De Tunisie à Paris, un peintre montréalais traque ses œuvres volées

Le peintre montréalais Hassane Amraoui. Courtoisie.

Mercredi le 17 juin 2026, à 10:20

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De Tunisie à Paris, un peintre montréalais traque ses œuvres volées
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Le peintre montréalais Hassane Amraoui accuse un circuit opaque d’avoir fait réapparaître à Paris des œuvres qu’il dit avoir perdues de vue en Tunisie. Libre Média a recueilli son témoignage. 

 

Installé à Montréal depuis 2005, Hassane Amraoui, aussi connu sous le nom de Chlag, traîne depuis des années une affaire qu’il n’a jamais réussi à refermer. 

 

Artiste d’origine berbère algérienne, passé par la Tunisie avant de s’établir au Québec, il affirme aujourd’hui que quelques-unes des œuvres qui lui auraient été volées en Afrique du Nord se sont retrouvées dans une vente aux enchères organisée par une prestigieuse maison parisienne: Millon

 

Les œuvres en question auraient été adjugées le 2 juillet 2025, toutes les trois au prix de 1500 euros. Elles figuraient dans la vente «Art moderne africain & indien», au lot 852. 

 

Sur le site de l’agence, leur provenance est ainsi présentée: «Collection particulière, acquis auprès de Hamadi Cherif (m. 2014), fondateur de la Galerie Cherif Fine Art, mécène et découvreur de talents, Tunis.»

 

Une mention qui, loin d’apaiser Hassane Amraoui, renvoie selon lui au cœur même de l’affaire: c’est précisément dans le sillage de cette galerie tunisienne qu’il affirme avoir perdu la trace de plusieurs de ses œuvres.

 

Capture d'écran.

 

Selon l’artiste, leur présence dans ce catalogue ne relève donc pas d’un simple malentendu quant à leur provenance, mais d’un long enchaînement de silences, de captations et d’intermédiaires troubles.

 

«Je suis la trace de la trace»

 

Pour Amraoui, la peinture n’est pas une vocation parmi d’autres. «Le plus important pour moi, c’est de créer, de laisser une trace derrière moi. C’est ça, moi. Je suis la trace de la trace», confie-t-il à Libre Média. 

 

À ceux qui lui auraient demandé d’abandonner son art, il dit avoir répondu: «Est-ce que vous pouvez être privé d'oxygène?»

 


Hassane Amraoui dans son atelier de Montréal. Courtoisie.



Son histoire commence loin de la Ville Lumière. Dans les années 1990, fuyant le climat de violence en Algérie, Hassane Amraoui part en Tunisie. C’est à ce moment, raconte-t-il, qu’il commence à exposer dans des galeries professionnelles. 

 

En 2003, il présente dans la ville de Sidi Bou Saïd une exposition intitulée Le bruit de la paix, organisée avec le galeriste Cherif Hamadi, qu’il décrit au départ comme «très honnête et très professionnel».

 

Trente-deux tableaux restés sur place

 

L’exposition compte alors 35 tableaux. Trois sont vendus. «Il en restait 32», raconte Amraoui. Selon lui, ces œuvres demeurent ensuite dans l’orbite de la galerie. 

 

Après son arrivée à Montréal, il garde le contact avec le galeriste jusqu’au décès de celui-ci, en 2014. C’est à partir de là, selon son témoignage, que la situation se brouille.

 

Voir notre portrait de l’artiste Emmanuel Laflamme 


Amraoui affirme avoir tenté de récupérer ses œuvres par l’entremise d’un autre galeriste tunisien, auquel il dit avoir donné procuration. Il l’accuse aujourd’hui de l’avoir trompé. «Il m’a volé beaucoup d’œuvres. Il m’a piégé, il a vendu mes œuvres un peu partout», soutient-il.

 

La piste tunisienne

 

En 2015, lors d’un séjour en Tunisie, l’artiste dit avoir retrouvé cinq de ses toiles dans la galerie de Sidi Bou Saïd, en présence de policiers et d’un avocat chargé du dossier de succession du galeriste décédé. «J’ai repéré, j’ai vu mes cinq toiles devant moi. J’ai dit: "Ça, c’est à moi".»

 

Le peintre affirme toutefois qu’on lui aurait alors répondu qu’il ne pouvait pas les reprendre immédiatement, le temps de retrouver les autres.

 

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Dix ans plus tard, c’est sur Internet qu’il dit avoir découvert la trace de certaines de ses œuvres. «Maintenant, je trouve mes œuvres, ça se vend à Paris!», raconte-t-il. Dans le catalogue de vente, selon lui, la provenance indiquée ne reflète ni son histoire réelle ni ses droits sur les tableaux.

 

La piste parisienne

 

L’artiste dit avoir demandé à la maison de vente des précisions sur les personnes impliquées dans la transaction, notamment l’identité des acquéreurs des œuvre. On lui aurait répondu qu’une telle information ne pouvait être transmise qu’à un avocat ou à un juge. 

 

«Madame, s’il vous plaît, est-ce que vous pouvez me donner juste les noms des gens à qui vous avez vendu les œuvres? C’est tout ce que je veux», dit-il avoir écrit. 

 

Libre Média a pu consulter une partie de la correspondance de l'artiste avec l'agence parisienne, selon laquelle les œuvres concernées «proviennent d’un héritage».

 

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Pour Amraoui, son cas dépasse sa seule personne. Il y voit un symptôme plus large du marché de l’art international, un milieu souvent opaque où les artistes – en particulier ceux d’Afrique du Nord – seraient vulnérables. 

 

«Il y a un réseau d’escroqueries pour les artistes énorme entre le nord de l’Afrique, l’Europe, l’Asie», affirme-t-il. Et d’ajouter: «L’art visuel devient une source pour s’enrichir vite, mais pas pour les artistes.»

 

Une réponse attendue

 

Libre Média a contacté la maison de vente Millon afin d’obtenir sa version des faits, de connaître les vérifications effectuées sur la provenance des œuvres et de savoir si elle disposait d’éléments permettant d’écarter les allégations de l’artiste. 

 

Au moment de publier ces lignes, aucune réponse ne nous était parvenue.

 

Hassane Amraoui, lui, affirme seulement vouloir laisser une marque. «Je suis vivant et je vois tout ça», dit-il. Dans cette affaire où les œuvres circulent plus vite que les explications, l’artiste montréalais réclame d’abord que son histoire soit entendue.