Sur fond de scandales de corruption touchant le gouvernement de gauche de Pedro Sánchez, l’Espagne votera le 29 novembre. Pour l’hispanologue Nicolas Klein, le logement et l’immigration devraient dominer la campagne.
La bataille électorale espagnole devrait se jouer autour de deux préoccupations concrètes: se loger et maîtriser l’immigration. C’est l’analyse de Nicolas Klein, hispanologue, enseignant et traducteur, reçu au Libre-Podcast pour décrypter les rapports de force à l’approche des élections générales anticipées.
«Je pense que les deux grandes thématiques, ça va être effectivement d’une part le logement et d’autre part, la question migratoire», résume-t-il à notre micro. Les affaires de corruption présumée entourant le gouvernement socialiste alimenteront également les attaques de l’opposition, mais elles ne constituent pas, selon notre invité, le principal ressort du scrutin.
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, donne une conférence de presse à l’issue d’un sommet de l’Union européenne à Bruxelles, le 16 octobre 2026. Photo: Nicolas Tucat / AFP.
Les Espagnols voteront le 29 novembre 2026. La campagne officielle commencera le 13 novembre et prendra fin le 27 novembre, avant la journée de réflexion précédant le vote. Pedro Sánchez a annoncé la dissolution des Cortes le 5 octobre; le décret est entré en vigueur le lendemain.
Les Espagnols élisent leurs députés et sénateurs, puis le Congrès investit le président du gouvernement.
Le pari du logement
Pour comprendre cette convocation anticipée, Nicolas Klein revient sur l’échec de deux décrets-lois visant à renforcer la protection des locataires. Ces mesures répondaient à l’émotion provoquée par l’expulsion d’une Madrilène de 87 ans, installée dans son appartement depuis plus de 70 ans.
L’épisode a placé le logement au centre de l’affrontement parlementaire. Il a surtout révélé les limites d’un gouvernement dépendant d’appuis extérieurs à sa coalition, formée du Parti socialiste ouvrier espagnol et de Sumar, à sa gauche.
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«Il est parvenu, Pedro Sánchez, à se maintenir au pouvoir depuis les dernières élections de juillet 2023, mais il n’a jamais eu de majorité».
Le président du gouvernement aurait ainsi choisi de transformer un revers parlementaire en occasion électorale. Son objectif, dans la lecture de Nicolas Klein: reprendre la maîtrise du calendrier et mobiliser la gauche autour de la protection des ménages.
L’immigration, terrain de la droite
Sur le second dossier, l’avantage pourrait revenir aux adversaires du gouvernement. Nicolas Klein évoque la grave crise migratoire survenue cet été à Ceuta, ville espagnole située sur la côte nord-africaine, et les critiques visant la réaction de Madrid.
«Ce qui a beaucoup été reproché à Pedro Sánchez, c’est le délai avec lequel il a répondu à cette crise», rapporte-t-il. Au-delà de la réponse immédiate, c’est aussi la coopération avec Rabat qui se retrouve contestée.
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Selon l’hispanologue, «beaucoup estiment en Espagne que le Maroc s’est révélé un allié peu fiable en matière de gestion des flux migratoires». Il souligne que certains responsables politiques et commentateurs accusent les autorités marocaines d’avoir laissé se produire les passages.
Le chef de Vox, Santiago Abascal (à gauche), et le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, s’adressent aux médias à Ceuta, le 12 octobre 2026, sur fond de crise migratoire dans cette enclave espagnole d’Afrique du Nord. Photo: Thomas Coex / AFP.
Cette défiance fournit un argument à Vox, le parti dirigé par Santiago Abascal, dont le discours migratoire est particulièrement ferme. Pour Nicolas Klein, la formation peut rappeler qu’elle mettait déjà en garde contre cette dépendance envers le voisin marocain.
«Ça, évidemment, la droite va l’utiliser et en particulier Vox», résume-t-il. La gauche cherchera parallèlement à convaincre les électeurs qu’un changement de majorité menacerait leur protection en matière de logement.
Si Vox partage avec le Rassemblement national une ligne ferme sur l’immigration, Nicolas Klein le situe davantage à droite sur le plan économique: «Ils ont un programme avec une plus faible intervention de l’État.» Sur ce terrain, Vox rejoint le Parti populaire, les deux formations défendant, selon l’hispanologue, «un relatif désengagement de l’État dans l’économie».
Des alliances incontournables
Derrière cet affrontement se pose une question décisive: quelle majorité pourra gouverner? Le Parti socialiste domine toujours son espace politique, comme le Parti populaire domine celui de la droite traditionnelle. Mais cette prééminence ne garantit pas une victoire suffisante pour gouverner seul. «Ils ont besoin de leurs partenaires à gauche et à droite au minimum», souligne Nicolas Klein.
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Dans cette configuration, Vox pourrait renforcer son poids dans les négociations. Déjà troisième force politique du pays, il devrait, à la lumière des sondages, consolider sa position. À gauche, les partenaires des socialistes aborderaient le scrutin plus fragilisés.
«L’épreuve du pouvoir les a beaucoup abîmés», estime-t-il, ajoutant que Pedro Sánchez a su capter une partie de leurs électeurs. Le 29 novembre permettra donc de mesurer autant la force des deux grands partis que celle des alliés dont ils pourraient dépendre.












