Investisseur basé à Montréal, Jonathan Hamel nous explique pourquoi l'arrivée de fonds négociés en bourse sur Bitcoin représente une avancée significative dans ce marché.
Le 11 janvier dernier a marqué l’arrivée de plusieurs fonds négociés en bourse (FNB) qui permettent aux investisseurs américains d’avoir une exposition à Bitcoin, la plus importante monnaie numérique qui n’a plus besoin de présentation.
Depuis quelques années, des fonds similaires ont déjà été lancés au Canada et ailleurs dans le monde, mais l’arrivée de ceux-ci dans le marché américain devrait avoir un impact marqué sur cette classe d’actifs unique.
Un FNB, c’est quoi?
Un fonds négocié en bourse est une valeur mobilière qui permet à un investisseur d’être exposé à la variation du prix d’un actif ou d’un panier d’actifs sans avoir à acheter les actifs sous-jacents directement.
Par exemple, le FNB Invesco QQQ regroupe 100 sociétés qui composent l’indice Nasdaq 100. Lancé en 1999 et avec une capitalisation courante de près de 250 milliards de dollars américains, QQQ est l’un des FNB les plus transigés dans le monde.
L’arrivée des FNB au début des années 90, combinée avec l’émergence des plates-formes de courtage en ligne à escompte dans les années 2000, a créé une véritable révolution dans le monde de la finance.
Un petit investisseur peut aujourd’hui investir facilement dans un secteur complet de l’économie sans avoir à choisir minutieusement un panier d’actions de sociétés, et ce, sans intermédiaire. Il peut aussi acheter un FNB qui suit, par exemple, les cours du pétrole, du gaz, du grain, et d’autres commodités.
Il y a aussi des FNB qui permettent de miser contre un actif et ainsi tirer profit de la baisse du pétrole ou de l’or, par exemple. Avant la démocratisation des FNB, ces actifs étaient difficilement accessibles pour les petits investisseurs.
À noter que les FNB diffèrent des fonds mutuels par le fait qu’ils sont échangés directement en bourse (et non à travers un courtier), mais également en raison de leurs frais de gestion relativement bas. QQQ coûte par exemple 0,2% annuellement alors que les fonds mutuels actifs peuvent parfois atteindre les 2% ou plus.
Un catalyseur important pour le marché Bitcoin
L'arrivée de fonds négociés en bourse sur Bitcoin est un important pas en avant pour ce marché. Sans rien enlever aux propriétés intrinsèques du Bitcoin, les FNB permettront autant à des petits investisseurs qu’à des joueurs institutionnels d’avoir une exposition à cet actif unique. Bitcoin a toujours eu un certain problème d’accessibilité pour les investisseurs qui ont la majorité de leurs capitaux dans des comptes d’investissement.
Compliquées pour les uns, risquées pour les autres, les méthodes d’auto-garde, c’est-à-dire le fait de posséder directement les bitcoins sur un portefeuille, ont généralement été un frein à la croissance organique de ce marché. L’impact des FNB sur le cours du Bitcoin à moyen et long terme devrait être important.
Les gestionnaires des fonds sont dans l’obligation d’acheter des bitcoins sur le marché pour refléter la valeur des capitaux investis par les investisseurs dans le FNB (et d’en vendre dans la situation inverse). Une caractéristique importante de ces nouveaux fonds est qu’ils sont adossés à des bitcoins «spot», ce qui signifie que les gestionnaires achètent et vendent directement des bitcoins et non des contrats à terme.
Il y a donc un impact direct dans le marché «spot» Bitcoin, ce qui n’est pas nécessairement le cas avec les instruments qui transigent adossés à des dérivés qui sont eux-mêmes souvent compensés en argent (et non physiquement). Après leurs deux premières séances, les neuf nouveaux FNB concernés ont reçu conjointement 1,4 milliards $ USD en afflux de capitaux.

Tableau des mouvements de capitaux sur les 9 FNB Bitcoin pour les 11 et 12 janvier 2023. Source: Eric Balchunas, Bloomberg.
En considérant les 579 millions USD $ de sortie de capitaux du fonds Grayscale Bitcoin Trust (GBTC) vers les nouveaux FNB (les frais sur GBTC sont trop élevés comparé aux autres FNB), c’est plus de 800 millions $ USD en afflux net et près de 5 milliards $ USD en volume de transactions sur 2 séances.
À titre indicatif, le record d'afflux de capitaux pour un FNB dans une séance est de 20,8 milliards $ USD, un record établi le 15 décembre 2023 dans le fonds SPDR S&P 500 (SPY).

Valeur du Bitcoin sur 1 an vs. les principaux indices et actifs (Nasdaq, SP500, Or et Bon de 10 ans U.S.) Source: TradingView.
C’est donc un lancement réussi pour ces nouveaux instruments et une autre preuve tangible de l’intérêt grandissant des investisseurs traditionnels pour Bitcoin. Le prix du Bitcoin a atteint un peu plus de 49,000$ USD (65,700$ CAD) avec l’annonce préméditée de l’approbation par la Securities Exchange Commission (SEC) et s’est déprécié d’environ 10% par la suite alors que l’effervescence du lancement s’est estompée.
À noter que le cours du Bitcoin s’est apprécié de près de 125% sur un an et de presque 60% sur six mois alors que l’approbation du lancement des FNB était de plus en plus probable; le marché avait largement anticipé cet événement.
Peu importe la direction que prendra le cours du Bitcoin, les investisseurs disposent désormais d’un ensemble de nouveaux instruments fiables pour le transiger.
À lire aussi: «L’argent cash est le meilleur garant des libertés publiques»
Pour terminer, je m’en voudrais de ne pas rappeler avec une pointe d’ironie les déclarations passées de certains gros noms de la finance traditionnelle en lien avec Bitcoin. Notamment Larry Fink, PDG de BlackRock, plus important gestionnaire d’actifs au monde avec près de 10 billions de $ US sous gestion (soit environ 5 fois le PIB du Canada…). BlackRock est du nombre des gestionnaires qui ont lancé un FNB Bitcoin, le fonds iShares Bitcoin Trust ETF (IBIT).
Sur les ondes de CNBC, Fink a déclaré que «Bitcoin est comparable à l’or numérique, un actif qui vous protège». En octobre 2017, Fink disait alors que Bitcoin était «un instrument qui ne sert qu’au blanchiment d’argent». Rappelons que BlackRock chargera 0,25% de frais de gestion sur son nouveau fonds Bitcoin. Quelle époque!











