Alors que l’OMS annonce d’autres vagues de Covid-19, sera-t-il encore acceptable d’imposer la vaccination à répétition pour protéger le système de santé?
Une démarche éthique questionne «le passé récent pour s’assurer qu’un futur proche ne reproduise pas des situations dans lesquelles le remède est pire que la maladie.»
Celle-ci est d’autant plus importante que l’OMS[1] annonce d’autres vagues, ce qui pourrait peut-être réinstaller des mesures drastiques.
La question de la vaccination nous plongera toujours dans un dilemme éthique: «choix individuel» vs «choix collectif». Or, il est sain pour une société mature de se questionner sur des choix, et les contraintes, confrontant des valeurs légitimes.
Dans la même perspective que le passeport vaccinal, plusieurs experts se sont interrogés sur des idées comme le refus de soigner des personnes non vaccinées ou la création d’une taxe destinée à «punir» ces citoyens.
Un processus objectif
L’hiver dernier, nous avons tous entendu l’histoire d’un patient qui, refusant le vaccin contre la Covid, s’est vu évincer de la liste pour une transplantation cardiaque[2].
Des experts expliquaient que c’était un «dilemme éthique» d’accepter ou refuser de pratiquer cette intervention médicale. Pourtant, cette décision est un «jugement clinique» et pas un dilemme éthique ou moral.
En effet, une transplantation cardiaque est une chirurgie invasive. L’anesthésie générale est déjà un choc majeur pour le corps. On enlève un cœur malade pour le remplacer par celui d’une personne récemment décédée. Les risques de rejet sont donc pris en compte.
L’âge et diverses habitudes de vie vont également contribuer à déterminer si le patient a des chances de survie post-transplantation[3].
Face aux risques généraux, s’ajoutent ceux liés à la Covid. On sait qu’une coronaropathie peut être un facteur de risque important, alors que chaque patient est plus susceptible de développer des formes graves en cas de maladie liée au coronavirus[4].
Ce n’est ni de l’éthique ni de la morale. C’est du médical.
Le critère de la vaccination semble donc justifié, alors que ce médicament réduit les risques d’effets majeurs du virus notamment au niveau cardiaque, et ce, d’autant plus que le système immunitaire est réduit au plus bas[5].
Dans ce contexte, on peut comprendre que le refus de la vaccination est considéré parmi d’autres habitudes de vie réduisant les chances de succès. Les médecins font donc usage d’un jugement clinique, ce qui est leur prérogative, pour privilégier les patients ayant le plus de chance de survivre.
La médiatisation de cette situation a créé de vifs émois chez certains citoyens. Ceux-ci craignaient de ne plus être soignés s’ils refusaient la vaccination contre la Covid.
Rapidement, le Collège des médecins du Québec est intervenu pour rappeler que ses membres devaient soigner tous les malades indépendamment de leur statut vaccinal. Le «jugement clinique» est donc clairement balisé.
Dilemme éthique
La crise sanitaire est cependant confrontée à un «dilemme éthique» en ce qui concerne la campagne de vaccination des moins de 30 ans et, encore plus, celle des jeunes enfants. La mise en lumière de ce questionnement est à l’origine de l’affaire Patrick Provost.
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Ce scientifique se demandait s’il était normal d’utiliser des innovations pharmacologiques, dont on connaît si peu de choses sur les effets à long terme, alors que les avantages semblaient négligeables pour les jeunes.
Et il n’est pas le seul scientifique à être mal à l’aise face à l’option privilégiée par les experts de la Santé publique[6].
Ce questionnement est dérangeant, car il confronte différentes valeurs humaines et engendre des discussions qui pourraient nuancer certains avis scientifiques.
Somme toute, il y a des choix logiques sur le plan épidémiologique qui nous interpellent sur le plan sociétal.
Actuellement, les autorités sanitaires laissent décider les parents, tout en privilégiant un processus vaccinal pour les personnes dont la santé est fragile, ainsi qu’éventuellement leurs proches.
En effet, les caractéristiques des personnes aboutissant aux soins intensifs, ou même hospitalisées avec des symptômes envahissants, sont établies depuis le début de la crise sanitaire tel que mentionné, dès le printemps 2020, par la Santé publique italienne[7] et le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC)[8].
Ainsi, l’INSPQ rapporte deux grandes catégories de personnes vulnérables dès décembre 2020[9]: (1) les personnes décédées dans les CHSLD avaient généralement une comorbidité clairement établie; (2) les personnes décédées chez elles ou hospitalisées étaient caractérisées par plusieurs comorbidités.
D’ailleurs, on parle de «décès liés» dans les statistiques épidémiologiques et pas nécessairement de «décès du Covid» tel que rapporté parfois dans les bulletins de nouvelles. Ce n’est pas un jeu de mots, cela reflète la complexité de la situation clinique.
La récente mise à jour exposée par Patrick Provost confirme ces observations. D’ailleurs, ce sont ses questions qui furent critiquées sur tweeter, pas l’analyse épidémiologique effectuée au départ des données publiées par l’INSPQ.
Stratégies épidémiologiques
Si, une vaccination traditionnelle permet de réduire la propagation d’un virus stable comme la rougeole, voire l’éradiquer complètement comme la variole, qu’en est-il des différents produits utilisés pour contrer la Covid?
Bien sûr, on voudrait tous que l’actuelle septième vague soit la dernière et qu’on ne reparte surtout pas dans des mesures drastiques. Après 20 mois d’utilisation de produits novateurs, certains experts[10] se demandent s’ils atteignent leurs cibles cliniques.
