Sport en silence: quand l’intolérance fait loi à Québec

Lettre ouverte au maire Marchand

Photo: Unsplash.

Mardi le 10 juin 2025, à 16:40

Une minorité bruyante veut imposer le silence aux élèves de l’Académie St-Louis, à Québec. Notre contributeur Samuel Chabot somme le maire Marchand de mettre fin au musellement d’une jeunesse sacrifiée pour le confort de résidents intolérants.

 

Monsieur le maire, mesdames et messieurs les conseillers municipaux,

 

C’est avec une conviction profonde, mêlée d’une indignation contenue, que je m’adresse à vous aujourd’hui, en tant qu’ancien élève de l’Académie Saint-Louis (ASL) et citoyen de Québec. 

 

Je vous écris pour vous exhorter à faire prévaloir le bon sens, à habiter pleinement vos fonctions et à défendre l’intérêt collectif face à une injustice qui menace non seulement une institution scolaire, mais aussi l’âme de notre jeunesse et les valeurs qui fondent notre vivre-ensemble.

 

Retour en arrière

 

Au cœur de cette affaire se trouve un règlement municipal de 2007, brandi par une minorité de résidents voisins de l’Académie Saint-Louis pour imposer un silence oppressant aux jeunes footballeurs de l’école. 

 

Ce règlement, qui interdit l’annonceur maison, les trompettes, les sifflets et autres expressions d’encouragement, concerne 15 matchs à domicile, répartis sur neuf jours par an, tous terminés avant 21h. 

 

Neuf jours. Pour éviter ce modeste désagrément – dont le bruit respecte les normes municipales –, certains sont prêts à priver des centaines d’élèves d’une expérience sportive et éducative essentielle. 

 

Cette posture, qui sacrifie l’élan vital de la jeunesse à un confort éphémère, est non seulement déraisonnable, mais profondément inéquitable.

 

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Permettez-moi de vous rappeler ce que représente le terrain de football de l’Académie Saint-Louis. Pour moi, comme pour tant d’autres, ce lieu fut bien plus qu’un espace de jeu: un creuset où l’adolescence, avec ses tumultes, se transformait en discipline, en camaraderie, en ambition. 

 

Les clameurs des supporters, l’énergie des annonces, l’euphorie des victoires ont contribué à forger l’adulte que je suis. 

 

En muselant ces moments fondateurs, on ne réduirait pas simplement le bruit; on priverait une génération d’expériences qui la porteront toute sa vie. 

 

Pour neuf jours de prétendue tranquillité, le prix social est exorbitant.

 

Une injustice unique et un non-sens civique

 

Cette situation est d’autant plus choquante qu’elle est singulière. Comme l’a souligné Daniel Fleury, coordonnateur des ressources matérielles à l’ASL, aucune autre école à Québec, ni même dans la province, n’est soumise à une telle contrainte. 

 

Pourquoi les jeunes de l’ASL devraient-ils évoluer dans un silence oppressant, alors que leurs homologues ailleurs jouissent d’une ambiance festive légitime? 

 

Cette discrimination locale est une entrave à l’équité et un affront à des adolescents qui, déjà confrontés aux défis de leur âge, méritent un environnement qui soutient leur épanouissement.

 

 

Le confort d’une minorité ne peut l’emporter sur le bien-être collectif, ni entraver le droit des jeunes à une vie scolaire riche et épanouissante.

 

 

L’absurde atteint son paroxysme lorsqu’on considère la logique des opposants. Choisir d’acheter un condominium en bordure d’une école et de son terrain de football, c’est accepter, en toute connaissance de cause, la vie et l’énergie qui en émanent. Exiger ensuite de museler cette vitalité est un non-sens civique. 

 

C’est comme s’installer près d’une voie ferrée et demander au CN de déplacer ses rails parce que les trains troublent la quiétude du souper à 17:00. Cette posture, drapée dans la défense du respect du voisinage, trahit un état d’esprit déconnecté du tissu collectif. 

 

La vie de quartier exige un vivre-ensemble; ici, certains cherchent à en effacer l’essence même. Je vous implore de ne pas jouer à ce jeu. 

 

Le refus de dialogue aggrave encore le malaise. Le 3 juin, lors d’une opération de porte-à-porte recommandée par vos soins, des représentants et élèves de l’ASL ont été bien accueillis par certains résidents. Toutefois, le syndicat de copropriété des condos de la Rive-Boisée a menacé d’appeler la police, mettant fin à toute tentative de dialogue sous prétexte de vouloir «désamorcer une situation tendue».

 

Désamorcer quoi, sinon leur propre refus du compromis? 

 

Leur crainte d’un «débordement progressif» des nuisances est un argument fallacieux, d’autant que l’ASL multiplie les efforts pour minimiser les impacts: sensibilisation des élèves, gestion rigoureuse du stationnement, contrôle des ballons égarés. 

