Dans un paysage politique saturé de médiocrité et de micro-gestion, prendre de la hauteur est un acte révolutionnaire. Pour 2026, osons enfin voir au-delà des «vraies affaires».
Les fin et débuts d’année sont propices à l’introspection. On regarde à la fois dans le rétroviseur et loin devant. On dresse des bilans et on formule des souhaits pour l’avenir. D’ordinaire, cet exercice relève d’une démarche purement individuelle.
Mais qu’en serait-il si nous espérions collectivement?
Une des meilleures choses que nous pourrions appeler de nos vœux cette année: nous extirper de l’obsession utilitariste des «vraies affaires».
Le Québec en mode surplace
Depuis belle lurette, la politique québécoise est prisonnière d’un pragmatisme aussi étroit que drabe.
En 2026, attachons notre tuque avec de la broche, car les pressions s’accentueront pour nous enfermer à double tour dans cette logique qui peut s’avérer creuse.
Au premier chef, l’état de nos institutions et de nos finances continuera d’alimenter un repli politique télégraphié. «Ça craque de partout», la phrase de la décennie, a déjà produit des effets tangibles, notamment lors des élections municipales.
Dans un réflexe pragmatique salué, plusieurs villes ont choisi de se concentrer résolument sur leurs missions de base et sur les réfections, aux dépens de l’extra, du neuf, du rêve.
Le plancher des vaches comme seul horizon?
Il en ira vraisemblablement de même en 2026. Les injonctions à rester sur le plancher des vaches et à se préoccuper des nombreux problèmes très concrets qui nous affligent se multiplieront.
Certes, il est vrai que l’équité générationnelle commande une gestion budgétaire rigoureuse et, qu’en ce sens, un certain pragmatisme est bienvenu.
En outre, plusieurs affaires courantes requièrent une attention urgente. Il est normal qu’elles habitent nos cœurs et nos esprits.
Enfin, il apparait clair que nos systèmes de santé et d’éducation, visiblement imparfaits, pourraient être remis cent fois sur le métier sans jamais être achevés.
Bref, l’intendance est une tâche de Sisyphe.
Cela dit, le pragmatisme, même nécessaire, peut devenir un écran s’il nous empêche de poser les questions de fond.
Or, le fond remonte à la surface par les temps qui courent. Et les bouillons sont forts.
C’est justement cette remontée qui inquiète une partie de la classe politique provinciale (et fédérale). Celle-ci n’hésitera donc pas à agiter avec ardeur le hochet des «vraies affaires» pour balayer les questions existentielles sous le tapis.
Cet outil occupera d’autant plus de place que l’habituel recours à la peur deviendra une arme à double tranchant pour ceux qui espèrent tuer dans l’œuf ce retour de la politique avec un grand P.
En effet, le vent de face pourrait avoir changé de camp, car le statu quo effraye plus qu’on le croit.
D’une part, les plus jeunes et les plus clairvoyants d’entre nous constatent que le jeu est truqué; que les dés sont pipés en notre défaveur. Ainsi, foncer dans le mur inquiète davantage qu’un saut dans un inconnu porteur.
D’autre part, les rangs des partisans d’une refondation profonde ne cessent de croître.
De tous les côtés de l’échiquier, l’envie de rompre avec les réformettes s’accroît et, inversement, la crainte d’une transformation significative s’éteint à petit feu.
Oser la refondation
Dès lors, la table rase apparaît comme une occasion d’améliorer la gouvernance et la justice, d’insuffler une dose d’autonomie au local et de réinventer un modèle québécois digne de notre fierté.
Ultimement, même parmi l’élite, d’aucuns réalisent que dans les circonstances économiques et géopolitiques actuelles, l’allié canadien incarne moins un bouclier qu’un boulet.
De la même auteure: Rebâtir après la chute: le Québec doit se reprendre en main
Tout cela annonce une promesse formidable. À condition d’oser rompre, ne serait-ce qu’un instant, avec la persistance du «on continue comme ça». En 2026, c’est un vers de Miron qui devrait inspirer le pays:
Marche à tes pas réveillés des sommeils d’ornières.