Généralement, le processus vaccinal joue normalement sur deux niveaux: la protection personnelle, mais aussi la réduction du risque de transmission. Pour certaines maladies, comme la rougeole, il semble que le taux de vaccination joue ce double rôle.
Certes, il y a parfois des foyers d’éclosion, mais ils sont rapidement circonscrits.
En 1958-59, la variole faisait, au Canada, 30% de décès chez les malades. Le gouvernement fédéral a forcé la vaccination de la population. Celle-ci se justifiait, puisque le taux de létalité était tombé à 3% durant la pandémie.
Il faut toutefois savoir que les symptômes de la variole étaient aussi démonstratifs que spécifiques à la présence de ce virus, donc on pouvait isoler rapidement les malades. Avec la vaccination, l’isolement des malades et un virus très stable, l’immunité collective s’est installée.
Ce modèle est, dans les faits, à nouveau testé avec «l’humanisation de la variole du singe»[11]. De plus, il semble y avoir des traitements efficients, alors qu’une vaccination ciblée est débutée dans plusieurs pays pour contrer l’émergence de cette vague virale.
Une réflexion urgente
Cependant, qu’en est-il du processus actuel concernant la vaccination contre la Covid, alors que la protection est bien moins durable qu’escomptée?
En effet, le nouveau directeur de la Santé publique du Québec a reconnu, lors d’une récente conférence de presse, que la transmission du Covid se faisait également chez les personnes vaccinées.
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Ce n’est pas une surprise au vu des mesures sanitaires de l’hiver dernier, alors qu’on a fermé les lieux exclusivement fréquentés par des personnes disposant pourtant de leur passeport vaccinal.
C’est ainsi que certains gestes barrières restent une précaution nécessaire auprès des personnes vulnérables. Devrait-on les reconsidérer?
Si la vaccination à répétition peut être judicieuse pour des personnes vulnérables à cause des comorbidités, qu’en était-il des moins de 30 ans, voire les 30-60, ainsi que des aînés encore en pleine santé?
Est-ce encore acceptable d’envisager de forcer un choix pour protéger des institutions hospitalières?
Si oui, est-ce que les stratégies face au coronavirus devraient s’étendre à toute habitude de vie qui module le nombre de lits occupés dans ces institutions?
Ce sont des questionnements éthiques. Aucun de nous, isolé, n’a toutes les réponses.
Nous pouvons, en revanche, y réfléchir collectivement en vue des prochaines vagues qui pourraient reconduire les citoyens vers des mesures pour tempérer ces cycles et assurer la pérennité de notre système de santé.
[1] AFP, relayée par SRC, «La pandémie de COVID-19 est "loin d’être finie", prévient l’OMS» - https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1897433/oms-annonce-pandemie-covid19-continue-percee-nouveaux-cas
[2] AFP, relayée par La Presse, «Un hôpital de Boston refuse une greffe du cœur à un patient non vacciné» - https://www.lapresse.ca/covid-19/2022-01-27/un-hopital-de-boston-refuse-une-greffe-du-coeur-a-un-patient-non-vaccine.php
[3] M. Hertl, Transplantation cardiaque, le Manuel Merck, 2020 - https://www.merckmanuals.com/fr-ca/professional/immunologie-troubles-allergiques/transplantation/transplantation-cardiaque
[4] Haute Autorité en Santé, Suivi des personnes atteintes de syndrome coronarien chronique, 2020. https://www.has-sante.fr/jcms/p_3178293/fr/suivi-des-personnes-atteintes-de-syndrome-coronarien-chronique
[5] L. Rouby, «États-Unis :non vacciné, on lui refuse une greffe du cœur, RTBF» - https://www.rtbf.be/article/etats-unis-non-vaccine-on-lui-refuse-une-greffe-du-coeur-10922350
[6] S.R. Kraaijeveld et al. Against COVID‐19 vaccination of healthy children, Bioethics, 2022;36:687–698 (DOI: 10.1111/bioe.13015)
[7] Instituto Superiore di Sanita, Report sulle caratteristiche dei pazienti deceduti positivi a COVID-19 in Italia Il presente report è basato sui dati aggiornati al 17 Marzo 2020.
[8] EK Stokes et coll. Coronavirus Disease 2019 case surveillance— United States, January 22-May 30, 2020. MMWR Morb. Mortal. Wkly Report. 2020 ; 69:759–765. https://www.cdc.gov/mmwr/volumes/69/wr/mm6924e2.htm
[9] INSPQ, «Impact des comorbidités sur les risques de décès et d’hospitalisation chez les cas confirmés de la COVID-19 durant les premiers mois de la pandémie au Québec», décembre 2020, https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/3082-impact-comorbidites-risque-deces-covid19.pdf
[10] M. Meloche-Holubowski, «Le cercle vicieux des vagues de COVID-19 à répétition», SRC - https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1898337/cercle-vicieux-covid-coronavirus-vague-pandemie
[11] DHLS, «Le laboratoire de Marc Van Ranst à la KU Leuven fait une découverte sur le virus de la variole du singe» – https://www.dhnet.be/actu/belgique/2022/05/25/le-laboratoire-de-marc-van-ranst-a-la-ku-leuven-fait-une-decouverte-sur-le-virus-de-la-variole-du-singe-LEN3KH2QINEJRFKDEUS26KZYV4/












