Les Premières Nations déplorent leur absence de la campagne électorale. Leur appel pose une question de fond: comment articuler leur volonté de continuité avec celle de la nation québécoise?
Le 24 septembre dernier, l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) publiait un communiqué sur le mutisme qui entoure leurs enjeux dans la campagne électorale provinciale. Plus largement, elle posait la question de leur autodétermination et de leur place dans l’avenir collectif du Québec. Les Premières Nations ont raison de déplorer cette mise à l’écart.
Mais quelle place leur proposer dans le «nous» québécois? La participation au même espace politique suffit-elle à faire d’habitants disparates un même sujet national?
Quel «nous» québécois?
S’il est clair que le Québec civique existe, force est de constater que le «nous» québécois est devenu, depuis les années soixante, de plus en plus difficile à rendre intelligible. Si être québécois ne désigne plus qu’une appartenance civique, réduite au seul fait d’avoir un pied sur le territoire, que subsiste-t-il de l’épopée française en Amérique, de la Nouvelle-France et du devenir canadien-français?
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Le terme Québécois doit désigner, à mon sens, deux formes d’appartenance. L’une relève des institutions communes et de la participation à la vie publique québécoise; l’autre s’inscrit dans une histoire transmise de génération en génération, depuis notre arrivée sur les rives du Saint-Laurent.
Ces dimensions peuvent se recouper. Mais les distinguer permet de mieux saisir ce que nous cherchons à prolonger lorsque nous parlons d’un avenir national.
Ce «nous» doit avoir pour socle premier le projet civilisationnel français, puis canadien-français, devenu québécois. Sinon, à quoi bon cette idole du français, à quoi bon cette idole d’une culture commune, si l’on en retire toute l’histoire qui leur donne sens?
On peut faire de quelqu’un un Québécois, «fabriquer du Québécois», ajouter quelqu’un à notre destin. Il est beaucoup plus difficile, voire impossible par simple ordonnance, d’en faire un Canadien français, c’est-à-dire l’héritier par filiation d’une histoire dont l’indépendance se veut le parachèvement politique.
Des destins à articuler
C’est à l’aune de la définition que nous nous donnons de nous-mêmes qu’il faut penser la place des Premières Nations dans la délibération démocratique. Car elles aussi portent un destin historique.
Le chef de l’APNQL, Francis Verreault-Paul, réclame de «coconstruire avec nous» un «projet de société porteur de bénéfices durables pour toutes et tous».
Le «nous» qu’il nomme nous exclut, alors que le nôtre doit les inclure. Leur proposer une place dans notre «nous» suppose donc de savoir ce qu’il adviendra du leur et comment les articuler l’un à l’autre.
Dans un Québec transformé par l’immigration massive et le multiculturalisme, les Québécois de souche canadienne-française et les Premières Nations ont pourtant un même défi à relever: assurer leur continuité historique.
La difficulté tient à la convergence, sur un même territoire, de plusieurs volontés de continuité et de libération. Pour les Premières Nations comme pour nous, la transmission d’une langue et d’une mémoire historique dépend d’institutions capables de les soutenir.
Il est donc difficile de parler de leur avenir sans dire mot de cette vieille loi liberticide de 1876: la Loi sur les Indiens.
Une tutelle persistante
Outil d’ingérence et d’assimilation du gouvernement fédéral, la Loi sur les Indiens a été adoptée en 1876. Elle donnait à Ottawa un pouvoir considérable sur l’identité légale, les terres et les institutions des Premières Nations.
Jusqu’en 1985, une femme inscrite qui épousait un homme non inscrit perdait son statut, tandis qu’un homme inscrit pouvait le transmettre à son épouse non inscrite. Il a fallu attendre 1960 pour que les membres des Premières Nations obtiennent le droit de vote sans condition aux élections fédérales, sans renoncer à leur statut.
Malgré les modifications apportées au fil du temps, cette législation demeure en vigueur. Cent cinquante ans après son adoption, le ministre fédéral peut encore, pour les motifs prévus par la loi, déclarer nul le testament d’une personne inscrite résidant habituellement dans une réserve.
Voilà une contradiction qui mérite davantage de place dans le débat public: on célèbre l’autodétermination tout en maintenant un régime de tutelle.
L’indépendance comme levier
Le cadre fédéral pèse sur cette relation. La Constitution attribue à Ottawa la compétence sur les «Indiens et les terres réservées pour les Indiens». Cela ne signifie toutefois pas que le Québec est sans responsabilités ni moyens d’action: il intervient déjà dans les services publics et négocie des ententes avec les nations autochtones.
Rapatrier vers le Québec les leviers aujourd’hui détenus par Ottawa aiderait, selon moi, à synchroniser les deux questions existentielles. C’est dans cette perspective que l’indépendance pourrait rapprocher nos destins, en ouvrant la possibilité de redéfinir ensemble les institutions qui les soutiennent.
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Mais leur proposer une place dans notre avenir exige de prendre au sérieux le leur. La volonté de prolonger l’histoire française en Amérique doit pouvoir rencontrer celle des Premières Nations de transmettre leurs langues et leur mémoire.
À défaut, leur avenir et le nôtre risquent de suivre des routes parallèles qui ne se croiseront peut-être plus jamais.












