Wokisme: éviter le piège

Éditorial

L'un des tableaux controversés de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris. Capture d'écran tirée de YouTube.

Dimanche le 28 juillet 2024, à 18:10

Pour notre rédacteur en chef, le wokisme pose un nouveau défi à ses détracteurs en poussant certains d’entre eux à adopter une posture émotive proche du puritanisme anglo-saxon. La réaction au coup d’envoi des Jeux de Paris l’illustre bien. 

 

La cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris continue de susciter des réactions passionnées partout dans le monde.

 

Paganisme woke

 

La controverse porte évidemment sur les scènes pour le moins colorées à mi-chemin entre wokisme et paganisme, censurées en direct pour la plupart dans divers pays où la religion encadre encore la vie sociale.

 

La plus critiquée d’entre elles fait apparaître un chanteur Philippe Katerine en Bacchus, mais en un Dieu du vin peinturé en bleu comme les personnages de l’hindouisme, au centre d’une mise en scène perçue par des millions de chrétiens comme un clin d’œil blasphémateur à la Cène de De Vinci.

 

D’autres internautes font remarquer qu’il s’agit plutôt d’une référence au Festin des dieux de l’Olympe du peintre néerlandais Jan Harmensz van Biljert. Qui dit vrai? Chose certaine, le mal est fait.

 

 

Le Festin des dieux de l’Olympe de Jan Harmensz van Biljert. Vers 1635-1640.
Domaine public.

 

 

Si le coup d’envoi comportait plusieurs tableaux réussis mettant en valeur les grands moments de l’histoire de France – en plus d’être couronné par la performance lumineuse de Céline Dion –, nous avons effectivement eu droit à de nouveaux épisodes d’exhibitionnisme woke. C’est très clair.

 

Les artisans de la cérémonie n’ont pas pu se contenter de raconter le pays hors du commun qu’est la France. Ils n’ont pas pu résister à la tentation d’ornementer la finale avec ces icônes LGBT que sont les drag queens, dans une célébration pas du tout subtile de la déconstruction des sexes.

 

En ce sens ce fut tout sauf une cérémonie universelle au pays de l’universalisme, le wokisme étant un produit culturel proprement occidental et avant tout américain perçu très négativement ailleurs.

 

À ce sujet: Jeux de Paris: «le wokisme est d’abord une guerre culturelle»

 

Il s’agit aussi d’un pied de nez (non) diplomatique fait aux pays comme la Russie qui se targuent d'opposer la préservation des valeurs traditionnelles à la décadence occidentale canalisée par le wokisme.

 

D’ailleurs on comprend mieux maintenant l’écrasant dispositif de sécurité installé dans Paris, tellement les scènes en question doivent heurter les intégristes religieux de toutes confessions, mais en particulier les islamistes. 

 

Concurrence victimaire

 

Il est important de continuer à dénoncer cette propagande nocive entraînant les jeunes dans la dépression et l’anxiété – Libre Média fait à mes yeux dans ce domaine un travail essentiel –, mais il faut le faire en faisant très attention de ne pas adopter les travers des gens dont nous combattons les idées liberticides.

 

J’ai été surpris d’entendre des personnalités de tendance «conservatrice» s’exprimer dans le vocabulaire de leurs adversaires pour dénoncer ce coup d’envoi, affichant une sensibilité à fleur de peau proche du puritanisme anglo-saxon.

 

La défense de la liberté d’expression et de la liberté de presse est incompatible avec les interdits religieux.

 

Les gens qui se définissent comme plus à «droite» doivent prendre garde de ne pas tomber dans le piège qui leur est tendu en adoptant une posture puritaine et favorable à une contre-censure qui les ferait entrer dans le jeu de la concurrence victimaire concocté par le wokisme lui-même. 

 

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Le défi est grand ici, car il s’agit d’un jeu d’équilibriste. 

 

Il s’agit moins de nous sentir offensés ou «micro-agressés» par l’affligeant spectacle de ce déclin que de réclamer plus de respect pour notre histoire, notre identité et nos valeurs, sans brandir nos totems contre les fétiches des autres comme l’aimeraient ceux qui veulent diviser pour mieux régner.