Mesures sanitaires: des dommages collatéraux largement sous-estimés

Des personnes âgées sont assises dans le corridor après avoir reçu leur deuxième dose du vaccin contre la Covid-19 dans une résidence pour personnes âgées, le 1er avril 2021 à Toronto. Photo: Cole Burston pour l’AFP/Getty images.

Mercredi le 1 juin 2022, à 08:00

Alors que de nouvelles vagues sont annoncées pour l’automne, départager ce qui est inhérent aux effets du virus de ce qui est attribuable aux effets dommageables des mesures sanitaires est primordial. 


Après avoir quotidiennement fait écho à la propagation du virus et ses conséquences sur la santé et le réseau hospitalier, les médias s’ouvrent maintenant aux études sur les dommages psychosociaux associés à la crise. 
 
Ces comptes rendus véhiculent malheureusement un biais majeur: la confusion entre conséquences du virus et conséquences des mesures publiques de contrôle du virus[1].
 
Les conséquences proprement sanitaires du virus SARS-coV-2 sont maintenant connues: chez la majorité des gens, l’infection présente la symptomatologie d’une «grosse grippe» devenue plutôt bénigne avec les variants récents, pour laquelle plus de 99% des individus se rétablissent. 
 
L’infection comporte toutefois un risque sérieux de complications pouvant conduire à la mort chez les personnes âgées et/ou celles présentant une ou plusieurs comorbidités, la Covid-19 devenant alors un «accélérateur»,  à l’instar d’autres maladies infectieuses saisonnières. 

L’âge moyen du décès est près de 84 ans au Québec, au-dessus de l’espérance de vie usuelle. 


La face cachée de la pandémie

 
Ces dommages s’avèrent, toute proportion gardée, relativement modestes au su et au vu des dommages dits psychosociaux mis en lumière par des recherches et témoignages de plus en plus nombreux.
 
Épidémie de problèmes de santé mentale, notamment chez les jeunes; troubles d’anxiété et retards d’apprentissage chez les enfants; accroissement des actes de violence domestique; malaises physiques et psychologiques nombreux chez les femmes enceintes; hausse de la consommation d’alcool, de drogues et des décès par surdoses, manifeste au sein de la population adulte masculine chez qui on note également une flambée des suicides; cascade de faillites touchant les petites et moyennes entreprises; défaut de soins pour les patients atteints de maladies chroniques et de dépistage pour les populations à risque; malveillance – voire âgicide – à l’endroit des aînés en situation de vulnérabilité. 
 
Bref, l’étendue des dégâts fait frémir. 
 
Ces conséquences sont couramment présentées comme dommages collatéraux de la pandémie
 
Or, il y a occultation de la réalité lorsque, systématiquement et mécaniquement, la pandémie de Covid-19 est présentée comme responsable des problèmes psychosociaux constatés dans son sillage, comme si ceux-ci en étaient la conséquence logique. 
 
Ce glissement de sens renforce la perception que l’épisode épidémique que nous venons de vivre est un événement dévastateur sur lequel la société n’avait que peu de marge de manœuvre. 


Distinction essentielle

 

Dans les faits, la crise de la Covid-19 s’est avérée beaucoup moins intense et mortelle que les premières informations à son sujet le laissaient croire. 

Dans ce contexte, les dégâts psychosociaux actuellement constatés découlent, non des interventions médicales ou pharmacologiques requises, mais du choix, de l’intensité et de la durée des mesures de contrôle imposées à des populations entières. 
 
D’où l’importance de distinguer les dommages (ou conséquences négatives) d’un phénomène des dommages liés aux mesures mises en place pour contrôler ledit phénomène. On parle alors de coûts primaires (dommages directs) et de coûts secondaires (dommages indirects ou collatéraux). 

Cette distinction est centrale pour mener une juste évaluation des coûts/bénéfices des politiques publiques, dans le but d’établir un équilibre en faveur du plus grand bien commun. 
 
C’est en prenant en compte cette distinction que des analyses peuvent démontrer si « le remède est pire que le mal », à savoir que les mesures pour combattre une menace de départ ont généré davantage d’effets indésirables, et de plus graves, que celle-ci! 
 
Plusieurs études ont déjà corroboré l’effet pervers de mesures de contrôle universelles excessives (le confinement notamment) sur l’état de santé de la population[2].

De la distanciation sociale au port du masque, du confinement aux restrictions de rassemblement et de déplacement, des couvre-feux au bombardement continu de messages alarmistes.

Les autorités québécoises ont justifié ces mesures parmi les plus sévères en Occident en affirmant qu’elles ont porté fruit en limitant les coûts primaires de l’épidémie, soit le nombre de morts. 
 

Québec: le pire bilan au Canada

 
Les chiffres indiquent pourtant que le bilan du Québec au chapitre du taux de décès par million d’habitants est le moins bon au Canada et parmi le peloton des plus élevées dans le monde. Pouvait-on faire autrement? Absolument! 
 
La Suède, plusieurs États américains, la majorité des pays d’Afrique et l’Inde, pour ne citer que ces exemples, ont démontré qu’à bilan épidémiologique comparable ou meilleur, une politique de gestion de crise moins extrémiste et dommageable est possible. 
 
Alors qu’on nous annonce de nouvelles flambées épidémiques pour l’automne, départager ce qui est inhérent aux effets du virus de ce qui est attribuable aux effets des mesures mises en place pour s’en protéger collectivement est loin d’être un exercice futile. 
 
C’est la condition nécessaire à l’évaluation coûts/bénéfices de la stratégie adoptée depuis deux ans au Québec afin d’éviter de foncer à nouveau tête baissée dans le mur. Et commençons par éviter ce biais qui perpétue l’ignorance du public en l’empêchant de discerner la part des responsabilités impliquées dans les dommages de la crise.