Au Canada, tout enfant persuadé de se trouver dans le mauvais corps peut commencer à recevoir une médication comme les suppresseurs de puberté ou les bloqueurs d’hormones, alerte Aaron Kimberly, fondateur du collectif Gender Dysphoria Alliance.
«Nous surmédicalisons les enfants et adolescents avec une dysphorie de genre sans prendre le temps de les comprendre et de les évaluer», lâche Aaron Kimberly, fondateur du collectif Gender Dysphoria Alliance.
Selon le projet de recherche Trans Youth Can!, le nombre d’enfants et adolescents envoyés dans des cliniques spécialisées canadiennes pour des bloqueurs de puberté ou des hormones sexuelles a augmenté de quasi 0 en 2004 à plus de 1000 en 2016.
Dans la plupart des cliniques, le nombre de références médicales double toutes les quelques années.
Lui-même transgenre, Aaron Kimberly veut dénoncer un modèle médical qui essaie de convaincre les enfants et adolescents qui émettent le moindre désir de changer de sexe que la transition médicale est leur seule voie de bien-être.
Au prix de porter atteinte à leur construction psychique, d'instrumentaliser leurs souffrances et de créer des victimes qui veulent revenir à leur sexe natal.
Les soins d’affirmation de genre, c’est quoi?
La dysphorie du genre est la détresse chez un individu face à une inadéquation entre son sexe dit «assigné à la naissance» et son «identité de genre».
Depuis quelques années, face à l'augmentation de ces cas de détresse, notamment chez la population infantile et adolescente, les soins d’affirmation de genre sont devenus une nouvelle norme médicale.
Ces soins prennent la forme suivante: le système de santé reconnaît sans réserve l’identité et l’expression de genre du patient quel que soit son âge, dans un esprit «d’inclusion et de justice sociale». Cette approche est aussi présente dans le système scolaire canadien.
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Une politique qui commande aux enseignants et aux camarades de classe de respecter la nouvelle identité de genre de l’enfant ayant une dysphorie de genre.
Par exemple, un document pour les enseignants au Manitoba explique que les élèves qui veulent transitionner socialement sans avoir fait la transition médicale peuvent changer leur pronom, leur prénom ou même utiliser les toilettes correspondant à leur nouveau genre.
D’importantes conséquences
«Il y a 15 ans, quand j’ai fait ma transition médicale, il y avait encore un processus d'évaluation assez complet avant de commencer les hormones sexuelles et toute chirurgie, mais maintenant, avec les soins d’affirmation de genre, tout cela a été enlevé», raconte Aaron Kimberly à Libre Média.
En effet, cette approche aurait été abandonnée «au nom d’une justice sociale et de droits des transgenres», selon lui. Cela a laissé place à des soins d’affirmation de genre qui permettent, de manière plus facile et accessible, aux patients de tout âge d’obtenir des bloqueurs de puberté, des hormones sexuelles et de réaliser des chirurgies.
Un exemple frappant: selon des documents obtenus par le collectif Canadian Gender Report, le centre médical London Health Sciences en Ontario a affirmé que les médecins de famille ayant référé des patients devraient envisager la prescription de bloqueurs de puberté avant même leur premier rendez-vous à la clinique.
De nouvelles normes qui inquiètent
Pour Aaron Kimberly, la situation ne fait que «s’empirer», car la World Professional Association of Transgender Health a retiré il y a quelques semaines toute limite d’âge pour tout traitement au nom du bien-être des transgenres: hormonothérapie; opérations chirurgicales qui enlèvent l’utérus, les testicules ou qui rétrécit l’orifice vaginal; augmentation mammaire, féminisation du visage…
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Une décision qui inquiète, puisque les assureurs provinciaux, tels que l'OHIP en Ontario et la PHSA en Colombie-Britannique, exigent que les fournisseurs de soins s'alignent sur les normes de soins de la World Professional Association of Transgender Health.
«Avec l’âge limite retiré, tout enfant qui est persuadé de sa dysphorie du genre peut techniquement commencer sa médicalisation tant que le clinicien est en accord», alerte Aaron Kimberly.
La psychothérapie larguée
«Ce modèle s’est fait au détriment de l’accompagnement psychothérapeutique de l’enfant», affirme l’infirmier ayant une formation en santé mentale.
Trans Youth Can! explique que cinq des dix cliniques pour ces patients n’incluent aucun psychologue ou psychiatre dans l’évaluation des patients avant la prescription d’hormones ou de bloqueurs de puberté.
Selon le même organisme, seulement 14% des enfants envoyés en cliniques spécialisées ont été référés par des psychologues ou psychiatres.
