Le conflit entre Disney et la Floride amène les entreprises américaines à réfléchir sérieusement sur leur engagement politique, explique notre journaliste Alexis Le Marec.
Suite aux positions politiques de Disney et de son PDG ayant publiquement critiqué l’interdiction d’enseigner la théorie du genre, l’État de la Floride a décidé de couper les exemptions de taxes dont bénéficiait le célèbre parc d’attractions d’Orlando. Cette décision inédite semble cependant avoir eu un impact fort auprès des CEO de différentes sociétés qui cherchent désormais à se désengager de la politique.
Comment ne pas devenir le prochain Disney ? Selon le Wall Street Journal, c’est la question que commencent à se poser les PDG américains. Il faut dire que la sanction qui a frappé Disney est très lourde. Alors que Disney World était exempté de taxes et pouvait gérer son univers telle une véritable ville dans la ville, ce sont des millions que va désormais devoir payer Disney à l’État de la Floride.
La théorie du genre comme pomme de discorde
À l’origine, le conflit entre le gouverneur Ron DeSantis et Bob Chapek, le PDG de Disney. Le premier reprochant au second de s’être prononcé publiquement contre la loi promulguée interdisant d’enseigner à l’école la théorie du genre en Floride. Il faut dire cependant qu’à l’origine, Bob Chapek avait décidé de ne pas se prononcer. Il a cependant dû sortir de sa réserve suite aux manifestations des employés de Disney réclamant de sa part une prise de position.
De l’autre côté, Ron DeSantis est déjà pressenti pour être le prochain candidat des républicains dans la course à la Maison-Blanche. L’homme fait donc montre d’une main de fer et doit donner des gages à son futur électorat. En janvier 2022, Ron DeSantis avait déjà banni l’enseignement de la théorie critique de la race.
En tout cas, cette décision a déjà fait une victime chez Disney, puisque le nouveau directeur des relations publiques de Disney, Geoff Morrell, a donné sa démission à peine trois mois après son arrivée. Cependant, cette décision donne à réfléchir aux grandes compagnies américaines et sur leur engagement politique. Si toutes, comme Disney, participent aux dons lors des différentes campagnes en prenant bien soin de donner aux deux camps, leur engagement politique public lorsqu’elles se mettent en porte à faux vis-à-vis des décisions politiques commence à poser des interrogations du côté des PDG.
Plusieurs médias américains rapportent ainsi que lors de différentes réunions privées de dirigeant et séances de coaching ces dernières semaines, la question qui revient le plus souvent est comment éviter de devenir le prochain Disney?
Des entreprises moins «woke» dans l’avenir?
Il faut dire que depuis quelques années, plusieurs entreprises américaines ont pris position publiquement en faveur de lois ou de mouvements souvent sur Twitter, mais le conflit n’était jamais allé aussi loin. Les PDG sont donc coincés entre leurs opinions privées et leur obligation de rapporter des bénéfices à leur entreprise. Sauf que d’un autre côté, les politiques sollicitent les entreprises et s’en servent pour leur image. Comme le rapporte à Fox Business David Berger, spécialiste en gouvernance d’entreprise pour Wilson Sonsini Goodrich & Rosati : «À la base, c’était utilisé par les républicains, mais maintenant, ce que vous voyez c’est les deux partis qui utilisent les sociétés comme un football politique dans un sens et dans l’autre».
La tendance serait donc du côté des entreprises à revenir comme par le passé à une position plus neutre publiquement, loin de toute ingérence politique. Ron DeSantis a ouvert une porte avec cette décision et rien ne dit que les démocrates ne seraient pas tentés à leur tour l’utiliser. La guerre entre Joe Biden et Elon Musk se limite pour l’instant au président américain qui refuse de citer Tesla, mais si cela tourne en guerre des coupures de subventions en impliquant nombre d’entreprises et d’États, la situation pourrait devenir incontrôlable, une situation que veulent à tout prix éviter les entreprises américaines.










