Dix ans après les attentats du 13 novembre, notre correspondant Rémi Tell mesure ce qui a changé, mais surtout ce qui n’a toujours pas changé, dans le difficile sursaut de la France face à l’islamisme.
La France se souvient, sans trop apprendre... Dix ans après les attentats du 13 novembre 2015, le pays s’apprête à commémorer la mémoire des 130 hommes et femmes tombés à Paris sous les balles de l’État islamique, lors de la soirée la plus sanglante connue par l’Hexagone depuis le massacre d’Oradour-sur-Glane, en août 1944.
Si l’émotion est à n’en pas douter vive, et le décorum républicain à la hauteur de l’horreur subie, la société française, elle, paraît presque autant désarmée contre la menace qu’une décennie auparavant.
Un drame en trois actes
Il est 21h17 ce soir-là, lorsqu’une première bombe suicide explose à l’extérieur du Stade de France, décor d’un match de foot amical entre les bleus et l’équipe l’Allemagne.
Alors que beaucoup des 80 000 spectateurs croient à un coup de tonnerre ou à un pétard, une seconde explosion retentit à proximité de l’enceinte. Bilan: un mort, en plus des deux kamikazes. Présent sur place, le Président de la République, François Hollande, est rapidement informé de la nature de l’événement, sous l'œil des photographes.
L’ordre d’évacuation n’a pas encore été donné que les services de secours sont avertis de plusieurs fusillades dans l’est de la capitale, au niveau des rues Bichat, Fontaines-aux-Bois, Charonne, puis du boulevard Voltaire.
Des terrasses de cafés, indiquent les appelants paniqués, sont la cible d’assauts puissants. 400 coups de feu tirés par un commando d’hommes vêtus de noir, tuant 39 personnes et en blessant grièvement 32 autres.
Non loin de là, à 21h40, un troisième groupe de terroristes pénètre dans la mythique salle du Bataclan, remplie à craquer pour le concert du groupe californien Eagles of Death Metal. Une nouvelle tuerie débute: au terme de 2h30 de calvaire, elle laisse 90 personnes sans vie, et une fosse transformée en lac de sang.
Des plaies toujours béantes
Dix ans plus tard, les rescapés conservent intactes les séquelles physiques et psychiques de ce vendredi 13. Quand beaucoup resteront handicapés toute leur vie, d’autres se débattent avec un trouble post-traumatique comparable à ceux des soldats de retour du front.
Ces survivants n’étaient pas guerriers, mais ils ont connu la guerre. Les fous d’Allah la leur ont imposée, au beau milieu de leur insouciance.
Indéniablement, la gifle reçue par les services de renseignement le 13 novembre a réveillé l’État français qui, en plus des actions menées contre Daesh en Syrie, a rapidement et efficacement structuré sa réponse devant le péril.
Pour preuve: depuis le 14 juillet 2016, sur la promenade des Anglais à Nice, aucun attentat de masse n’a plus frappé la «fille aînée de l’Église»...
Le trop lent sursaut
Les consciences, elles, se sont très progressivement réveillées, ce dont témoigne le raidissement certain de la société française sur les thématiques sécuritaires et migratoires.
Ainsi, les projections électorales pour l’élection présidentielle 2027 donnent aujourd’hui le Rassemblement National très largement en tête des intentions de vote.
Mais dans le monde officiel – celui des plateaux de télévision et du microcosme parisien – rien n’a vraiment changé, comme l’illustre le discours médiatique des derniers jours autour de la «résilience collective» consécutive aux attentats.
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À l’approche des commémorations, la présidente du comité olympique français, Amélie Oudéa-Castéra, ancienne ministre et proche d’Emmanuel Macron, a par exemple déclaré: «nous devons essayer d’être plus forts que cela, plus forts que la peur, plus forts que le danger, plus forts que l’angoisse que tout cela a pu générer, nous devons essayer d’évacuer la partie négative du souvenir».
Une façon de faire porter la responsabilité du «mieux» sur notre capacité à accepter, plutôt qu’à anéantir la menace djihadiste.
Alors que Salah Abdeslam, seul membre des commandos toujours en vie, a été soupçonné début novembre d’avoir tenté de préparer une autre attaque depuis sa prison, certaines de ses victimes se sont même émues de son traitement en détention.
Ainsi le rescapé Jean-Luc Wertenschlag s’est interrogé cette semaine sur Franceinfo: «Est-ce qu’il y a un vrai travail fait pour ramener Salah Abdeslam à des sentiments plus humains? Est-ce que sa condamnation ne l’a pas, au contraire, poussé plus loin encore?»
Abdeslam, devenu père en prison, dispose d’un ordinateur et d’une salle de sport personnelle... Par la voix de son avocat, il a récemment fait part de sa disponibilité pour rencontrer les victimes, dans une logique de «justice restaurative». Rien que ça.
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Si d’aucuns y voient une provocation perverse, d’autres ont salué la démarche. Sur France 5, le 11 novembre, l’activiste écolo Cyril Dion a même osé une étonnante comparaison: «le terrorisme islamiste, entre 2012 et 2023, ça a fait 273 morts en France, la pollution de l’air, entre 500 000 et 1 million de morts. Qu’est-ce qui nous rend le plus en insécurité?».
Des propos dénoncés, mais qui disent combien l’esprit de collaboration reste vif parmi l’élite tricolore. Pendant ce temps, l’islamisme poursuit sa progression, nourrie par les flux migratoires, le clientélisme électoral, ou encore par les tensions persistantes au Proche-Orient.
Le 5 novembre dernier, Jean G., habitant de la paisible Île d’Oléron (côte Atlantique), précipitait sa voiture contre des passants aux cris d’Allah Akbar. Le profil de ce trentenaire, Français de souche converti à l’islam sur internet, en dit long sur le chemin qu’il reste à la France pour se débarrasser de l’hydre islamiste.













