pandémie

 
La crise de la Covid est un catalyseur d’initiatives organiques qui portent en elles des solutions pour échapper à cette tendance dystopique.
 
Le changement de paradigme véhiculé par ces nouvelles formes d’organisations ouvertes repose d’abord sur la souveraineté individuelle, la préservation des communs et des valeurs partagées.

En ce sens, le Manifeste de la Nouvelle Terre signé par plus de 20 000 personnes en Europe détaille une vision positive et concrète.  
 
La souveraineté individuelle s’exprime à travers la liberté et la responsabilité d’acteurs ayant choisi de prendre en main leur destin. On s’adresse alors à des «adultes» et plus à de «grands enfants» incapables de faire preuve de libre arbitre. 
 
Une conscience plus affûtée des limites de la croissance infinie permet de mesurer l’importance des communs (santé, éducation, environnement, etc.) et d’y consacrer les ressources nécessaires à leur préservation. 
 
Commons Transition recense les projets et les propositions permettant aux collectivités de gérer les communs de manière libre et équitable. 
 
The Commons Stack développe l’infrastructure technologique libre (open source) pour une économie reposant sur les ressources partagées en intégrant les modes de financement continus et la gouvernance.  

 

Des réseaux au service de l’intérêt général 

 
Le sens de l’action et les valeurs humaines sont les motivations centrales de l’implication dans les organisations, lesquelles deviennent des entités favorisant le développement personnel au service de l’intérêt général. 
 
Sur ces bases, il s’agit alors de changer le modèle économique reposant sur la consommation passive et individualiste pour évoluer vers une forme d’engagement collectif et participatif. 
 
Créer des liens dans des communautés tout en favorisant la souveraineté individuelle reposant sur la liberté et la responsabilité fait partie de la nouvelle offre dans un modèle d’affaires qui dépasse le cadre d’une relation purement économique. 
 
Les biens ou les services proposés s’intègrent dans une expérience qui crée un sens commun. Elle contribue au développement individuel tout en servant une cause.  
 
Des structures souples et plus horizontales où l’on valorise la transparence, l’intelligence collective et la gouvernance partagée remplacent les organisations pyramidales aux pouvoirs centralisés.  
 
En France, l’Université du Nous offre depuis 2010 des programmes de formation sur la gouvernance partagée et l’intelligence collective pour réinventer le «faire ensemble».   
 
The P2P Foundation est une OBNL internationale dédiée au modèle pair à pair (peer to peer) caractérisé par des processus de production et de gouvernance ouverts et participatifs.   
 
Les frontières entre producteurs et consommateurs deviennent plus poreuses grâce à des processus de co-création et de co-développement.
 
A Montréal, Sensorica se définit comme un OVN (Open Value Network) et étudie, entre autres, le quatrième secteur reposant sur le concept de collaboration ouverte.   

 

Des modèles économiques circulaires

 
Le développement de circuits courts locaux est favorisé par la création de monnaies locales complémentaires.  
 
Au Québec, la plateforme transactionnelle Marché B s’inscrit dans cette logique et offre la Monnaie locale québécoise. 
 
En France, le Mouvement Sol recense 82 Monnaies locales citoyennes, 40 000 adhérents particuliers et 10 000 professionnels et associations. 
 
Un formalisme allégé doit permettre la création de «tribus» éphémères ou durables le temps d’un projet plus ou moins long. 
 
Les bénéfices et la mesure du succès ne sont plus simplement financiers, mais aussi intangibles comme la satisfaction personnelle, la préservation des communs ou encore, l’évolution des consciences. 
 
L’offre pour les collaborateurs comme pour les «consommateurs citoyens» est celle de vivre une expérience enrichissante, d’apprendre de nouveaux savoir-faire, d’exprimer ses talents, de faire des rencontres significatives.
 
Courage et confiance sont nécessaires pour abandonner les repères offerts par les modèles d’affaires traditionnels, mais gageons que les turbulences inévitables à venir sauront motiver les plus hésitants à sortir de leurs zones de confort.