Mario Vargas Llosa: «le roman sauvera la démocratie»

L'écrivain péruvien et lauréat du prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa pose pour une photo avant son intronisation à l'Académie française à Paris, le 9 février 2023. Photo: Emmanuel DUNAND/AFP.

Jeudi le 9 février 2023, à 16:00

Devenu le premier à entrer à l'Académie française sans n’avoir jamais écrit directement en français, l'écrivain péruvien Mario Vargas Llosa a loué dans son discours de réception la littérature française et critiqué la Russie de Vladimir Poutine. 

 

«Le roman sauvera la démocratie ou s'abimera avec elle et disparaitra», a déclaré́ le romancier, prix Nobel de littérature en 2010, dans un éloge de la littérature française citant Gustave Flaubert, Victor Hugo, Émile Zola ou encore Jean-Paul Sartre.

 

«Il restera toujours – comment en douter? – cette caricature que les pays totalitaires nous vendent comme romans, mais qui n'existe qu'après avoir traversé la censure qui les mutile, afin d'étayer les institutions fantasmagoriques de semblables singeries de démocratie dont nous donne l'exemple la Russie de Vladimir Poutine», a-t-il avancé.

 

La russophilie d'autres membres de l'Académie française a été critiquée par une enquête de l'hebdomadaire L'Obs publiée jeudi et visant entre autres, la secrétaire perpétuelle Hélène Carrère d'Encausse.

 

Cette historienne, spécialiste de l'Union soviétique, jusqu'aux jours précédant l'invasion de l'Ukraine par l'armée russe en février 2022, disait ne pas croire un instant à cette possibilité.

 

Mario Vargas Llosa, écrivain hispanophone d’origine péruvienne élu à l'Académie en novembre 2021, est le premier à y entrer sans avoir jamais écrit de livre en français.

 

Il a expliqué dans son discours son amour ancien pour la culture française, qui l'avait poussé à immigrer à Paris à 23 ans, en 1959. Et il a prononcé, comme le veut l'usage, l'éloge de son prédécesseur au fauteuil 18, le philosophe Michel Serres, décédé en 2019. 

 

L'écrivain a montré qu'il ne craignait pas la polémique en invitant à Paris à cette occasion l'ancien roi d'Espagne Juan Carlos, qui est arrivé sur place dans un fourgon noir aux vitres teintées peu avant 14h45, a constaté un journaliste de l'AFP. Rappelons que Vargas Llosa a été naturalisé Espagnol en 1993.

 

Candidature controversée

 

L'ex-chef d'État espagnol a été reçu par Xavier Darcos et Hélène Carrère d'Encausse, qui lui ont serré la main.

 

Celui-ci vit en exil depuis 2020 aux Émirats arabes unis. Dans son pays, sa popularité s'est effondrée après une série de scandales, dont une plainte pour harcèlement d'une ancienne maîtresse, Corinna Larsen, des révélations sur son train de vie fastueux et une chasse à l'éléphant au Botswana.

 

La candidature de M. Vargas Llosa à l'Académie française avait fait l'objet de soins particuliers. Non seulement il écrit en espagnol, mais en plus il avait dépassé de dix ans la limite d'âge.

 

Mais le résultat a presque été un plébiscite: 18 voix pour lui, une seule pour un rival, un blanc, deux nuls. Or, sur les trois élections qui ont eu lieu ensuite à l'Académie française, seule une a permis de faire entrer un «Immortel», le professeur au Collège de France Antoine Compagnon, tandis que les deux autres ont été infructueuses faute de majorité absolue pour un candidat.

 

La secrétaire perpétuelle de l'Académie dit n'avoir eu qu'à se féliciter d'accueillir cet écrivain à la renommée mondiale.

 

À lire aussi: Le français écrit toujours plus mal maîtrisé: à qui la fôte?

 

«Il est très intéressé. Il demande tout le temps qu'on lui envoie des choses, il est sur le site internet, il nous fait des commentaires en permanence. Ça le passionne», disait-elle à l'AFP en février 2022.

 

M. Vargas Llosa avait l'avantage inestimable de son prix Nobel. L'Académie n'avait plus accueilli de lauréat de cette récompense depuis celui remis en 1952 à François Mauriac (membre de 1933 à 1970).

 

Un académicien de «droite»

 

Fait unique: l'auteur de La Fête au bouc est membre de trois académies linguistiques, ayant été élu à l'Académie péruvienne de la langue en 1977, et à l'Académie royale espagnole en 1994.

 

Reconnu pour ses différends de jeunesse avec l’écrivain colombien Gabriel García Marquez, Mario Vargas Llosa est controversé en Amérique latine pour ses positions de «droite», une région où de nombreux gouvernements et intellectuels sont de gauche.


«Vargas Llosa, qui se prononce en faveur des candidats de droite lors des joutes électorales, lorsqu'ils affrontent des candidats de gauche, est le même qui défend la cause palestinienne contre la politique militariste d'Israël; attaque le populisme destructeur de Trump aux États-Unis, soutient les droits des homosexuels, défend les droits des femmes, rejette le machisme; tout le contraire de l'ancienne et de la nouvelle droite confessionnelle […]», souligne l’écrivain et avocat nicaraguayen Sergio Ramírez dans une défense de l’homme parue dans le journal mexicain de gauche La Jornada.

 

D'autres étrangers l'ont précédé à l'Académie française. Le premier avait été un Américain, Julien Green en 1971, qui ne souhaita jamais devenir Français. Dany Laferrière, élu en 2013, est Canado-Haïtien.

 

L'Académie, institution chargée depuis 1635 de défendre la langue française et de rédiger un dictionnaire, compte 40 fauteuils. Cinq restent à pourvoir.