Depuis le 7 mars dernier, le port du masque n’est plus obligatoire en classe pour les élèves du primaire et du secondaire. Où en est-on maintenant ? Comment cette nouvelle a-t-elle été accueillie par nos jeunes? Libre Média fait le point.
«J’aime pas ça moi, enlever mon masque. Il me tient chaud et je préfère me cacher, on voit pas mes boutons et je protège mes parents»… Ce cri du cœur, c’est Amélie qui le pousse, du haut de ses 13 ans, en secondaire 1. Malgré cette autorisation officielle, ils sont nombreux ces jeunes qui ne veulent pas tomber le masque en classe. Il faut dire que le couvre-visage n’a pas encore été remisé, puisque que les écoliers doivent continuer à le porter lors de leurs déplacements et dans leurs aires communes.
Une habitude bien ancrée
Ce constat en réjouit certains plus prudents, comme Marc-André, qui enseigne dans la région du Saguenay : «depuis l’annonce, certains de mes élèves que je devais parfois rappeler à l’ordre sont rendus très sévères sur le port du masque. Non seulement ils le portent tout le temps, mais demandent même pourquoi on l’a enlevé, alors qu’il y a encore tellement de cas». Alors qu’il en désespère d’autres, à l’image de J.D., qui travaille dans les écoles primaires et secondaires de l’Estrie, et pour qui une partie des craintes des élèves provient du comportement du personnel pédagogique : «J’en vois encore avec des N-95… Il y a une culture de peur, ou je ne sais quoi, chez les enseignants qui découragent le retrait du masque. La majorité ne le retire pas et dit aux élèves “mask on” dans les aires communes», souligne-t-elle.
Mélodie enseigne quant à elle au primaire dans les Laurentides. Elle parle d’un quasi-conditionnement, car elle doit constamment le répéter à ses petits de cinquième année : «ceux qui le gardent en dépit de mes rappels, je les connais, je sais que ce sont les parents qui leur ont demandé».
On aurait pu croire que les élèves allaient sauter de joie et jeter leurs masques. Cette prudence excessive paraît étonnante pour des enfants qu’on s’imagine souvent réfractaires aux consignes. Pas tant, si l’on écoute la psychologue spécialisée dans les traumatismes, Yoanna Micoud, dont l’expérience de plus de 15 ans dans la protection de l’enfance permet de mettre des mots sur ce comportement pour le moins surprenant chez les plus petits: le stress post-traumatique.
«Enlever les masques ne doit pas être synonyme d’un acte festif»
De nombreuses raisons peuvent déclencher cette réaction psychologique: une situation de stress chronique, un lien avec la mort ou sa menace, être témoin d’une situation au cours de laquelle son entourage aurait été confronté à la souffrance, un événement violent, être isolé, etc. Un des symptômes du stress post-traumatique est l'’évitement, explique Yoanna Micoud auprès de Libre Média : «le sujet fera tout pour éviter ce qui pourrait lui rappeler l'incident traumatique. On m’a dit qu’il y a un virus extrêmement mortel, que je peux être un tueur de mes parents et de mes grands-parents. Je vais donc tout faire pour ne plus l’être», explique-t-elle en entrevue.
Fallait-il pour autant faire du retrait du couvre-visage en classe un événement joyeux afin que les enfants s’approprient cette étape avec plus d’enthousiasme? La psycho-traumatologue est formelle sur ce point: c’est un non catégorique. «Enlever les masques ne doit pas être synonyme d’un acte festif. Ce n’est pas naturel de les porter, ce qui l’est, c’est de ne pas l’avoir. Cela doit se passer le plus naturellement possible afin que les jeunes comprennent qu’ils sont en train de retrouver un état normal».
Une chose est sûre, imposer les masques aura été plus simple que de les faire tomber.