 

Où est la réciprocité ? Elle est absente. Cette intransigeance n’est pas celle du dialogue, mais de l’imposition.

 

Un processus référendaire inique

 

Le processus référendaire, tel qu’encadré par la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, donne lieu ici à une véritable aberration démocratique, sur un plan objectif. 

 

Le 29 avril 2025, votre conseil a adopté un projet de modification visant à abolir un règlement antibruit devenu anachronique — une décision responsable et courageuse, qu’il faut saluer. Pourtant, il aura suffi que de 58 signatures, sur 25 demandées, pour forcer la tenue d’un référendum.

 

Aujourd’hui, c’est à peine une centaine de personnes, résidant dans un périmètre restreint de 16 immeubles, qui se retrouveront en position de décider du sort de la vie sportive d'une école secondaire lors d’un scrutin prévu à l’automne 2025, à une date encore indéterminée.

 

Les parents, les 1250 élèves, le personnel scolaire, ainsi que la majorité des citoyens du quartier — pourtant directement concernés — seront exclus de ce vote, simplement parce que leur domicile ne se trouve pas dans ce périmètre arbitraire.

 

Si, par ce mécanisme, une mince majorité de ces 145 votants éligibles décidait de bloquer la modification, le règlement demeurerait en vigueur, imposant ainsi, et de manière définitive, un silence déraisonnable à une communauté entière.

 

Bien que ce processus soit conforme à la loi, il en trahit l’esprit. Il génère une injustice manifeste en accordant à une minorité un pouvoir disproportionné sur l’intérêt collectif, en dépit de l’appui exprimé par les élus, le conseil de quartier et de nombreux citoyens qui ont déjà établi, par le passé, que les activités sportives de l’école ne constituent nullement une nuisance.

 

Une telle distorsion démocratique ne saurait être tolérée dans une société fondée sur des principes de justice et d’équité. Le confort d’une minorité ne peut l’emporter sur le bien-être collectif, ni entraver le droit des jeunes à une vie scolaire riche et épanouissante.

 

Le droit québécois reconnaît que l’exercice des droits doit se faire de bonne foi, dans le respect du principe de proportionnalité et sans abus. 

 

Ces principes existent précisément pour protéger l’intérêt collectif. Il revient désormais à vous, ainsi qu’aux autorités municipales, de veiller à ce que ces principes fondamentaux soient respectés.

 

Le symptôme d'une maladie chronique

 

Cette affaire dépasse le cadre de l’ASL pour révéler une tendance inquiétante au Québec: une intolérance croissante envers la jeunesse, perçue comme une gêne plutôt qu’une richesse. 

 

On le voit dans les plaintes contre les jeux d’enfants dans les parcs, dans les restrictions imposées aux jeunes jouant au hockey dans la rue, dans le rejet des espaces où les adolescents peuvent s’exprimer…

 

À force de privilégier ce silence mortel, nous risquons de créer une société appauvrie, où la vitalité de la jeunesse est sacrifiée pour un confort illusoire; une chimère où les nuisances redoutées – bruit, circulation, stationnement – persisteront malgré tout. 

 

Un appel à l’action

 

Monsieur le maire, mesdames et messieurs les conseillers, vous avez le pouvoir – et le devoir – de corriger cette aberration, même si elle est légale. 

 

Je vous implore de soutenir sans faille la modification de zonage, d’amplifier la voix des jeunes de l’ASL et de rappeler que le bien-être de la majorité et l’avenir de notre jeunesse priment sur les exigences d’une minorité accrochée à ses dogmes individuels. 

 

Encouragez un dialogue véritable, mais ne tolérez pas l’intransigeance. Si le référendum devait maintenir ce règlement, envisagez toutes les avenues possibles – juridiques, administratives, politiques – pour protéger le droit des jeunes à une expérience scolaire complète.

 

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À ceux qui cherchent à réduire nos jeunes au silence, je pose une question: souhaitez-vous être ceux qui brident leurs aspirations, ou ceux qui les soutiennent? 

 

À vous, élus de Québec, je demande d’incarner le courage et la vision nécessaires pour bâtir une ville où la jeunesse est célébrée, et non muselée.

 

L’Académie Saint-Louis m’a offert des racines, du courage et un sens de la communauté. Aujourd’hui, je vous conjure de défendre ces valeurs et de préserver l’héritage et le futur de nos jeunes et celui qui nous était encore accordé à leur âge.

 

Avec respect, mais avec la ferme détermination de mettre fin à cet hygiénisme social qui étouffe nos jeunes au Québec.
 

 

Samuel Chabot

Ancien élève de l’Académie Saint-Louis

Citoyen de Québec

Collaborateur régulier à Libre Média