Depuis la défaite référendaire du 30 octobre 1995, les appuis du Parti québécois sont en baisse constante. Comment peut-on expliquer le déclin de ce parti qui a pourtant dirigé le Québec pendant près de 20 ans?
Depuis la défaite référendaire du 30 octobre 1995, les appuis du Parti québécois déclinent d’année en année: 43% en 1998, 33% en 2003, 30% en 2007, une légère remontée en 2008 avec 35%, 32% en 2012, 25% en 2014 et 17% en 2018.
Actuellement, le parti souverainiste obtient environ 8% des voix dans les sondages. Deux raisons principales expliquent la descente aux enfers des péquistes: l’échec référendaire et l’abandon de l’identité au profit d’une vision essentiellement civique et bureaucratique du nationalisme.
La souveraineté comme but ultime
Le projet indépendantiste a toujours été la raison d’être des troupes péquistes. Malgré leurs efforts pour promouvoir le projet de pays, les péquistes n’ont jamais réussi à réunir une majorité de Québécois derrière leur option.
On s’en souvient: le mouvement souverainiste a perdu deux référendums sur la souveraineté en 1980 et 1995, et ne s’est jamais remis de la défaite de 1995.
Le Parti québécois a toujours continué à parler d’indépendance malgré le refus d’une majorité de Québécois de quitter la fédération. Il est en mode survie et s’accroche à la bouée de la souveraineté.
Ultimement, le navire péquiste va sombrer le 3 octobre prochain, en partie à cause de son obstination à vouloir démentir le verdict citoyen du 30 octobre 1995.
L’abandon de l'identité
Depuis sa création, le Parti québécois avait toujours été le véhicule par excellence du nationalisme québécois. Il a toujours défendu l’identité québécoise contre l’ingérence du Canada multiculturaliste. La Charte de la langue française est le symbole mythique de l’identité québécoise.
Cependant, sous le leadership d’André Boisclair, le PQ a tourné en grande partie le dos aux aspirations identitaires du peuple québécois. C’est le chef de la défunte ADQ Mario Dumont qui fut le grand défenseur de l’identité lors de la crise des accommodements raisonnables de 2007.
Cette position a permis à l’ADQ de terminer devant le PQ lors des élections du 26 mars 2007.
L’épisode de la Charte des valeurs
Après avoir pris le pouvoir en 2012, Pauline Marois a tenté de ramener l’identité dans le giron péquiste. Son gouvernement a proposé une législation afin de rendre l’État québécois laïque par l’entremise de la Charte des valeurs québécoises.
Celle-ci préconisait l’interdiction du port de signes religieux pour tous les employés de la fonction publique québécoise. Cette loi ne faisait l’unanimité ni dans le milieu médiatique ni dans celui politique. Étant donné que le PQ formait un gouvernement minoritaire, il avait besoin de l’appui d’un parti d’opposition pour faire adopter cette loi.
La CAQ de François Legault était ouverte aux discussions. Cette dernière aurait appuyé une loi sur la laïcité plus modérée où l’interdiction du port de signes religieux aurait été limitée aux employés en position d’autorité: les policiers, les juges, les gardiens de prison, etc.
Cependant, le gouvernement Marois n’était pas ouvert aux compromis. Pauline Marois voulait faire adopter sa législation intégralement. C’est dans cette optique qu’elle déclencha des élections anticipées en mars 2014.
La première ministre voulait obtenir une majorité afin d’adopter sa Charte des valeurs. Mais, coup de tonnerre: l’enthousiasme de son candidat vedette Pierre Karl Péladeau pour la souveraineté a fait dérailler le train péquiste. Le PQ a perdu le pouvoir et a poursuivi sa lente agonie.
Le PQ n’a que lui-même à blâmer pour ce fiasco. S’il avait accepté l’arrangement de la CAQ, une loi sur la laïcité de l’État aurait été adoptée sous le gouvernement Marois. Peut-être que le PQ aurait mieux performé au scrutin suivant.
Le coup fatal le 3 octobre prochain?
On connaît la suite. La CAQ a pris le pouvoir en 2018 et a fait adopter la loi 21 sur la laïcité de l’État et la loi 96 sur la défense de la langue française.
Le PQ a donc en quelque sorte permis à la CAQ de devenir le véritable parti de l’identité québécoise. En conséquence, le Parti québécois a de la difficulté à se redéfinir, à justifier sa présence et sa pertinence dans le paysage politique québécois.
Le 3 octobre prochain, la formation politique fondée par René Lévesque risque fortement d’être décimée.
Le 3 octobre prochain, la formation politique fondée par René Lévesque risque fortement d’être décimée.











