François Legault a saboté l’option autonomiste

Le premier ministre du Québec, François Legault, participe à la Fête nationale le 24 juin 2025. Photo: page Facebook officielle de François Legault.

Lundi le 21 juillet 2025, à 10:25

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François Legault a saboté l’option autonomiste
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Après deux mandats, François Legault laissera un Québec plus dépendant d’Ottawa et affaibli sur tous les plans. En ayant renié la troisième voie, il aura compromis l’un des seuls leviers encore crédibles et efficaces du nationalisme québécois.

 

Après bientôt deux mandats majoritaires, il semble que le gouvernement Legault soit condamné à être congédié par les citoyens lors des prochaines élections. Plusieurs déclarations et décisions récentes amènent les gens à se demander «huit ans plus tard, qu’est-ce qui a changé?»

 

La réponse courte est que la situation s’est aggravée. Le système de santé a continué de sombrer, le système d’éducation est en crise, la pénurie de places en garderies ne s’est pas atténuée malgré une baisse du taux de natalité, le français continue de décliner, l’accès à la propriété est de plus en plus difficile, l’immigration massive, malgré les beaux discours de François Legault, n’a jamais été aussi élevée. 

 

C’est sans compter la baisse de la cote de crédit du Québec, l’explosion des déficits alors qu’il avait pourtant hérité d’un budget sain et de projections de surplus pour plusieurs années.

 

La trahison de la troisième voie 

 

Après avoir lu l’entrevue accordée par Christian Dufour à Libre Média et observé les réactions des acteurs et commentateurs politiques à ce sujet, j’ai réalisé avec tristesse que l’héritage politique le plus durable de François Legault risque fortement d’être la décrédibilisation de l’option autonomiste au Québec. 

 

La fameuse troisième voie que notre nation a toujours favorisée et qui, à mon avis, a été notre carte maitresse dans notre histoire. L’option parfaite pour une nation trop fière pour être assimilée et devenir une province comme les autres, mais trop craintive pour prendre pleinement contrôle de sa destinée. 

 

Après tout, il est rassurant de pouvoir attribuer nos échecs à quelqu’un d’autre. François Legault, ex-souverainiste convaincu, avait bien compris le potentiel de cette option. 

 

Lorsqu’il publie en 2015 son manifeste Un nouveau projet pour les nationalistes du Québec, il livre sur un plateau d’argent une pièce de viande à un électorat affamé après 16 années de gouvernance libérale. 

 

Un manifeste resté lettre morte

 

Ce manifeste, s’il avait été suivi, aurait pu être la plus grande victoire pour le Québec depuis l’accord bilatéral sur l’immigration sous René Lévesque.

 

Dans ce manifeste on retrouve plusieurs demandes historiques du Québec: rapatriement des budgets fédéraux en culture, Loi 101 appliquée aux entreprises à charte fédérale, transfert en bloc des fonds pour les infrastructures, juges québécois à la Cour suprême nommés sur proposition de l’Assemblée nationale, encadrement du pouvoir fédéral de dépenser dans les champs de compétence des provinces, reconnaissance constitutionnelle pleine et entière du Québec en tant que nation. 

 

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Huit ans plus tard, seule la loi 101 aux entreprises de compétence fédérale au Québec a vu le jour et encore, ce n’est pas exactement le cas. On ne peut même pas dire que la CAQ a vraiment tenté d’obtenir ces concessions de la part d’Ottawa.

 

 

François Legault doit prendre la mesure du prix que le Québec paierait si, pour assurer sa réélection, il compromettait durablement la troisième voie.

 

 

Aucune ronde de négociation n’a eu lieu, les demandes ont été faites via les médias et par quelques motions ici et là, mais jamais la CAQ n’a véritablement tenté de faire monter la pression sur le fédéral. 

 

Une épée au fourreau pour toujours?

 

Il est donc légitime de dire que François Legault a utilisé l’autonomie comme doctrine pour ensuite ne pas s’en servir. C’est un affront à nos ancêtres et une trahison envers nos descendants. C’est alimenter le cynisme de la population et pervertir une aspiration noble et universelle d’une plus grande liberté politique.

 

François Legault aurait dû être l’homme de la situation. Il avait toutes les cartes en main, la CAQ avait le potentiel d’être le parti de l’autonomie et elle aura plutôt affaibli le Québec en ce qui concerne son autonomie économique, le rendant plus dépendant du fédéral en creusant les déficits, en abaissant sa cote de crédit et en augmentant sa dépendance face aux transferts fédéraux et à la péréquation. 

 

La CAQ a aussi affaibli le Québec quant à son autonomie énergétique, territoriale et plus encore. 

 

J’écris cela avec un pincement au cœur. J’étais optimiste lors de l’élection de François Legault. Même en tant que militant du PQ à l’époque, j’étais heureux de voir les Québécois rompre avec le fédéralisme soumis du PLQ de Philippe Couillard.

 

L’autonomisme ne doit pas mourir avec Legault

 

J’invite les nationalistes à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. L’autonomisme a encore un rôle important à jouer et lancer notre nation dans une démarche référendaire suicidaire n’améliorera pas notre sort, bien au contraire. 

 

L’histoire de notre nation est claire: les mouvements «révolutionnaires» et par là j’entends, proposant une rupture totale – un changement de régime –, n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent. Pire encore, lorsqu’ils échouent à changer le régime, c’est l’ensemble du Québec qui est puni pour sa «désobéissance». 

 

Un vote pour le PQ assorti d’une promesse de référendum dès le premier mandat – référendum que nous perdrons fort probablement – équivaut à tendre le bâton pour mieux se faire battre par Ottawa. 

 

Ce serait replonger le mouvement souverainiste dans une impasse politique qui pourrait durer encore 30 ans, comme ce fut le cas après l’échec de 1995. Trente années de paix fictive, où seul le Québec s’interdit de riposter pendant que le gouvernement fédéral, lui, continue méthodiquement à gruger les fondations de notre nation.

 

Pour un autonomisme à la hauteur de l’histoire

 

Cependant, l’autonomisme à la sauce François Legault et Robert Bourassa est un cul-de-sac. Nous devons être sérieux dans nos démarches et élire un véritable gouvernement autonomiste ayant comme mandat l’égalité ou l’indépendance. 

 

Oui, j’invite les Québécois à retourner à la seule véritable doctrine autonomiste articulée dans l’histoire du Québec ayant un potentiel de succès: la doctrine de Daniel Johnson père. Il faut négocier avec le fédéral par la force en utilisant le renvoi sur la sécession et en gardant la porte ouverte sur l’indépendance. 

 

Il faut stipuler, hors de tout doute raisonnable, que la situation constitutionnelle actuelle est insoutenable et intolérable pour le Québec et qu’un entêtement du Canada à maintenir le statu quo sera perçu comme un signal que le Québec est invité à quitter la fédération. Certains appellent ça du «chantage», j’appelle ça un rapport de force.

 

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Les Québécois doivent réaliser que s’ils espèrent véritablement faire des gains, ils doivent être à l’aise à l’éventualité que Québec agite la menace de l’indépendance. 

 

François Legault doit quitter la chefferie de la Coalition Avenir Québec, afin d’offrir une opportunité au mouvement autonomiste de se battre à armes égales lors de la prochaine élection. 

 

Nous n’avons pas les moyens d’aller nous suicider collectivement sur l’autel référendaire pour satisfaire le rêve du «grand soir» des indépendantistes idéalistes.

 

François Legault doit prendre la mesure du prix que le Québec paierait si, pour assurer sa réélection, il compromettait durablement la troisième voie.