De nombreux patients de ces cliniques pour enfants peuvent ainsi commencer un traitement de suppresseurs de puberté ou d’hormones sans aucune consultation psychologique ou psychiatrique.
Une médicalisation risquée
Cette mise à l’écart de la psychothérapie démontre que les traitements des bloqueurs de puberté et des hormones sont devenus la choix numéro 1 des cliniques.
Prescrire des bloqueurs de puberté ouvre la voie à des traitements hormonaux chez les enfants, car 99% des enfants à qui ont été prescrits des bloqueurs de puberté au Royaume-Uni prennent à présent des hormones, selon la cour royale de justice du Royaume-Uni.
Chez les garçons, ces hormones causent une régression de la pilosité et une poussée mammaire.
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Chez les filles, elles peuvent s’attendre à une augmentation de la pilosité, à la mue de la voix, à l’augmentation du volume du clitoris et à l’arrêt des règles.
Les risques de santé à long terme pour ces hormones sont bien documentés.
D’après une étude de 2018, le risque de faire un AVC est 9,9 fois plus élevé chez les femmes transgenres que dans le groupe témoin.
Une autre étude montre que sur un groupe de 2260 trans femmes, 15 cas de cancer du sein étaient identifiés, ce qui était 46 fois plus élevé que chez les hommes dits «cisgenres» qui n’ont pas fait de transition.
Des transitions trop hâtives
Pour Aaron Kimberly, la transition sociale dans les écoles et les familles enferme l’enfant dans une forme de conditionnement qui rend difficile le fait de changer d’avis.
Ces jeunes cherchent aussi une réponse à leur quête d’identité avec les réseaux sociaux, découvrant des influenceurs qui les poussent à s'auto-diagnostiquer, qui les renvoient à des sites pro-trans et qui les poussent à faire une transition médicale.
Selon une étude de Lisa Littman, 87% des parents sondés affirment que leurs enfants qui expriment une dysphorie de genre ont soit des amis transgenres ou augmenté leur consommation de réseaux sociaux avant la décision de transition ou les deux.
Combinés au manque de restrictions médicales, ces facteurs sociaux incitent les enfants et adolescents auto-diagnostiqués à entamer leur transition médicale chez des cliniques spécialisées.
Le problème, c’est que ce sentiment d’être né dans le mauvais corps a été pour beaucoup d’enfants et adolescents un passage temporaire, une crise d’identité qui s’efface au fil du temps, met en lumière Aaron Kimberly.
C’est ce qu’on appelle la «désistance».
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Plusieurs études montrent qu'entre 60 et 90% des enfants qui ont été vus dans une clinique de genre ont cessé de montrer des signes de dysphorie de genre et ont accepté leur sexe natal pendant la puberté.
Une évolution pour le moins compliquée quand certains de ces enfants ont commencé des traitements de testostérone dont l’effet est irréversible sur le plan de la pilosité, de la voix et des chutes de cheveux.
Chez les détransitionneurs, c’est-à-dire les individus qui font une nouvelle transition pour revenir à leur sexe natal, c’est 78% d’entre eux qui ont déclaré ne pas avoir été correctement informés ou avoir été partiellement informés des répercussions sur la santé des traitements et interventions chirurgicales, selon une étude de 2021.
Un nouveau marché du corps humain
«C’est certain que cette surmédicalisation des enfants ayant une dysphorie de genre représente une nouvelle marge de profits pour les entreprises pharmaceutiques», souligne Aaron Kimberly.
La liste des dix principaux contributeurs aux causes transgenres aux États-Unis en 2017-2018 (qui représentaient ensemble 55% de tous les financements) indique le rôle central du milieu pharmaceutique dans cette industrie.
Par exemple, Arcus Foundation, deuxième dans le classement, a été fondée et est actuellement présidée par John Stryker, héritier de capital important de l’entreprise familiale, Stryker, qui fabrique du matériel médical et chirurgical.
Mais au-delà des bénéficiaires de l’économie transgenre, la surmédicalisation de ces enfants s’inscrit dans la continuité de ce que fait notre système économique depuis quelques décennies: libéraliser le marché, notamment celui du corps humain, pour concentrer la richesse dans les mains de quelques-uns. Sans restriction ou réglementation publique contraignante.
Au prix de détruire la vie de beaucoup de parents, taxés de «transphobes», qui ne peuvent plus émettre le moindre doute sur la décision de leur enfant. Au prix de détruire la vie d’enfants et adolescents et qui sont devenus les désisteurs et détransitionneurs de cette économie médicale.













