Au Mexique aussi, «il faut moins d’État et plus de société civile»

La militante mexicaine pour les droits et libertés Alice Galván en juin 2022. Photo: La Gaceta.

Mercredi le 30 avril 2025, à 11:30

Rencontre à Mexico avec Alice Galván, présidente de la fondation Patria Unida. Selon elle, seul un renouveau de la société civile permettra au Mexique de sortir de la pauvreté et de l’insécurité accentuées par un État à la fois absent et envahissant.

 

Alice Galván est à la tête de Patria Unida. Fondée en 2022, cette fondation entend répondre aux échecs de l’étatisme au Mexique par l’éducation, l'entrepreneuriat et le renforcement de la société civile.


«Effondrement des institutions démocratiques»

 

«J'ai longtemps travaillé en politique», m’explique Alice Galván dans un grand hôtel de la capitale mexicaine. «Mais voyant la montée du socialisme au Mexique et l'effondrement progressif des institutions démocratiques, il m’est apparu nécessaire de passer à l’action autrement», enchaine-t-elle.

 

Jugeant les grandes institutions – autant publiques que privées – incapables de former des leaders engagés et cohérents dans leurs principes, elle décide, comme son mari, de quitter son emploi pour créer Patria Unida.

 

Patria Unida repose sur dix principes fondamentaux: la dignité humaine, la liberté individuelle, la famille comme cellule de base de la société, l’unité nationale, l’amour de la patrie, la démocratie représentative, la recherche du bien commun, le respect de l’État de droit, la liberté économique et la participation citoyenne.

 

Pauvreté et insécurité 

 

Comme la plupart des observateurs, notre interlocutrice reconnait que le Mexique fait face à deux crises majeures qui amplifient toutes les autres: la pauvreté et l’insécurité.

 

La pauvreté touche près de 50 des 130 millions de Mexicains, dont 10% sont en situation de pauvreté extrême. Dans un tel contexte, les plus vulnérables deviennent des cibles faciles pour le crime organisé et un électorat captif pour des politiciens ultra populistes.

 

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«Beaucoup attendent que l’État règle tout. Il faut moins d’État et plus de société civile», résume-t-elle. «La culture de l’effort, du travail et de l’initiative citoyenne doit remplacer l’attentisme généré par un État paternaliste. Plus d’entrepreneurs, plus de responsabilité individuelle: c’est ainsi que nous retrouverons notre dignité collective.»

 

Tous les partis concernés

 

Elle se montre très critique envers Morena, le parti de gauche populiste au pouvoir depuis 2018. Fondé par l’ex-président Andrés Manuel López Obrador, mentor de l’actuelle présidente Claudia Sheinbaum, Morena est engagé dans une expansion controversée de l’État-providence.

 

Alice Galván n’épargne pas pour autant les deux grands partis traditionnels, qu’elle accuse d'avoir trahi leurs principes et de s'être résignés à «administrer leur défaite». Selon elle, cette faillite morale et stratégique explique l'ampleur de la domination actuelle de la gauche.

 

Rappelons que pendant plus de soixante-dix ans, de 1929 à 2000, le Mexique a été gouverné sans interruption par le PRI (Parti révolutionnaire institutionnel), un parti hégémonique qui a longtemps concentré tous les pouvoirs.

 

L’alternance démocratique n’est arrivée qu’en 2000 avec la victoire du PAN (Parti action nationale), de tendance conservatrice. Toutefois, après plusieurs décennies de domination et d’usure, le PRI et le PAN, autrefois adversaires, ont fini par s’allier dans une opposition de circonstances pour tenter de faire barrage à Morena.

 

Selon Alice Galván, cette alliance contre nature a encore davantage discrédité l’opposition aux yeux de nombreux citoyens mexicains.

 

Des tensions plus économiques que raciales 

 

Quand je lui demande si, comme le prétend le discours décolonial, le Mexique est traversé par un conflit racial entre descendants d’Espagnols et Autochtones, Alice Galván rejette cette lecture, rappelant que la grande majorité des Mexicains sont le fruit du métissage. Conséquemment, aucun antagonisme racial ne structurerait la société, bien que les quartiers riches soient surtout peuplés de blancs au pays de Frida Kahlo…

 

Le véritable problème serait plutôt le clasismo (classime), cet ensemble de préjugés intériorisés opposant les «riches» aux «pauvres», et contribuant à fragmenter la société selon un vieux schéma colonial.


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Notre interlocutrice fustige l'importation au Mexique d'idéologies «déconstructivistes» venues du monde anglo-saxon, au premier rang desquelles le wokisme, qui fragilise la famille et la nation. Un wokisme qui, justement, a tendance à reléguer au second plan les enjeux économiques au profit de luttes symboliques et identitaires.

 

Malgré un contexte difficile, Alice Galván conserve l’espoir d’une prise de conscience collective. «Beaucoup de Mexicains commencent à saisir les risques que nous courons. Il faut croire dans notre capacité à nous unir et à défendre nos libertés», assure-t-elle.

 

Sa conception de la liberté est exigeante: «La liberté, ce n'est pas faire ce que l’on veut; c’est choisir le bien et accepter la responsabilité de ses actes envers la communauté.» 

 

Mexique et États-Unis, un destin commun 

 

Enfin, cette femme pétillante souligne l'importance de préserver les liens entre le Mexique et les États-Unis. Au-delà des tensions actuelles, rappelle-t-elle, ce sont des millions de familles et une culture chrétienne commune qui unissent les deux pays.

 

Seule une approche responsable et coordonnée permettra, à ses yeux, de répondre aux immenses défis qui pèsent aujourd'hui sur l'ensemble du continent américain, à commencer par la crise migratoire.